Voltaire en notre temps : le Cellf et la Voltaire Foundation

Sylvain Menant est professeur émérite à Sorbonne Université, ancien directeur du Cellf, il est, depuis 1988, membre du Conseil scientifique des Œuvres complètes de Voltaire, pour lesquelles il a signé de nombreuses éditions critiques dont celle des Contes de Guillaume Vadé en 2014.

La Voltaire Foundation, à Oxford.

La Voltaire Foundation, à Oxford.

L’acronyme « Cellf » désigne le « Centre d’étude de la langue et des littératures françaises », centre de recherches de l’Université Paris-Sorbonne (fondue depuis le 1er janvier 2018 dans Sorbonne Université) et du Centre National de la Recherche Scientifique. Jusqu’à une période récente, ce centre de recherches était spécialisé dans l’étude des XVIIe et XVIIIe siècles. Son prestige a amené les autorités de tutelle à élargir ses compétences à tous les siècles, sous la direction du Pr Christophe Martin. Cet élargissement n’a en rien nui à l’étude des XVIIe et XVIIIe siècles, que nous considérons comme « un siècle de deux cents ans »[1], étude qui rassemble de nombreux professeurs, chercheurs à temps plein, chercheurs associés et doctorants. Ils se réunissent dans quelques salles de travail au deuxième étage de la Sorbonne, au milieu des livres et des machines. Par les hautes fenêtres, on aperçoit, juste en face, de l’autre côté de la rue Saint-Jacques, le collège (aujourd’hui lycée) Louis-le-Grand où le jeune Arouet, futur Voltaire, fut élève des Pères jésuites. Le Cellf a célébré cette année son cinquantième anniversaire par un colloque de trois jours où ont été évoquées ses recherches passées, présentes et à venir, complété par des festivités diverses. Il a tenu à associer la Voltaire Foundation à cette célébration ; elle y a été représentée par l’un de ses membres actifs, Gillian Pink, qui a pris la parole ; elle a participé à la mise au point de nombreux volumes tout en préparant une excellente thèse soutenue en 2015[2].

Réunion du Conseil scientifique des Œuvres complètes

Réunion du Conseil scientifique des Œuvres complètes de juin 2016. Assis, de gauche à droite: Marie-Hélène Cotoni, Christiane Mervaud, Jeroom Vercruysse; debout, de gauche à droite: Gérard Laudin, Gerhardt Stenger, Nicholas Cronk, John R. Iverson, Sylvain Menant, Russell Goulbourne, François Moureau.

Depuis sa création, le Cellf, par le nombre de chercheurs spécialisés qu’il a accueillis et le nombre de thèses soutenues, par le nombre des publications et des colloques, est le principal centre mondial de recherches sur Voltaire et de formation de jeunes voltairistes. La Voltaire Foundation, devenue un organe de l’Université d’Oxford après avoir été implantée à Genève, est le prestigieux centre d’édition d’une collection complète des œuvres de Voltaire et de travaux critiques sur cet écrivain et son temps. Les deux institutions, de nature et d’objet différents et complémentaires, entretiennent depuis longtemps une féconde et cordiale collaboration. De nombreux chercheurs appartiennent aux deux institutions et y jouent un rôle actif. Symboliquement, le Conseil scientifique des Œuvres complètes de Voltaire publiées à la Voltaire Foundation tient sa réunion annuelle dans les murs du Cellf, souvent sous la présidence d’un membre de notre laboratoire. Symétriquement, nous sommes nombreux à traverser la Manche pour participer à des réunions de travail ou à des comités, faire des recherches dans les riches fonds de la Bodleian ou présenter une conférence sur tel ou tel aspect renouvelé des connaissances sur Voltaire.

Pourquoi ce titre pour célébrer la collaboration du Cellf et de la VF : « Voltaire en notre temps » ? Loin de nous l’idée de chercher naïvement dans l’œuvre ou la vie de cet écrivain des conseils pour régler les problèmes du monde d’aujourd’hui. Ceux qui crient : « au secours, Voltaire » n’ont lu de son œuvre que des fragments orientés. Tout au contraire, nous avons pour objet depuis l’origine de débarrasser Voltaire des récupérations intéressées dont son œuvre a été l’objet au XIXe siècle, récupération par les monarchistes de ce partisan de l’absolutisme, récupération par les élites de ce contempteur de la « populace » et de cet ennemi de l’instruction populaire, récupération par les sans-Dieu de cet anticlérical. Notre temps est celui d’une approche scientifique neutre du phénomène Voltaire, d’une utilisation des moyens les plus neufs d’approche des textes et des faits, d’une mise à disposition des publics d’aujourd’hui de l’œuvre et de ses arrière-plans. Notre temps est ainsi celui d’une redécouverte d’un Voltaire débarbouillé des lectures partisanes, et enrichi d’une nouvelle et prodigieuse érudition. C’est l’esprit qui anime à la fois les voltairistes du Cellf et ceux d’Oxford.

Leur entreprise est commune depuis le début, et elle commence avant même la création des deux institutions. En 1967 à Saint-Andrews en Écosse, en marge d’une rencontre internationale de spécialistes du XVIIIe siècle, un mécène anglais passionné, Theodore Besterman, lance l’idée de publier une édition complète des œuvres de Voltaire, alors que la plus récente datait de 1875. Besterman, dès ce moment et jusqu’à aujourd’hui au-delà de sa mort, consacre sa fortune à cette entreprise ; il est le fondateur de la Voltaire Foundation. René Pomeau, professeur à la Sorbonne et futur membre important de notre laboratoire dès sa création, fait partie du comité international qui s’engage dans cette tâche immense, qui totalisera environ deux cent volumes. Il recrute des collaborateurs français, surtout parmi ses nombreux élèves, comme Marie-Hélène Cotoni, Jean Dagen, Christiane Mervaud, José-Michel Moureaux, Roland Virolle, une dizaine d’autres, et moi-même. Quand le Cellf est créé, l’équipe des voltairistes, déjà nombreuse, soudée et active, constitue une des pierres angulaires de la nouvelle institution de recherche. Les textes à éditer sont distribués selon les compétences de chacun ; les œuvres les plus volumineuses sont prises en charge en équipe ; les premiers résultats du travail circulent, sont enrichis ou corrigés au passage ; les collaborateurs spécialisés de la Voltaire Foundation contribuent à la chasse aux copies manuscrites, aux vérifications bibliographiques, au relevé des variantes, et assurent une impeccable préparation du texte pour l’imprimeur.

