Pierre Bayle est mort. Vive la République des Lettres!

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Enfant du Carla (aujourd’hui Carla-Bayle) dans le Midi-Pyrénées, fils et frère de pasteurs réformés, exilé peu avant la révocation de l’édit de Nantes, Pierre Bayle passa une grande partie de sa vie à Rotterdam, d’où il communiquait avec les philosophes et savants de toute l’Europe. Créateur d’un des premiers périodiques de critique littéraire, historique, philosophique et théologique, les Nouvelles de la république des lettres, il a défini une nouvelle conception de la liberté de conscience fondée sur le rationalisme moral. Dans son œuvre majeure, le Dictionnaire historique et critique, il recueille mille détails sur les événements historiques et cherche à démontrer, dans les articles philosophiques, que la religion chrétienne est incompatible avec une argumentation rationnelle. Dans ses toutes dernières œuvres, la Continuation des pensées diverses et la Réponse aux questions d’un Provincial, il diffuse une version du spinozisme qui marquera tous les philosophes des Lumières. Bayle se représentait comme un simple citoyen de la République des Lettres et en est arrivé à incarner cet ‘Etat extrêmement libre’ où l’on ne reconnaît ‘que l’empire de la vérité et de la raison’. Il mourut, à l’âge de 59 ans, le 28 décembre 1706 vers 9 heures du matin, quasiment la plume à la main.

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Lettre de Pierre Bayle à Hervé-Simon de Valhébert, écrite à Rotterdam le 22 octobre 1705.

Ce qui le marque au départ comme un marginal – l’éloignement du Carla des centres de la vie culturelle et la pauvreté de sa famille – nourrit une passion qui fait de lui un érudit aux lectures infinies, un lecteur critique hors pair, qui enregistre soigneusement, dans des recueils alphabétiques, toutes ses lectures et qui se plaît à affronter les récits, les interprétations et les systèmes philosophiques. Avec l’intelligence comme seule arme, il prend du recul par rapport aux controverses religieuses et aux débats philosophiques de son temps; il excelle à disséquer les systèmes philosophiques pour démontrer leurs conséquences absurdes: c’est un recul critique et souvent ironique qui fait de lui non pas un pyrrhonien mais un témoin privilégié de la crise qui marque son époque. Jacques Basnage décrit parfaitement sa passion philosophique:

‘Comme il s’était accoutumé à combattre les erreurs du vulgaire, il avait porté plus loin ce même esprit et un des plaisirs les plus doux qu’il goûtait était de faire sentir à une infinité de gens que les opinions qu’ils regardaient comme évidentes ne laissaient pas d’être environnées de difficultés insurmontables’ (Jacques Basnage au duc de Noailles, le 3 janvier 1707: Lettre 1743, Volume XIV).

Notre édition critique de sa vaste correspondance, qui comporte quinze volumes et près de de 1800 lettres échangées avec un très large cercle d’interlocuteurs, est désormais achevée. Le Volume XIV paraîtra en février 2017 et le Volume XV, comportant la bibliographie générale et l’index général des noms de personnes, paraîtra en été 2017.

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Pierre Bayle is dead. Long live the Republic of Letters!

Born in Le Carla, a tiny village near Foix in the South of France, Pierre Bayle came from a family of Protestant ministers, and was exiled shortly before the Revocation of the Edict of Nantes. Consequently, he spent most of his life in Rotterdam, from where he corresponded with philosophers and scholars throughout Europe. He launched one of the first literary and philosophical periodicals, the Nouvelles de la république des lettres and defined a new conception of religious tolerance based on moral rationalism.

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His most famous work, the monumental Dictionnaire historique et critique, contains detailed historical articles and others concerning philosophers, in which he sought to demonstrate that Christian doctrine is incompatible with rational argument. In his last works, the Continuation des pensées diverses and the Réponse aux questions d’un Provincial, he defined a version of Spinozism which greatly influenced Enlightenment philosophers. In his unassuming way, Bayle thought of himself as a simple citizen of the Republic of Letters and came to incarnate that ‘extremely free State’ in which no other law is recognised but ‘the rule of truth and right reason’. Bayle died at the age of 59 on the 28th December 1706 at about 9 a.m., virtually pen in hand.

The critical edition of his extensive correspondence, containing fifteen volumes and nearly 1800 letters exchanged with his vast network of friends and associates, is now complete. Volume XIV has just published (February 2017), and volume XV, containing the general index and bibliography, will publish in the summer of 2017.

– Antony McKenna

 

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