Le Roi est mort

Le Roy dans son lit de parade tel qu'il y parut le premier de septembre jour de son decès 1715 (BnF).

Le Roi dans son lit de parade tel qu’il y parut le premier de septembre jour de son décès 1715 (BnF).

Le château de Versailles présente du 27 octobre 2015 au 21 février 2016 Le roi est mort. Louis XIV 1715. Commémorant le tricentenaire de la mort de Louis XIV, cette exposition, placée sous le commissariat de Béatrix Saule, directeur-conservateur général du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, et de Gérard Sabatier, professeur émérite des Universités et président du comité scientifique du Centre de recherche du château de Versailles, entend donner à voir et à comprendre un rituel méconnu: celui des funérailles du Grand roi, de son exposition à Versailles dans sa chambre mortuaire le 1er septembre 1715 à son inhumation dans l’abbaye de Saint-Denis le 23 octobre suivant. Ces obsèques marquaient l’aboutissement, en même temps que le profond renouvellement, d’un cérémonial séculaire, qui allait devenir une des plus éclatantes manifestations de la civilisation de cour. Des funérailles royales françaises, on ne retient généralement que les proclamations du héraut d’armes lors de la mise au tombeau de la dépouille: le roi est mort, vive le roi, officialisant le décès du défunt et l’avènement de son successeur, adage de la monarchie qui ne meurt jamais. Le rituel lui-même n’avait pas retenu l’attention des historiens car il n’avait pas de contenu politique, les aléas de la transmission du pouvoir étant réglés avant le décès, selon le principe lignager de la primogéniture masculine. A la fin du XVème siècle et jusqu’en 1610, l’écart entre le décès et l’inhumation fut considérablement dilaté par l’adoption de conduites honorifiques nécessitant l’utilisation d’une effigie tenant lieu du cadavre imprésentable, et de procédures imitant celles des funérailles des empereurs romains. Ce parasitage cérémoniel retardant l’instantanéité de la transmission de pouvoir fut abandonné par étapes sous la pression des circonstances pendant la période des guerres civiles à partir de 1560, et la forme triomphale des funérailles des Valois fut réfutée par Louis XIII en 1643. Cependant, loin de disparaître, les funérailles royales françaises connurent sous les Bourbons une mutation que cette exposition se propose de montrer et d’expliquer.

Représentation de l'endroit où a été déposé le corps de Louis quatorze roy de France dans l'église de S.t Denis (BnF).

Représentation de l’endroit où a été déposé le corps de Louis quatorze roi de France dans l’église de St. Denis (BnF).

Exposition-événement, c’est la première de ce genre en France, ce qui s’explique par l’attitude précédemment évoquée des historiens, et la quasi absence de documents directs, décorations, accessoires, iconographie même. Les musées français, espagnols, allemands, anglais, suédois, américains ont permis toutefois de rassembler d’importants tableaux, certains jamais montrés, des instruments chirurgicaux, des accessoires de deuil, des pièces originales du trésor de Saint-Denis, tout l’apparat du dernier cérémonial funèbre , celui de Louis XVIII. Des archives proviennent le testament et le rapport d’autopsie de Louis XIV. Grace à une abondante documentation textuelle, Pier Luigi Pizzi a pu pallier l’absence de témoignages originaux par une muséographie très évocatrice. Le séquençage suit une progression chronologique en neuf étapes.

Marche et Convoy funèbre de Louis le Grand, Roy de France (BnF).

Marche et Convoi funèbre de Louis le Grand, Roi de France (BnF).

  1. Ce roi qui disparaît est une sélection de tableaux, de gravures, de médailles d’or ou de médaillons de bronze qui pouvaient contribuer à produire, chez les contemporains, une figure du roi, un imaginaire de Louis XIV, dans son ambivalence entre lumières et ombres.
  2. Louis se meurt rapporte les trois semaines où le roi fit face à la maladie puis organisa théâtralement sa mort, veillant au souvenir qu’il laisserait. Des extraits de Si Versailles m’était conté et de L’Allée du roi présentent la mort cinématographique de Louis XIV.
  3. Ouverture et embaumement est une séquence réaliste qui permet de découvrir une des pratiques les plus étranges des funérailles royales: l’ouverture du corps, le prélèvement des entrailles et du cœur, l’embaumement permettant une présentation supportable.
  4. Exposition et effigie montre trois modes de présentation des monarques défunts pour recevoir les hommages et les prières, selon qu’on a à faire aux Valois, aux Bourbons ou aux Habsbourg.
  5. Le deuil à la cour. Les funérailles royales sont un moment essentiel dans la vie des courtisans. La réglementation minutieuse des pratiques du deuil est l’occasion de rendre visible la hiérarchie des rangs qui structure cette société, exprimée notamment par les types et les couleurs des vêtements.
  6. Le convoi funèbre. Autre grand moment des funérailles royales, le plus important peut-être au XVIème siècle, lorsque le cortège réunissant tous les corps de la société autour du défunt traverse la capitale. Les Bourbons depuis Louis XIII procèdent différemment. L’exposition montre précisément et explique cette nouveauté souvent mal interprétée.
  7. Les services à Saint-Denis, en France et à l’étranger. Présentation des pièces du trésor, reconstitution des placements, évocation de l’apparat surprenant d’une église transformée en salle de spectacle. Mais les funérailles de Louis XIV ne furent pas seulement célébrées dans la nécropole royale, des services commémoratifs se tinrent partout en France, et jusqu’en Amérique, sur ordre de son petit fils Philippe V.
  8. Tombeaux et mausolées. Un des mystères des funérailles des Bourbons. Alors que les Valois avaient faits construire de prestigieux monuments funéraires, leurs successeurs rompent avec cette tradition, ne menant pas à terme les projets architecturaux dont on présente les plans, se contentant de simples cercueils alignés dans la crypte. Par contre, ils accordent tous leurs soins à l’ensevelissement de leurs entrailles et surtout aux tombeaux de leurs cœurs. Les vrais monuments funéraires des Bourbons furent cependant les apparats éphémères, les mausolées dressés partout dans les églises, dont on trouvera plusieurs feuilles de dessin.
  9. Des funérailles royales aux funérailles nationales. L’exposition s’achève sur les héritages d’une pratique monarchique que la Révolution avait voulu détruire, la recherche d’une nécropole autre que Saint Denis, la remise en honneur des grands cortèges avec les hommages populaires. Les tableaux officiels des funérailles des présidents de la république s’inscrivent dans une continuité éloquente.

La thématique retenue permet d’évoquer les obsèques royales sous leur aspect politique, social et culturel, situant un rituel que l’on pourrait croire obsolète au cœur d’un imaginaire du pouvoir au-delà des ruptures historiques.

– Gérard Sabatier

Le deuxième tome du Siècle de Louis XIV (chapitres 13-24) (Oxford, Voltaire Foundation), est maintenant disponible.

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  1. Pingback: Death at Versailles | Voltaire Foundation

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