À l’origine, il s’agissait surtout de fournir au public moderne le texte devenu introuvable de l’ensemble des écrits de Voltaire, dont seuls quelques titres, les plus connus, étaient disponibles en librairie. Mais nous étions désireux de partager les découvertes faites au cours de nos recherches d’éditeurs, et conscients des difficultés que présente pour un lecteur moderne, même spécialiste, la foule d’allusions et de sous-entendus dont fourmillent les textes de Voltaire. Bientôt les introductions, les notes, les annexes se multiplièrent, et l’édition est devenue un monument d’une extraordinaire richesse, une somme capable de faire comprendre Voltaire en notre temps, autant que faire se peut.

La Religion de Voltaire.

L’édition, contrairement à toutes celles qui l’avaient précédée, est, on le sait, chronologique. Elle met l’accent sur le lien entre la genèse et la publication des œuvres de Voltaire et ses expériences successives du monde et de la vie. C’est un choix qui crée des problèmes d’édition épineux, mais c’est un choix historique lié aux premières orientations du Cellf et de ses fondateurs. Pour résoudre les contradictions apparentes dans la pensée de Voltaire, que la critique ne cessait de souligner, René Pomeau avait opéré une révolution épistémologique dans sa grande thèse sur La Religion de Voltaire : au lieu d’étudier le système de pensée de l’écrivain, il avait suivi les étapes de son existence, montrant comment sa pensée avait évolué, parfois fluctué, en rapport avec les circonstances. C’est cette démarche que reprenait le projet des Œuvres complètes.

Mais c’est aussi cette démarche qui justifiait un grand projet collectif qui se développa parallèlement et se réalisa tout entier dans les murs du Cellf : une grande biographie renouvelée, intitulée Voltaire en son temps. L’équipe des voltairistes du Cellf réalisa ce vaste travail de 1985 à 1994, de façon largement collective, tous les apports individuels étant préparés par des réunions au Cellf, auxquelles participait parfois le représentant d’alors de la VF, Andrew Brown, et aussi des personnalités comme Jacques Van den Heuvel, André-Michel Rousseau, Jacqueline Marchand. Chaque volume avait son responsable; Jean Dagen et moi, qui devions plus tard diriger le Cellf successivement, avons eu en charge les volumes IV et V. L’ensemble était unifié par une révision de René Pomeau, qui écrivit lui-même par ailleurs d’importants développements. La première édition de ce travail désormais fondamental et partout cité comme la biographie savante de référence fut publiée en cinq volumes successifs à la Voltaire Foundation.

Couverture du premier volume de Voltaire en son temps.

Couverture du premier volume de Voltaire en son temps (Oxford, 1985).

Quand cette biographie fut terminée, les réunions plénières annuelles en juin de l’ensemble de l’équipe ne s’arrêtèrent pas. Nous étions soucieux d’assurer l’avenir des études voltairistes en France et ailleurs. Ces réunions se transformèrent en « journées Voltaire » qui continuent et réunissent les spécialistes de toutes les générations autour des chercheurs du Cellf et les collaborateurs de la Voltaire Foundation, réunis dans une « Société des Études voltairiennes » qui a son siège au Cellf. L’actuel président de la SEV est Nicholas Cronk, directeur de la Voltaire Foundation, marque de notre étroite collaboration. Les « journées Voltaire » sont devenues le cadre d’un colloque annuel à la Sorbonne dont les actes sont ponctuellement publiés aux PUPS, avec le soutien actif du Cellf, dans une revue de bonne diffusion, intitulée Revue Voltaire. Cette année, les 22 et 23 juin, le colloque avait pour sujet « Voltaire du Rhin au Danube » et réunissait de nombreux chercheurs d’Europe centrale. Il était organisé par Guillaume Métayer, brillant chercheur du CNRS au Cellf où il représente la troisième génération de voltairistes puisqu’il a été mon doctorant, alors que j’avais été le doctorant de René Pomeau.

Pendant une dizaine d’années j’ai animé en outre dans la salle Jean Fabre du Cellf un séminaire « Voltaire » hebdomadaire qui accueillait des étudiants avancés, des doctorants de toute nationalité, des étrangers en résidence, et d’autres encore. Ce séminaire très suivi a été honoré des interventions d’éminents spécialistes attachés à d’autres centres actifs, comme André Magnan, président de la Société de Ferney, ou Natalia Elaguina conservateur de la Bibliothèque de Voltaire à Saint-Pétersbourg, qui a été chercheur associé au Cellf ; tous deux ont fait partie de notre équipe « Voltaire en son temps ». Le séminaire « Voltaire » se perpétue au Cellf, notamment ces dernières années sur les œuvres théâtrales et leur réception, sous la direction de Pierre Frantz et de Sophie Marchand, désormais sous celle de Renaud Bret-Vitoz et Glenn Roe, récemment nommés à la Sorbonne et devenus ainsi membres du Cellf.

Dans les années 1960, quand j’ai commencé ma carrière, Voltaire était largement éclipsé, dans la recherche dix-huitiémiste, par Rousseau et par Diderot, qui paraissaient plus tournés vers la modernité. Le Cellf a depuis lors participé à une incontestable révolution. Depuis la création de notre laboratoire, les recherches sur Voltaire y ont été particulièrement fécondes. Dans cette fécondité, le rôle de la Voltaire Foundation a été important, d’abord comme un stimulant parce qu’il fallait que l’édition des Œuvres complètes avance. Elle a si bien avancé, grâce à son maître d’œuvre, Nicholas Cronk, qu’elle est sur le point de s’achever. Si Nicholas Cronk est l’efficace directeur de l’édition, c’est l’un des membres de l’équipe du Cellf, Christiane Mervaud, qui est la présidente d’honneur de l’entreprise. C’est dire notre étroite collaboration. Cette collaboration a porté sur les méthodes, sur les savoirs, sur les interprétations. Si nous proposons à la communauté internationale des chercheurs un Voltaire pour notre temps, c’est que nous nous sommes inlassablement entraidés pour mettre tout le savoir de notre temps au service d’une meilleure connaissance de Voltaire.

