Visite virtuelle de la Bibliothèque de Voltaire

L’histoire des négociations entourant la bibliothèque de Voltaire après la mort de l’auteur et qui ont culminé dans le transfert de tous les livres de Ferney à Saint-Pétersbourg a souvent été racontée.[1] Loin d’être la seule bibliothèque d’écrivain à avoir survécu à la mort de son propriétaire, elle est cependant peut-être la plus grande (avec presque sept mille volumes) et la plus célèbre. Sa particularité est celle, bien sûr, des nombreuses notes marginales et autres traces de lecture dont les volumes sont remplis. Nous savons que les livres de Diderot ont pris, eux aussi, le chemin de la Russie, mais aujourd’hui l’identité de cette collection a été dissoute au sein du fonds des imprimés de la Bibliothèque nationale de Russie et demande à être reconstituée. La bibliothèque de Montesquieu a connu un sort plus heureux et une partie des volumes du philosophe de La Brède constitue un ‘fonds Montesquieu’ à la Bibliothèque de Bordeaux. Plus éloignés, dans l’espace et dans le temps, des livres ayant appartenu à Alexander Pope et à William Warburton sont conservés à la Hurd Library à Hartlebury Castle en Angleterre, et la presque intégralité de la bibliothèque de Flaubert peut encore être visitée à la Mairie de Canteleu.

St_PetersburgTant qu’on ne s’est pas rendu sur place, le concept d’une bibliothèque d’auteur pourrait sembler abstrait, bien qu’il s’agisse avant tout d’une collection d’objets matériels. Tout change après une visite: la bibliothèque de Voltaire ne peut qu’impressionner le visiteur. Elle fait aujourd’hui partie de la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg qui, comme on le voit sur la bannière de son site web, est encore située dans le bâtiment du dix-huitième siècle commandité par Catherine II à l’angle de la rue Sadovaya et de la Perspective Nevsky, bien qu’il existe également de nos jours un nouveau site plus éloigné du centre-ville. L’entrée des lecteurs a été modernisée, avec vestiaire et tourniquet actionné par les cartes de lecteurs. Pour accéder à la bibliothèque de Voltaire, on prend à droite et on traverse un long couloir aux murs couverts de boiseries, qui donne une impression d’étroitesse grâce à sa hauteur et aux vitrines où sont exposées livres et documents présentant les riches collections de la Bibliothèque, y compris celle de Voltaire. On monte deux marches et on est dans un hall spacieux. En prenant la porte à droite et en descendant quelques marches le lecteur se retrouve devant la plaque commémorant l’inauguration officielle du ‘Centre d’Etude du Siècle des Lumières “Bibliothèque de Voltaire” ’ par les premiers ministres russe et français le 28 juin 2003.

Au-delà des portes sécurisées, on entre enfin dans les deux salles voûtées consacrées à la mémoire de Voltaire et à ses livres. Enjolivée par un parquet et des vitraux faits sur mesure qui incorporent les initiales ‘A.d.V.’ (Arouet de Voltaire), la première salle, disposée en forme de ‘T’ (l’entrée étant à la jonction de la verticale et de l’horizontale), contient les volumes du patriarche de Ferney. Mais c’est d’abord la statue qui frappe, face à la porte: le célèbre ‘Voltaire assis’ de Houdon, une copie de celle qui se trouve à deux kilomètres seulement de la Bibliothèque, à l’Ermitage. Les murs sont tapissés de livres, et les rayons sont protégés par des portes en verre dont seuls les conservateurs détiennent les clefs. Les cotes reflètent l’ordre des livres à l’époque où la bibliothèque était encore conservée à l’Ermitage, et ce classement est censé être celui de Ferney, respecté par Wagnière, le secrétaire de Voltaire qui accompagna et déballa les caisses de livres en Russie. Au milieu de chaque ‘aile’ de la salle se trouve une vitrine, avec des expositions temporaires. Actuellement l’une expose quelques volumes emblématiques de la collection, tel l’exemplaire du Contrat social de Rousseau annoté par Voltaire,[2] alors que l’autre montre le catalogue de la bibliothèque dressé par Wagnière, un plan dessiné au dix-huitième siècle du château de Ferney, et des échantillons de tissu apportés par Wagnière pour Catherine II, qui avait initialement projeté de construire une reproduction fidèle du château de Ferney pour y conserver les collections voltairiennes.

