L’Autoédition: phénomène récent depuis le XVIIIe siècle

Saury

Saury, Des moyens que la saine médecine peut employer pour multiplier un sexe plutôt que l’autre (Paris, l’auteur, 1779)

L’automne dernier, les auteures à succès Arlette Cousture et Marie Laberge ont semé l’émoi dans la communauté du livre au Québec en décidant de tourner le dos à leurs éditeurs et de publier à leur compte, directement sur leur site internet personnel. Pour les libraires, il s’agissait ni plus ni moins qu’une véritable ‘trahison’ de la part de ces deux romancières.

Cette récente controverse ainsi que l’omniprésence des médias numériques qui chamboulent depuis quelques années les circuits habituels de l’édition nous amènent à nous questionner sur les rôles culturels, professionnels et commerciaux que jouent les auteurs, les éditeurs et les libraires dans la société. Si ce débat refait particulièrement surface alors qu’un nombre croissant d’auteurs s’autoéditent un peu partout dans le monde, il n’est pourtant pas nouveau!

Déjà en 1759, Malesherbes, alors Directeur de la librairie, déclare que, contrairement à la loi qui dicte alors que seuls les libraires ont le droit en France de vendre des livres, ‘Ce sont les auteurs, qui, suivant le droit naturel, devraient tirer tout le profit de leurs ouvrages, en ayant la faculté de les vendre eux-mêmes.’ D’ailleurs, comme le demande Arlette Cousture dans une entrevue accordée à Radio-Canada, pourquoi devrait-il être honteux pour un auteur de vouloir maximiser les revenus de l’écriture, de garder la mainmise sur l’édition et la diffusion de ses œuvres?

Felton-bookcoverAu XVIIIe siècle, dans la foulée du procès qui oppose la communauté des libraires de Paris et Luneau de Boisjermain, accusé de vendre ses propres livres en 1768, Diderot se demande également: ‘N’est-il pas bien étrange que j’aie travaillé trente ans pour les associés de l’Encyclopédie; que ma vie soit passée, qu’il leur reste deux millions, et que je n’aie pas un sol?’

Dans mon livre Maîtres de leurs ouvrages: l’édition à compte d’auteur à Paris au XVIIIe siècle, on découvre que ce sont des centaines d’auteurs qui, déjà au siècle des lumières, ‘s’autoéditent’. Profitant particulièrement de la nouvelle loi qui permet aux auteurs de vendre leurs ouvrages en toute liberté dès 1777, un nombre jusqu’ici insoupçonné d’écrivains de toutes sortes publient à leurs dépens de façon à conserver les droits de leurs œuvres et de les vendre directement aux lecteurs, ‘À Paris, Chez l’Auteur’. Malgré tous les risques et les défis qu’une telle entreprise comporte alors, le jeu n’en valait-il pas la chandelle?

La Beaumelle title page

La Beaumelle, Mémoires pour servir à l’histoire de Madame de Maintenon (Amsterdam, l’auteur, 1755).

Dans une lettre qu’il adresse à son frère, Laurent Angliviel de La Beaumelle, qui édite quelques ouvrages à son compte, écrit: ‘Mon édition de Maintenon m’a endetté jusqu’aux oreilles; je n’ai pas le sou […] mais si Maintenon réussit, je ne serai point mal. […] Vous me grondez d’avoir fait imprimer à mes dépens: jusqu’ici je m’en suis bien trouvé, & qui m’auroit payé mon manuscrit? on ne m’en auroit pas donné 400 L.’

–Marie-Claude Felton

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