– Sylvain Menant

[1] Un Siècle de Deux Cents Ans?, éd. Jean Dagen et Philippe Roger, Paris, Desjonquères, 2004.

[2] Gillian Pink, Voltaire à l’ouvrage, Paris, CNRS éditions, 2018.

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Visite présidentielle au Château de Voltaire

Françoise Nyssen (ministre de la Culture) et Emmanuel Macron

Françoise Nyssen (ministre de la Culture) et Emmanuel Macron. ©Aline Morel

Ce fut une belle journée…

Annoncée depuis plusieurs mois, dûment relayée par les médias, la réouverture du Château de Ferney le 31 mai dernier par le Président de la République, Emmanuel Macron, et la Première Dame, n’a pas manqué de lui conférer tout l’éclat qu’elle méritait.

Il est vrai qu’avec ses tons pastel, ses parquets lustrés, ses soieries lyonnaises et son mobilier en partie retrouvé, la demeure de Voltaire a recouvré une splendeur qu’on ne lui connaissait plus guère qu’à travers la maquette réalisée en 1779 par Morand à la demande de Catherine II. Comme lavée par les orages de la veille, la demeure du seigneur de Ferney est ainsi réapparue sous un soleil éclatant dans un état qu’on ne lui avait sans doute plus connu depuis 1766.

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron. ©Aline Morel

Manifestement heureux et ému de perpétuer le rite de « l’indispensable visite », le couple présidentiel ne s’est pas contenté d’apprécier la restauration à bien des égards exemplaire menée sous l’égide du Centre des Monuments Nationaux et de François Chatillon, Architecte en Chef des Monuments historiques : la symbolique des lieux, brillamment rappelée par François Jacob, trouvait une saveur particulière à travers les extraits de quelques grands textes ferneysiens lus avec une diction parfaite par Clément Hervieu-Léger, sociétaire de la Comédie française (Épître à Horace, L’Ingénu, Dictionnaire philosophique, Traité sur la tolérance, Questions sur l’Encyclopédie, L’Évangile du jour).

Brigitte et Emmanuel Macron

Brigitte et Emmanuel Macron. ©Charlotte Low

À n’en pas douter, les quelque 300 invités triés sur le volet se souviendront longtemps de cette journée particulière et de son ambiance digne d’une Garden party. C’est particulièrement le cas des acteurs locaux qui ont œuvré pendant plus de quinze ans pour que cette journée arrive et que le Président de la République, avec élégance, a tenu à remercier publiquement.

– Olivier Guichard
Attaché culturel (Ferney-Voltaire)

Arrivée du couple présidentiel au Château de Voltaire

Arrivée du couple présidentiel au Château de Voltaire. ©Ville de Ferney-Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

 

Le couple présidentiel et la ministre de la Culture avec le conseil municipal de la Ville de Ferney-Voltaire

Le couple présidentiel et la ministre de la Culture avec le conseil municipal de la Ville de Ferney-Voltaire. ©Ville de Ferney-Voltaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le couple présidentiel et la ministre de la culture

Le couple présidentiel et la ministre de la Culture en compagnie d’Olga Givernet, députée de la 3ème circonscription de l’Ain (à gauche de la photo), Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux (en costume gris clair), Jean Deguerry, président du conseil départemental de l’Ain (à droite de M. Bélaval), Daniel Raphoz, maire de Ferney-Voltaire (avec l’écharpe tricolore). ©Catherine Meillier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brigitte et Emmanuel Macron

De gauche à droite: Philippe Bélaval, Jean Deguerry, Daniel Raphoz, Olga Givernet, Brigitte et Emmanuel Macron, Françoise Nyssen. ©Catherine Meillier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les manuscrits à la VF: découvertes et partage

First page of ‘Assassins section 2de’

Début de la copie de l’article ‘Assassins section 2de’ (Voltaire Foundation: ms.73 [Lespinasse 3], p.14).

Une petite armoire à la Voltaire Foundation abrite une collection modeste de manuscrits dont la plupart datent du dix-huitième siècle. Rassemblés par notre fondateur, Theodore Besterman, tous les documents ne concernent pas forcément (ou uniquement) Voltaire: récemment nous avons accueilli des chercheurs de l’équipe des Œuvres complètes de d’Alembert, un collègue de la British Library, et j’ai aussi été contactée par le responsable du projet de l’Inventaire Condorcet, qui me demandait de vérifier des références et de fournir, pour leur beau site, des photos de certaines lettres que Voltaire avait adressées à Condorcet dont nous possédons des copies d’époque.

C’est en cherchant une de ces lettres, en feuilletant un volume de papiers laissés par Mlle de Lespinasse, que je suis tombée sur un texte de Voltaire qui m’était familier, et cela depuis dix ans, car c’est en 2008 que j’ai participé à l’édition du second volume des Questions sur l’Encyclopédie dans les Œuvres complètes de Voltaire. Par un heureux hasard, la découverte coïncidait avec le travail de préparation de l’introduction des mêmes Questions, qui paraîtra dans quelques mois. Il ne s’agissait aucunement d’une hallucination: le texte, ‘Assassins section 2de’, est bel et bien celui de l’article ‘Assassinat’ de cet ouvrage de Voltaire en forme d’encyclopédie (article au demeurant assez méchant, où l’auteur s’attaque à Jean-Jacques Rousseau).