En passant dans la seconde salle on trouve  une copie de la maquette du château de Ferney (dont l’original se trouve, lui aussi, au musée de l’Ermitage), exécutée en 1777 par Morand, le menuisier de Voltaire. C’est dans la seconde salle, bien pourvue en outils de travail (Œuvres complètes de Voltaire, catalogue de sa bibliothèque, etc.) que les lecteurs peuvent s’installer pour consulter les livres du grand écrivain. Là on peut feuilleter ses manuscrits, déchiffrer les ratures, parcourir les notes qu’il a laissées en marge des volumes imprimés. Toutes les traces de lecture de Voltaire ont été recensées et sont en cours de publication dans le Corpus des notes marginales. Nous regrettons le récent décès de Nikolai Kopanev, qui a joué un rôle important dans la continuation de cette publication essentielle par la Voltaire Foundation. C’est en partie grâce à lui que les voltairistes de tous les pays du monde sont si chaleureusement accueillis dans la bibliothèque de Voltaire pour étudier – et pour contempler aussi l’ampleur de la marque laissée par Voltaire sur le patrimoine mondial.

-Gillian Pink

[1] Notamment par Sergueï Karp, Quand Catherine II achetait la bibliothèque de Voltaire (Ferney-Voltaire, 1999); Christophe Paillard, De la “bibliothèque patriarcale” à la “bibliothèque impériale” – Grimm, Wagnière, Mme Denis et l’acquisition de la bibliothèque de Voltaire par Catherine IIGazette des Délices 14 (été 2007); Gillian Pink, ‘Voltaire in St Petersburg: the Voltaire Library and the marginalia project’ au colloque ‘Was there a Russian Enlightenment?’, Ertegun House, Oxford (novembre 2012).

[2] La reproduction en fac-similé a été publiée sous le titre Du contrat social. Edition originale commentée par Voltaire (Paris, 1998). L’annotation de Voltaire, ainsi que les autres marques de lecture, a été reproduite et commentée par Kelsey Rubin-Detlev dans Voltaire, Corpus des notes marginales, t.8 (Œuvres complètes de Voltaire, t.143, p.165-83 et p.493-515 pour le commentaire).

Nikolai Kopanev

We are very sad to learn the news of the death of Nikolai Kopanev, head of the Voltaire library in St Petersburg. We last had the pleasure of welcoming him to Oxford in 2009, as part of the celebrations of the 250th anniversary of Candide; more recently we published his article ‘V. S. Lioublinski et le Corpus des notes marginales‘ in the reissue of volume 5 of Voltaire’s marginalia which appeared in 2012 (OCV, vol.140, p.947-50). Nikolai Kopanev played an important role in negotiating the agreement with the Voltaire Foundation to continue the publication of the Corpus des notes marginales. We send our sincere condolences to his family and colleagues at the National Library of Russia.

Pangloss, Guru of Positive Thinking: Candide at the Royal Shakespeare Company

Candide new imageMark Ravenhill is now in his second year as Writer in Residence at the RSC. His latest play, Candide, ‘inspired by Voltaire’, is currently in rehearsal and opens at the Swan Theatre in Stratford on 29 August, where it will run until 26 October. The play is directed by Lyndsey Turner, and the advance publicity warns that the performances will include ‘strong language, violence and reckless optimism’. Nicholas Cronk, director of the Voltaire Foundation, went to watch an early rehearsal and talk to Mark Ravenhill.

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Candide in rehearsal

Nicholas Cronk: The RSC invited you to write a new play on any subject: what made you choose Candide?

Mark Ravenhill: Candide is one of those books I read when I was young and that I come back to regularly. It’s a book that makes me laugh and think – it would be very hard to like someone who didn’t enjoy Candide! Also, everyone thinks they know Candide – you hear people described as ‘Panglossian’. So if Candide appears on a poster, it feels familiar.

NC: Candide has often been rewritten as a narrative, for example George Bernard Shaw’s Adventures of the Black Girl in her Search for God (1932), but less often successfully reworked for the stage – with the notable exception of Bernstein’s Candide. What are the challenges of rethinking this work for the stage?

