Le Portugal de Voltaire: un royaume sans lumières

Daumier

Honoré Daumier, jésuite cherchant à détériorer la statue de Voltaire. Lithographie parue dans Le Charivari du 22 septembre 1869.

Voltaire a très tôt développé une piètre opinion de la culture portugaise et de ses élites. Ses idées s’étant formées au contact des Lettres persanes de Montesquieu et des Lettres juives du Marquis d’Argens, le Portugal lui apparaissait peuplé d’individus vains et orgueilleux, et la cour portugaise lui semblait un endroit triste et de peu d’agréments (voir la lettre au marquis d’Argenson du 16 avril 1739). La toute-puissance de l’Inquisition, qui dans Candide persécute les innocents suite au terrible tremblement de terre survenu à Lisbonne en 1755, entérine un jugement déjà sévère. Si Voltaire applaudit à l’expulsion des Jésuites du royaume en 1759, orchestrée par le très puissant premier ministre le Marquis de Pombal, il ne révisera plus son opinion sur la monarchie lusitanienne. C’est qu’en 1761 le père Malagrida est brûlé par l’Inquisition après avoir publié un écrit (Juízo da verdadeira causa do Terramoto) où il lie le tremblement de terre à la colère divine dirigée contre les vices de la capitale. Si Voltaire ironise sur les idées du jésuite, il critique néanmoins très sérieusement les liens que Lisbonne entretient avec Rome.

Il est indéniable que le tribunal de l’Inquisition était très puissant au Portugal, et que l’ultramontanisme avait laissé des traces dans la théologie et la philosophie. Ce dernier courant de pensée se manifesta très fortement pendant le règne de Jean V, le prédécesseur de Joseph Ier, roi sous lequel gouverna le Marquis de Pombal. Cependant, comme en France malgré la censure, les Lumières (Luzes en portugais) se diffusèrent au Portugal. Un des meilleurs représentants de ce courant de pensée est Louis Antonio Verney, qui s’est illustré par ses travaux en pédagogie où il prend le contre-pied des Jésuites. Dans Le Précis du siècle de Louis XV, Voltaire fait de l’Inquisition le thème principal de sa critique de ‘l’obscurantisme portugais’. Ce cadre de pensée va être utilisé par les historiens libéraux du dix-neuvième siècle – en particulier Alexandre Herculano dans son Histoire de l’Inquisition (1854-1859) – pour dénoncer le retard économique et scientifique pris par le Portugal dans de nombreux domaines. L’idée de cette critique est que la peur, voire la paranoïa, distillée dans les esprits par l’Inquisition conduisit les Portugais vers une sorte de timidité, voire de crainte mentale, qui serait à l’origine de l’immobilisme de la nation. Au vingtième siècle, cette critique sera réutilisée pour expliquer la facilité avec laquelle l’Etat Nouveau d’Antonio de Oliveira Salazar a impressionné les consciences, grâce notamment à l’exploitation d’une police politique de sinistre mémoire. (Antonio Tabucchi a fort bien décrit le climat de suspicion et de crainte qui régnait alors dans son beau roman Pereira prétend.)

Au dix-huitième siècle, cependant, nombreux sont ceux, parmi les jeunes notamment, qui apprécient la pensée de Voltaire et qui font circuler ses productions sous le manteau. António Ferreira de Brito s’est d’ailleurs demandé si l’œuvre du philosophe aurait été pareillement appréciée si elle n’avait pas été aussi censurée.

Certains traits, à la fois politiques et religieux, des ‘Lumières portugaises’ expliquent la réception tronquée de Voltaire. Si la puissance des jésuites posait problème au Marquis de Pombal il n’est pas pour autant devenu un amateur de Voltaire et ceci pour au moins deux raisons. Le fait est que le catholicisme portugais connaissait un renouveau avec la philosophie du pape Benoît XIV, mais surtout, pour le puissant premier ministre, la critique du pouvoir politique était poussée trop loin chez Voltaire. De ce fait, et Louis Antonio Verney partageait cette opinion, l’impiété de Voltaire paraissait trop corrosive, d’où le nombre important de ses œuvres qui furent condamnées et qui le restèrent durant de nombreuses décennies. L’une des répercussions fâcheuses des invasions françaises que le pays subit en 1807 et 1809 fut que le libéralisme en sortit durablement discrédité, phénomène qui assura la pérennité de la monarchie pendant le dix-neuvième siècle. L’hostilité des pouvoirs politiques envers les critiques anti-absolutistes de Voltaire, alliée à la puissance de frappe de l’Inquisition et à la ‘terreur psychologique’ exercée par ce tribunal, a conditionné la réception de Voltaire au Portugal.