Selon la note inscrite en marge du titre de ce texte dans le manuscrit Lespinasse (on la voit sur la photo), Voltaire envoya l’article à D’Alembert avec sa lettre du 9 juillet 1770 (D16505). Ce qui m’a surprise, c’est que l’inclusion de cette ‘pièce jointe’ n’est pas signalée dans l’édition de la correspondance de Voltaire procurée par Theodore Besterman. La chose étonne surtout étant donné que celui-ci connaissait déjà le volume manuscrit au moment de préparer son édition (cette copie est l’unique source de la lettre qui nous occupe), et en fournit la référence dans l’apparat critique de la lettre. Il a donc apparemment jugé qu’il n’était pas pertinent de mentionner ce témoignage concernant l’envoi de l’article avec la lettre. Pourtant, il est extrêmement intéressant pour quiconque s’intéresse à la diffusion et à la pré-publication des Questions de savoir que cet article figure parmi ceux que l’auteur envoya à D’Alembert, l’un des deux responsables de l’Encyclopédie, ouvrage avec lequel les Questions entrent pour ainsi dire en dialogue.

La question se pose évidemment de savoir si le copiste disait vrai ou s’il se trompait… Mais cette petite histoire d’une trouvaille inattendue illustre l’évolution de l’esprit de l’édition critique sur la quarantaine d’années qui se sont écoulées depuis la parution de la seconde édition de la correspondance de Voltaire dans les années 1970. On a beaucoup plus tendance de nos jours à prêter attention aux détails matériels des sources et à incorporer ces indices à l’apparat critique. D’un point de vue personnel, je suis contente d’avoir trouvé ce manuscrit avant et non pas après la parution de l’introduction des Questions – où Christiane Mervaud s’intéresse à la genèse et à la diffusion de ce texte – et heureuse aussi de constater qu’il ne présente aucune variante textuelle par rapport aux deux autres manuscrits connus de cet article, qui sont conservés, assez bizarrement, dans la même armoire à la Voltaire Foundation.

– Gillian Pink

 

 

Collaborative editing OCV-style: a text’s journey across continents and over the years

As a long-standing editor of the Œuvres complètes de Voltaire (OCV), who regularly visits 99 Banbury Road whenever he is in the UK, Andrew Hunwick was asked for his reminiscences of being an OCV contributor in this the fiftieth year since the start of the series…

Theodore Besterman.

Theodore Besterman.

At the University of Western Australia, when the academic year ends in November, the mind turns to the need for research and publication. For this particular Australian editor, I especially need the resources of the Paris Bibliothèque nationale. Back in 1972, Qantas was offering a greatly discounted return air fare to London – including free return hop to Paris!

In the hope also of getting my doctoral thesis published, I approached Theodore Besterman, editor of the Studies on Voltaire and the Eighteenth Century. He wrote back, saying, ‘By all means give me a ring when you get near these parts’ (the Voltaire Foundation was then at his home, Thorpe Mandeville House in Oxfordshire). This I did, from Paddington Station, and when I eventually got round to discussing possible research projects on Voltaire, he suddenly engaged: ‘Ah, now you’re talking! You’d better come here today, and stay to lunch.’ It was ThB who suggested I become a contributor to the Voltaire Œuvres complètes by contacting general editor William Barber at the University of London. William said there were a handful of opuscules requiring an editor and I gratefully accepted – not realising that I would still be engaged on them years later…

The first step was to locate any extant manuscripts of these four texts. ThB had told me of the important volume 77 of the Studies, containing all the locations of manuscripts and printed editions, as compiled by William Trapnell. At the BN there were two surviving manuscripts of only one of my texts, the Mandement du père Alexis – published this month in OCV, volume 60B.

Teaching and marking took most of my time during the academic year, especially (to ThB’s disbelief) as I was teaching all of French literature, not just the eighteenth century. Yet although our library had the Moland edition of Voltaire, Studies, and the first edition of the Correspondence, I wasn’t able to work on my opuscules until I got study leave, in August 1974. To obtain a carte de lecteur for the BN was about 40 Francs, and this also got me into the Département des manuscrits, where I set about palaeographically transcribing my two documents, one in Voltaire’s hand, the other in secretary Wagnière’s. The former became my base text (nowadays for OCV the first printed edition is often used). In order to establish variants, I found it helpful to read the manuscript aloud, recording it onto a cassette. I then played this back on a Walkman, while comparing it with each of the sources one after the other, noting down any differences.

Obtaining access to the first printed editions proved, in the long run, to be something of a problem. I had assumed that all would be held by the BN. In the event, it was not until my edition of the Mandement was at proof stage that I learned of the existence of edition ‘65a’ (not held by the BN) – which then swiftly became my new base text after consultation with a photocopy provided by the Vf.

One of my opuscules was the book reviews Voltaire contributed in 1777 to the Journal de politique et de littérature from 25 April to 5 July (OCV, vol.80C, list, p.12). As I saw it, my task was to read these books myself, in order to have some basis for assessing Voltaire’s views. Sterne’s Tristram Shandy provided no difficulty, being readily available in our university library. But how was I to consult the four others? In those days (1975) there was no e-mail, internet or Google. No copies were held in any Australian library, and in any case it was unlikely that any library anywhere would be willing to lend its copies of what would undoubtedly have been classed as ‘rare’ books.

I was also busy preparing my doctoral thesis for publication, and my next ‘long period of uninterrupted concentration’ (the stated criterion for ‘humanities’-type research in the detailed submission made to the Australian Senate) would not be until my next study leave in mid-1979. By this time I had arranged to visit Cambridge (accommodation with friends) and acquire a reader’s card to use in their library, which held the ‘rare’ titles I needed to consult. I wasn’t even required to wear special gloves, or keep the pages open with a ‘sausage’, as I found was still the case in 2010 in the Rare Book sections of most of the Paris libraries.

I obtained what I needed from the Cambridge library, and found ‘chapter and verse’ for all the other references contained in Voltaire’s footnotes. I roughed out by hand my introduction to this opuscule and the books reviewed therein, as well as listing by hand, as far as possible, all my own footnotes in numerical order.