MR: There is a remarkable nimbleness of style, a balancing act of tone, in Voltaire, which is hard to bring off on stage. When you speak the words out loud, the effect is very different from when you read them. So one needs to do something new with a stage performance, not simply ‘tell the story’. When I was asked by the RSC to write a new play, I was already thinking about ideas of happiness and optimism in modern society. The American journalist Barbara Ehrenreich has written about this in her book Smile or Die: How Positive Thinking Fooled America and the World (2009) [in the USA the book is called Bright-sided: How the Relentless Promotion of Positive Thinking Has Undermined America]. She talks about the happiness industry, the rise of medication to make us happy and of self-help books, and the influence of all this on religion. In many ways religion has become another form of self-help. We all suffer from over-exposure to positive thinking.

Candide in rehearsal

Candide in rehearsal

NC: I like the idea of Voltaire as agony aunt. There is a novel by Dinah Lee Kung, A Visit from Voltaire (2004), in which the ghost of Voltaire turns up to sort out the problems of a modern-day American family living in Geneva…: this is Voltaire as the inventor of the self-help manual.

MR: In the business world, the idea of positive thinking is absolutely entrenched. The financial crisis happened because no-one could actually say out loud how bad things were…

NC: Voltaire’s novel makes fun of Pangloss and the Leibnizian idea that evil doesn’t really exist. And you feel we are living in a culture that can’t face up to the existence of evil? that makes Panglosses of us all?

MR: We are now so far advanced in our denial of evil that we want to rationalise it away. Twenty years ago, when you bumped into someone and asked how they were, they would say, ‘Mustn’t grumble’ or ‘Getting by’: now they feel obliged to say ‘Just great!’. In both cases, the reply is just a social nicety, but the framework has changed, it’s as if it’s become a social duty to express happiness. Optimism and happiness are not the same thing, but they are becoming interchangeable, and it seemed to me that Voltaire’s Candide gave me a way into something important happening in modern-day culture.

NC: Are there other ways in which the text has contemporary echoes for you?

MR: Rereading Candide, I was struck by the link between optimism and the optimal, the idea that we have been placed in this optimal world rather than some other. Voltaire’s novel offers us parallel universes, the possibility of entering into alternative worlds existing side by side, and this is something quite modern. Nested narratives and parallel universes are popular at the moment in many different art forms.

NC: Candide itself is a very self-referential text, full of spoofs of other fictions. When Candide is driven crazy by his love for Cunégonde, he rushes round carving her name on the bark of trees, like a character in a Shakespearean comedy…

MR: Yes, even within single sentences, there are sudden changes of register. And when the travellers go to Venice, they see a play by Voltaire! This is a novel which has narratives within narratives, such as when Cunégonde recounts her story.

NC: And these nested narratives and parallel universes shape your new play?

Candide in rehearsal

Candide in rehearsal

MR: I have not chosen to create a linear story, but a series of different narratives: in the end there are five plays that almost, but don’t quite, add up to one play…  I start with the story of Candide, being performed as a play within a play, to bring the audience up to speed with the story. Each scene exists in a different universe and moves between different genres. The fourth scene invites us to join Candide in Eldorado and explores life as it could ideally be: this is proto sci-fi, rather like what happens in Gulliver’s Travels. And in the fifth and final scene, we move slightly into the future, as Pangloss finds success as the purveyor of optimism.

NC: How easy is it to stage contemporary characters engaging in philosophical debate?

MR: Theatre within theatre, when characters sees themselves on stage, always raises philosophical questions of choice and free will. And then there is the question of language. Although the play is not written in strict verse form, there is an underlying beat of rhyming couplets, with echoes of Pope and the tradition of eighteenth-century philosophical verse.

NC: For members of the audience who would like a refresher course in Candide before the first night, you have produced a special new version of Voltaire’s novel?

MR: Yes, I have adapted the whole book into tweets of 140 characters, and these are being sent out daily, at the rate of eight tweets per day [from 26 June to 29 August: @TweetCandide].

NC: It tells us something remarkable about Voltaire’s style that his novel lends itself so well to this exercise. You have invented a completely new way of translating Candide: I hope one day we can publish it on the website of the Voltaire Foundation!

MR: Yes, translating Candide into tweets has really deepened my appreciation of his writing – it wouldn’t work so well with nineteenth-century authors. Every single sentence in Voltaire seems to advance the story, and yet stand alone as a sound-bite.

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