Le discours radical en Grande-Bretagne (1768-1789): réformisme anglais ou sortilège à la française?

Tous les 4 novembre, la Revolution Society, une société patriotique de Londres, célèbre la ‘Glorieuse Révolution’ anglaise de 1688, porteuse de liberté religieuse et politique. En 1789, le pasteur Richard Price modifie cette célébration purement anglaise en incorporant à son sermon un éloge vibrant de la Révolution française, couronnement selon lui de la Révolution américaine de 1776 et annonciatrice de paix universelle. Ce sermon mémorable constitue la première prise de parole publique en faveur de la Révolution française en Angleterre et y provoque une immense controverse.

Regardons un instant la caricature de William Dent, brillante illustration du réquisitoire d’Edmund Burke contre le fameux dîner mais que Dent applique à une autre célébration, celle du 14 juillet 1791 à Londres. Quatre hommes dansent autour d’un chaudron, tels les sorcières de Macbeth. Leurs paroles, calquées sur le texte de Shakespeare, annoncent la subversion des institutions et des valeurs. Ils attendent avec impatience de niveler les conditions sociales, mais aussi de s’enrichir grâce au trafic des assignats:

‘Around! around in Chaotic Dance,
We step to tune of free-made France;
And when the Hurly-burly’s done,
And all Ranks confounded in One;
Oh! how we will Sing and Caper,
If Cash we can make with Paper.’

‘Revolution Anniversary or, Patriotic Incantations’, print by William Dent (1791). ©The Trustees of the British Museum.

La monarchie et les corps constitués sont distillés dans ‘l’esprit français’ (à la fois alcool et idéologie enivrante), la couronne renversée annonce la chute de la monarchie britannique. La caricature croque la fine fleur de l’opposition ‘radicale’. On reconnaît Joseph Priestley à son habit de pasteur ainsi que Charles James Fox, bedonnant et hirsute, tribun whig et éternel ennemi du premier ministre Pitt. Un autre pasteur, Joseph Towers, et le dramaturge Richard Brinsley Sheridan les accompagnent: pas des sans-culottes donc, mais un aristocrate, des bourgeois, des hommes de lettres. Priestley tient à la main le pamphlet de Tom Paine sur les droits de l’homme, tandis que les tableaux renvoient à des épisodes traumatiques de l’histoire anglaise, au ‘fanatisme’ et au ‘républicanisme’. Si la caricature renvoie au contexte de la Révolution française, elle est aussi une dissection visuelle du discours radical qui se répand depuis la fin des années 1760 et se fonde à la fois sur les droits de l’homme et sur l’histoire anglaise.

Les radicaux dénoncent l’influence exorbitante de la Couronne et de l’exécutif, le caractère oligarchique et non-représentatif des Communes, la corruption endémique. Ce réformisme parfois modéré explose sous le coup de la Révolution française, d’un nouveau ‘jacobinisme’ anglais et de la réaction conservatrice.

Dans mon livre Le Discours radical en Grande-Bretagne, 1768-1789, j’examine les points communs et les différences entre les divers tenants du ‘radicalisme’ pour montrer que l’unité de ce discours, réformateur et soi-disant loyal mais aux accents parfois révolutionnaires, tient au recours à la tradition historique anglaise combiné à l’appel aux droits de l’homme et à un universalisme des Lumières.

– Rémy Duthille

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