When I resumed my university duties, in 3rd term 1979, my teaching and marking loads were considerable (I was also supervising two Honours students’ mémoires), but after exam marking I found time to type up fair copies of the work completed on leave. Happily our part-time typist had earlier typed copies for me of Voltaire’s own texts, and eventually my complete typescripts were compiled by the third week in December 1979. These I photocopied and posted, with a covering letter, to William Barber (by this time he and Giles Barber of the Taylorian had become the OCV editors), who promptly acknowledged receipt of my work. Well, as most readers will know, my editions, as well as those of other contributors, did not become the object of actual publication for quite some time… but that, decidedly, is another story.

– Andrew Hunwick

Note from the Vf: OCV volume 60B is finally published this month. The very last of the collectaneous volumes in the series, the Œuvres de 1764-1766 contains twelve texts and some shorter verse. Work on it began as early as 1979 (see above). It involved eleven contributors along the way, and had passed through the hands of five of the in-house editorial team before it was typeset (four on the bibliography alone). It required eleventh-hour library checking in Paris by a willing student, and emergency call-outs to several OCV editors for last-minute problem-solving, including asking someone’s uncle in Canada to visit a local academic’s home to take photos to verify a manuscript variant. Impressive teamwork at the final hurdle meant that 60B kept its allocated slot in the tight OCV publication schedule. The complex logistics had been further compounded by the initial inclusion of the edition of the Collection des lettres sur les miracles by José-Michel Moureaux (who, sadly, died in 2012) and Olivier Ferret, which then moved to its own separate volume (60D), to be published this Spring.

– KC

Exploring Parisian archives thanks to the BSECS/Besterman Centre for the Enlightenment Travel Award

Tabitha Baker is a 3rd-year PhD student at the University of Warwick and V&A Museum. Her thesis is entitled ‘The Embroidery Trade in Eighteenth-Century France’ and is an AHRC-funded Collaborative Doctoral Partnership project supervised jointly by Professor Giorgio Riello (Warwick) and Professor Lesley Miller (V&A).

On a visit to the Victoria and Albert Museum (V&A) in 1903, Beatrix Potter was shown an elaborately embroidered French velvet coat from the 1780s. Inspired by the sparkling embroidery which had retained its brilliance for over a century, an illustration of the coat was to appear on page 12 of her children’s story, The Tailor of Gloucester. The coat was later displayed in 1987-88 as part of the Beatrix Potter exhibition at the Tate Gallery, and remains a stunning example of eighteenth-century court dress. Eighteenth-century French embroidered clothing in the collections of the V&A and museums around the world is displayed for its technical excellence and beauty. Yet these objects are also the products of a deeply hierarchical and complex luxury trade, the socio-economic intricacies of which have been little studied to date.

Coat

Ensemble (coat), France, 1780s. 1611&A-1900. © Victoria and Albert Museum.

My research examines the relationship between the consumption and professional production of fashionable embroidery for clothing and furnishings in eighteenth-century France (c.1660-1791), with a particular focus on Paris and Lyon. By using archival sources alongside surviving embroidered objects from museums in the UK, France and the US, I investigate how embroidery techniques changed over time, how the trade functioned in different cities, and the nature of the professional embroiderers’ clientele.

Embroidery was a well-established trade in France by the time the ‘Beatrix Potter’ coat was produced, readily supplying the luxury clothing and furnishings market in the major cities of France and elsewhere in Europe. Due to their dealings with elite customers who were in a position to command long cycles of credit, it was not uncommon for professional embroiderers who ran large workshops to find themselves in precarious financial situations and succumb to bankruptcy.

The BSECS/Besterman Centre for the Enlightenment Travel Award enabled me to go to France in June 2017 to undertake detailed research on the bankruptcy records of the professional embroiderers of eighteenth-century Paris. At the Archives de Paris, I discovered more about their customers, orders, prices and delivery timeframes. This led me to analyse more fully the working practices of professional embroiderers during this period, including how long it took to produce and deliver to the client different types of embroidery, and how the cost of producing embroidery varied over the course of the eighteenth century.

Waistcoat, France, 1730s

Waistcoat, France, 1730-1739. 252-1906. © Victoria and Albert Museum.

An item such as this waistcoat (left), elaborately embroidered in coloured silk and silver threads and which can be seen today at the V&A, is one example of the fashion for luxuriously embroidered clothing at the royal court and the types of commissions taken on by the professional embroiderers of Paris. The order books that I have been working on at the Archives de Paris suggest that embroidery in gold and silver, popular amongst members of the French nobility, could have cost anything between 800 and 2500 livres to purchase, and such orders were placed with embroiderers at the top end of the occupational hierarchy, usually embroiderers to the king and court.

Due to their economic and social standing, customers of this calibre were able to purchase expensive luxury products such as these waistcoats on a long credit cycle, meaning that products would not be paid for in full until months or even years after the receipt of the product. Embroiderers who supplied the wealthy nobility were therefore caught up in a credit cycle, and were often owed great sums by their clients, as can be seen in many of the bankruptcy files.

Thanks to the generosity of BSECS and the Besterman Centre for the Enlightenment, my findings from this period of research have enabled me to make significant progress on my examination of the structure of the professional embroidery trade and how the embroiderers’ occupation reacted to a fluctuating consumer market. A close analysis of how embroidery was consumed in France during the eighteenth century, and the effects this consumption had on the structure of the French embroidery trade, will, I hope, contribute to a greater understanding of the relationship between elite consumption and the French luxury trades.

– Tabitha Baker

Fake views: an unusual false attribution

While looking for a pamphlet entitled Lettre de M. de B… à Monsieur de Voltaire I came across a Lettre de M. de Voltaire au peuple d’Angleterre, sur les écarts qu’il a fait paraître, au sujet des balladins français. I have located only four copies in library catalogues. The copy in the Taylorian Library used to belong to Theodore Besterman, who describes it in Some eighteenth-century Voltaire editions unknown to Bengesco (SVEC 111, 1973, no.352). Besterman swiftly dismisses the work in a note stating: ‘As a preface to this pamphlet is printed a letter from Voltaire to Garrick, oddly dated from Coppet, 29 November 1755, and no more authentic than the rest.’ But the work has some interest.

A first consideration with such publications is to assess whether the imprint is genuine: ‘A Londres: Chés J. Robinson, au Lion d’Or, dans Ludgate-Street. M.DCC.LV.’ The pamphlet was certainly printed in England, as is proved by the presence of a press-figure on p.2. The firm of J. Robinson was principally associated with religious publications, and some medical and scientific works, but also history and there was, in 1744, Stage policy detected; or some select pieces of theatrical secret history laid open: in a letter to a certain manager on his imaginary justification of his late conduct. By an impartial hand. So perhaps the imprint is genuine.

The word ‘baladin’ (in its modern spelling) is defined in the Robert dictionary: ‘Vx. Danseur de ballets; bouffon de comédie, comédien ambulant.’ It is not much used in modern French but was certainly well known in the eighteenth century. According to F. Noël’s Philologie française (Paris, 1831), ‘Les balladins étaient des danseurs qui vinrent d’Italie en France dans le 16e siècle.’ What appears to be the sole example of its use in Voltaire’s works is found in the Questions sur l’Encyclopédie, article ‘Anciens et modernes’: ‘Molière, dans ses bonnes pièces, est aussi supérieur au pur, mais froid Térence, et au farceur Aristophane, qu’au baladin Dancourt’ (OCV, vol.38, p.346). He uses the word in a letter to Marie-Louise Denis in 1744 (D3015): ‘Je me sens un peu honteux à mon âge de quitter ma filosofie et ma solitude pour être baladin des rois’; and to Tronchin and Richelieu in 1764. The ‘Lettre à M. Garrick’ in this pamphlet mentions ‘le genre balladin’. There is no evidence of any correspondence between Voltaire and Garrick before the mid-1760s.

Garrick by Gainsborough.

The anonymous writer has fluent French, is familiar with Voltaire’s work and makes some effort to imitate his style, with varying degrees of success, but he is probably English. The spelling is sometimes strange (‘tandîque’, ‘Etâts’, ‘interrêt’, ‘rivâle’); older verb endings are used (‘vous voyés’); ‘ce’ is often fused with the word that follows it (‘ceque’). The use of the word ‘Quixotisme’ in the ‘Lettre à M. Garrick’ surprises. It is not used anywhere by Voltaire, and indeed the word seems to be unknown in France, not recorded by either Littré or Robert. The only other example I have found in French is in a letter written by Joseph Conrad to Jean Masbrenier on 14 January 1913. In this letter Conrad is clearly translating from his own English. The word is therefore an anglicism. The real French term ‘donquichottisme’ is recorded in 1789, while ‘Quixotism’ is recorded in English from 1664.

The writer shows some knowledge of Voltaire’s private life in the ‘Extrait d’une lettre envoyée de Genève à Londres’ which introduces the pamphlet, and uses it well to give a spurious authenticity to the work. The letter is dated ‘Ornex, 30 novembre 1755’ and its writer claims that Voltaire was with them, visiting ‘le P. Vionnet’ ‘son bon ami, et son frère en Apollon, comme il l’appelle’. I have found no evidence to back up either of these claims, though Voltaire was at Les Délices at the time and so could have visited. Georges Vionnet taught rhetoric at the Collège de la Trinité in Lyon, and wrote some plays. Only one letter from Voltaire to Georges Vionnet is known, and refers to their plays: ‘J’ai l’honneur, mon révérend père, de vous marquer une très faible reconnaissance d’un fort beau présent [Vionnet’s Xerxès]. Vos manufactures de Lyon valent mieux que les nôtres; mais j’offre ce que j’ai [Voltaire’s Sémiramis]. Il me paraît que vous êtes un plus grand ennemi de Crébillon que moi. Vous avez fait plus de tort à son Xerxès, que je n’en ai fait à sa Sémiramis. Vous et moi, nous combattons contre lui. Il y a longtemps que je suis sous les étendards de votre société. Vous n’avez guère de plus mince soldat; mais aussi il n’y en a point de plus fidèle. Vous augmentez encore en moi cet attachement, par les sentiments particuliers que vous m’inspirez pour vous, et avec lesquels j’ai l’honneur d’être, etc.’ (14 December [1749], D4074). But Georges Vionnet died in December 1754. His brother Barthélemy also taught at the college, was also a playwright, and was still alive in 1762, but there is no evidence that Voltaire had contact with him.

The supposed addressee of the letter is unnamed. The Histoire tragique arrivée à l’encontre des danseurs françois ascribed to him, and which allegedly prompted Voltaire’s Lettre, does not appear to have survived, if it ever existed.

The ‘Extrait d’une lettre’ recounts how Voltaire amusingly defended his love of the English. The writer claims that the next morning (!) Voltaire’s ‘valet de chambre’ brought the Lettre au peuple d’Angleterre, and he has made a copy, which he encloses.

The 1763 Covent Garden riot.

The occasion for the pamphlet was a riot at the Drury Lane Theatre in November 1755. Riots were not unusual in theatreland. There had been one in 1737 when footmen were denied their usual free seats in the gallery. There was one in 1763 over increased ticket prices.

The 1755 riot was different, being political, and developed over several days. David Garrick had engaged the Frenchman Jean-Georges Noverre to produce a spectacular ballet.

Jean-Georges Noverre.

Noverre was an innovative and admired balletmaster who created some 150 ballets, of which none have come down to us, but his influence on ballet has been great. In 1754 his Fêtes chinoises had enchanted Paris, and Garrick asked for an even richer version for his London audience. Unfortunately for the production, tensions with France were growing – it was the eve of the Seven Years’ War – and a section of the audience was hostile. The Journal étranger of December 1755 (part 2) gives a detailed account of hostilities in the theatre. On the first performance (8 November), even in the King’s presence, there were whistles, jeers and shouts of ‘No French dancers!’ On 12 November the performance was interrupted by fighting between the nobility and the ‘parterre’. On the 14th the nobility were absent and the ‘peuple furieux’ drowned out the music. On the 15th, again in the absence of nobility, there was a full riot by the ‘Blagards’, which was put down by the militia. Garrick’s assistant promised there would be no further performances. On the 17th the nobility demanded the Fêtes chinoises. Some people repeated the cry for no French dancers. Garrick was summoned. He was unable to satisfy the rival parties but after much argument it was agreed to put on the ballet on the 18th. On that day the opposing sides were present in numbers, the nobility well armed. Total war in which the nobility were unable to overcome the rebels. The theatre was badly damaged; Garrick’s house in Southampton Street was attacked, with all the windows broken, and there was a risk it would be set on fire.

Garrick’s house in Southampton Street, London.

The Journal étranger (p.235) concludes: ‘Il serait trop long d’entrer dans le détail des platitudes qui se sont débitées à Londres à cette occasion, comme chansons, pièces de vers, libelles, etc. On a poussé l’extravagance jusqu’à imprimer que les danseurs français étaient des officiers, et le Maître des ballets, le Prince Edouard.’ Reports also appeared in the Caledonian Mercury (27 November) and the Leeds intelligencer (2 December). A more colourful account is given in the footnote on p.41 of The Pin-basket to the children of Thespis by Anthony Pasquin [John Williams] (London, 1797).

A detailed examination of the whole affair is given in Hsin-yun Ou’s ‘The Chinese festival and the eighteenth-century London audience’ in The Wenshan Review of literature and culture, vol.2.1 (December 2008).

The scene is set and our anonymous writer, in the ‘Lettre à M. Garrick, pour servir d’Introduction’, starts off with a voltairean rhetorical question: ‘Est-il possible qu’un peuple qui passe dans toute l’Europe pour penser, se livre à des égarements aussi ridicules, que ceux où l’on m’écrit qu’il s’est jeté?’ and introduces the main text: ‘Je joins ici une lettre, dont l’objet roule uniquement à faire voir à cette sage nation, combien elle déroge à son honneur et à sa gloire, toutes les fois qu’elle s’abandonne à une passion marquée au coin de la haine et de la jalousie, pour des sujets aussi frivoles que celui du genre balladin.’

But is is perhaps in this introductory letter that there is a clue to the purpose of the deceit. Towards the end the writer clarifies what he means by ‘peuple’. It is not the common people: ‘La populace n’a ni yeux pour voir, ni oreilles pour entendre. […] C’est une machine informe et pesante, qui n’avance qu’autant qu’on lui donne de force. […] La populace eut vu jouer votre Ballet chinois avec des yeux aussi tranquilles que stupides, si quelque Mégère d’un souffle empesté, n’eût allumé le flambeau dont elle arma cette multitude insensée. C’est donc à ces personnes distinguées de la populace […] que j’adresse cette lettre; à ces personnes qui ont du bon-sens et de la raison, mais que le défaut d’expérience et le manque de réflection, empêchent d’en faire usage à propos; à ces personnes qui n’ayant ni les sentiments où est élevée la noblesse, ni l’ignorance où croupit la populace, tiennent justement le milieu entre le haut et le dernier rang d’une République. Ce sont ceux-là, que le mot de liberté, transporte, affole, enthousiaste; et qui donnant trop de feu à leurs passions, les consument au lieu de les nourrir, pour le soutien et pour l’éclat du corps républicain.’ An appeal to the middle classes for a political rebirth.

What are we to make of the expression ‘corps républicain’? It was not common in French at this time, but became so later in the century. But this is an Englishman writing. Is he appealing to the tradition of the Commonwealth men?

The Lettre de M. de Voltaire au peuple d’Angleterre itself contains a long satirical tirade in which the writer taunts the English with having abandoned their military glory in favour of defeating French dancers: ‘je demanderais aux Anglais, quels étaient leurs grands balladins du temps des Edouards, des Henris, des Elizabeth, des Cromwell? Quelle tache encore une fois pour ces grands princes, de n’avoir pas établi dans leurs états, des écoles de danse, d’escrime et de frisure!’ He thinks it fine to dispute the ‘gloire’ of Shakespeare and Molière, but not farce and ballet. He continues with a diatribe against the weakening of the nation who will not know the glory of arms and will despise battle and combat, and will have no ‘destinée’ but to go to the courts of princes to be diverted by leaps, dances, songs and farces. ‘Les Anglais ne sont point nés danseurs, ni friseurs, ni balladins. Ils ont l’esprit plus élevé; les grands objets font leur occupation: la liberté, la guerre, les sciences, les arts, les métiers, les manufactures et le commerce, voilà pourquoi est né un Anglais; et c’est une gloire pour eux de n’avoir jamais eu, et de n’avoir encore à présent ni friseur, ni danseur, ni balladin.’ The writer praises England, but condemns its concentration on trade and avidity for gold. He praises Louis XIV for forbidding his nobles to engage in commerce.

He writes too against the ‘Antigallicans’ who are hostile to the French, and who think: ‘il est bien cruel de voir notre argent que nous avons tant de peine à faire venir dans notre île, en sorte par la voye de tant d’étrangers, qui comme la fourmis, viennent ici faire leur provision, et vont ensuite la consumer ailleurs’. He argues forcefully that foreigners who earn money here also spend it here, supporting the economy. Here are interesting similarities with current arguments in Britain.

The letter ends in a mode of voltairean irony: ‘Mais silence …. je ne m’apperçois pas que pour un sujet aussi frivole que celui du Genre balladin, je me jette dans des réflexions profondes et à perte de vue. Que le peuple anglais s’obstine à écarter les danseurs français; qu’il nous apprenne qu’avec des batons il sait casser des lanternes; et qu’avec des cailloux il sait enfoncer des vitres; ne réformons personne, laissons le monde tel qu’il est, etc. etc.’

At a time when Europe and other parts of the world were moving towards war, the anonymous writer has used Voltaire’s prestige to support what is in effect a call to arms and moral regeneration, while avoiding simple jingoism.[1] Much emphasis is put on praise for England, but France is not disparaged. It is a clever piece of work and perhaps one of the ‘libelles’ referred to by the writer of the account in the Journal étranger. We unfortunately cannot know how widely the Lettre was read nor how much influence it had.

I have not found any clues to the identity of the writer. He was knowledgeable about Voltaire’s writings and some details of his private life. His French was good. He had strong views about the changes needed to make Britain powerful again. He admired France and Voltaire. At first blush one might think of Sir Everard Fawkener, who was a close friend and admirer of Voltaire and fluent in French. He had also been active in military matters, being from 1745 secretary to the duke of Cumberland, and diplomacy, having been made ambassador to the Sublime Porte in 1735. But this seems unlikely. The ageing Fawkener would by this time probably have been too troubled by his growing financial problems to be tempted to lead a campaign for national regeneration.[2] The Voltaire Foundation would be interested to receive suggestions of the writer’s identity.

– Martin Smith

[1] Voltaire’s celebrity was such that his name was falsely attached to many publications of different kinds, and for various purposes. For an account of this phenomenon see Nicholas Cronk, ‘The selfless author: Voltaire’s apocrypha’, Romanic Review 103.3-4 (2013), p.553-77.

[2] See Norma Perry, Sir Everard Fawkener, friend and correspondent of Voltaire, SVEC 133 (1975), ‘The last ten years’.

Les Œuvres complètes de Voltaire, the first 25 years – the pioneers

OCV – ‘one of the most significant and thoughtful scholarly ventures of the twentieth and twenty-first centuries’ – John Renwick

The idea of publishing the Œuvres complètes de Voltaire is 50 this month. This has made us reflect on the many people who have been – and still are – working to realise this ambitious project in 2019. The current Vf in-house team have all been around at least ten years; however, only one of us was part of the first twenty-five years, so he was asked to write a blog!

Theodore Besterman

Theodore Besterman.

Theodore Deodatus Nathaniel Besterman, in the course of a life of extraordinary intellectual activity, became a passionate voltairien, at one time living in Voltaire’s house, Les Délices, and sleeping in the philosopher’s own bedroom. Whether Besterman’s earlier experience as research officer for the London Society for Psychical Research enabled any special insights through this location is not recorded, but he used his time in Geneva to produce an edition of Voltaire’s correspondence (107 volumes) and Notebooks, as well as starting the series Studies on Voltaire and the eighteenth century (now Oxford University Studies in the Enlightenment). After moving back to England he proposed, at the second congress of the International Society for Eighteenth-Century Studies at St Andrews in 1967 (the Society itself being in part Besterman’s creation), to produce a critical edition of the complete works of Voltaire, an offer enthusiastically received by Jean Ehrard, René Pomeau, Owen Taylor, Samuel Taylor and Jeroom Vercruysse. The Œuvres complètes de Voltaire were born and an international committee formed to direct the edition, including, as well as the above, William Barber (later general editor), Roland Mortier and Robert Niklaus. The Voltaire Foundation was based at Besterman’s house at Thorpe Mandeville in Oxfordshire.

Besterman immediately started a revised edition of the correspondence, to be called the ‘Definitive edition’ (1968-1977), and of the Notebooks, published in 1968. The following year saw the appearance of La Philosophie de l’histoire, edited by J. H. Brumfitt, and in this year too Besterman published his biography of Voltaire, which was to see two revised editions over the following six years, and translations into Italian and German in 1971.

Les Délices

The Maison Les Délices in its garden in Geneva (Wikimedia commons).

1970 saw Owen Taylor’s edition of La Henriade, a revision of his edition published in 1965 in vols 38-40 of Studies on Voltaire and the eighteenth century, this series also being a creation of Besterman while in Geneva. (Owen’s bequest still supports a travel grant established to support young researchers). In the same year Jeroom Vercruysse’s edition of La Pucelle appeared.

Research and publication progressed steadily, helped from 1974 by Samuel Taylor’s detailed recension of Voltaire’s emendations to his own text in the copy of the ‘encadrée’ edition in Voltaire’s own library in Leningrad (SVEC 124). In this year William Barber became general editor. David Williams completed his three-volume edition of the Commentaires sur Corneille and he continues to contribute to the series, most recently in the Nouveaux Mélanges (2017).

1976 brought great changes as Theodore Besterman died and the Voltaire Foundation was bequeathed to the University of Oxford. A small office was set up in Oxford in 1977, consisting of just two people, to be joined the following year by the present writer, whose initial responsibilities were the continuing publication of Ralph Leigh’s edition of Rousseau’s correspondence, which Besterman had also taken on, and the Studies on Voltaire and the eighteenth century series, now with Haydn Mason as general editor.

Publication of the complete works continued, with notably, in 1980, Voltaire’s most famous work, Candide, edited by René Pomeau, who had previously published his study La Religion de Voltaire and who went on to lead the team that wrote Voltaire en son temps, published by the Voltaire Foundation, a rich source for Voltaire studies. The number of international collaborators increased and Christiane Mervaud and Haydn Mason joined the committee. In 1984 La Défense de mon oncle and A Warburton, edited by José-Michel Moureaux, appeared and his work on Lettres sur les miracles will be published in 2018 in collaboration with Olivier Ferret.

Newton

Sir Isaac Newton by Sir Godfrey Kneller, Bt. (Wikimedia commons).

In 1986 Le Droit du seigneur, edited by W. D. Howarth, Haydn Mason’s predecessor at Bristol University, was published and his edition of Le Dépositaire was revised by Russell Goulbourne and published in 2013. In 1987 John Renwick’s edition of André Destouches à Siam appeared in volume 62, and he continues to contribute widely to the series. Roland Mortier, whose Le Philosophe ignorant and L’Examen important de milord Bolingbroke also appeared in volume 62, is thanked for his work on the Fragment d’une lettre du lord Bolingbroke by Jean Dagen, whose edition appears in a volume to be published in 2017; and in 1988 Sylvain Menant joined the committee – his most recent contribution was published in 2014 in Contes de Guillaume Vadé.

Our 25-year survey closes with the publication of Voltaire’s magnum opus of scientific popularisation, the Eléments de la philosophie de Newton, edited by William Barber and Robert L. Walters. William’s editorship ended the following year.

This period saw the idea of a rare individual, who might, some thought, have almost believed himself to be a reincarnation of Voltaire, grow into reality through the collaboration of a large number of scholars in several countries and continents who laid a solid foundation for the next twenty-five years plus. To be continued…

– Martin Smith
Oxford, July 2017