Si, parmi les ecclésiastiques très nombreux sont ceux qui dénoncent le déisme voire le matérialisme de l’auteur travestis sous son rationalisme[1], dans d’autres cercles de lecteurs on observe des hésitations, voire des condamnations explicites, qui traduisent un malaise certain devant les écrits voltairiens.

Lisbon

‘La ville de Lisbon dans son état avant le tremblement de novembre 1755’, par J. Couse; entre 1755 et 1760 (image Wikicommons).

Les textes les plus sulfureux du patriarche de Ferney, comme le Dictionnaire philosophique, seront brûlés par le bourreau en place publique. D’ailleurs, fait frappant qui illustre l’attitude anti-libérale du dix-neuvième siècle et l’hostilité fasciste du vingtième siècle, cet ouvrage ne paraîtra en traduction portugaise qu’en 1966. On assiste d’ailleurs au même phénomène en ce qui concerne les romans. Candide est traduit en 1835 avec le titre curieux de Cândido ou o optimismo ou o philósofo enforcado em Lisboa pelos Inquisidores, e apparecendo depois em Constantinópla nas Galés;[2] or malgré l’accent placé sur l’Inquisition le texte est édulcoré et les critiques anti-absolutistes atténuées. Il en va de même pour la traduction de Zadig faite en 1815, totalement purgée des éléments les plus critiques, et globalement remaniée. S’il est important de se souvenir que les critères de traduction d’alors étaient bien moins rigoureux que les nôtres, la comparaison qui peut être faite avec la traduction de Zadig de Filinto Elísio de 1778 (mais publiée en 1819) montre que la censure sur la pensée de Voltaire est restée constante.

Ces quelques exemples illustrent donc une réception complexe, avec d’un côté un intérêt évident de la part des lecteurs pour les œuvres de Voltaire, et de l’autre une méfiance, voire une peur, envers la radicalité la plus rationaliste. A cette forme de réception intellectuelle s’ajoutent encore les barrières politique et religieuse qui non seulement dénaturèrent l’œuvre de Voltaire mais qui de plus en restreignirent très fortement l’accès, et ceci même pour les textes majeurs, jusqu’à la deuxième moitié du vingtième siècle. La traduction du théâtre voltairien connut cependant une diffusion rapide dès la chute du Marquis de Pombal, à partir des années 1780. José Anastácio da Cunha fait publier une traduction de Mahomet en 1785[3], pièce qu’il avait fait jouer en privé dans la décennie 1770. Ainsi, il semblerait que le théâtre de Voltaire soit passé plus facilement entre les mailles de l’Inquisition. Une étude fouillée à ce sujet reste à entreprendre.

– Helder Mendes Baiao

[1] La traduction dès 1775, de l’opuscule apocryphe Repentir ou Confession publique de Monsieur de Voltaire (1771) illustre le procès d’impiété fait à Voltaire.

[2] ‘Candide ou l’optimisme ou le philosophe pendu à Lisbonne par les Inquisiteurs, et qui réapparaît ensuite à Constantinople aux galères’.

[3] José Anastácio da Cunha, Tradução do ‘Mofama’ de Mr. de Voltaire, in Obra literária, (Oporto, 2006), t.2, p.211-99.

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Catherine II et Friedrich Melchior Grimm : les clés d’une correspondance cryptique

Catherine II, par Fiodor Rokotov, 1763.

Catherine II, par Fiodor Rokotov, 1763.

On comprendrait difficilement l’intense relation d’échanges et de transferts culturels qui s’est établie entre l’Europe occidentale et la Russie dans le dernier tiers du XVIIIe siècle sans étudier la correspondance, entre 1764 et 1796, de Catherine II, Impératrice de Toutes les Russies, et de son principal agent d’influence, Friedrich Melchior Grimm, natif de Ratisbonne établi à Paris qui fut longtemps le directeur de la Correspondance littéraire destinée aux têtes couronnées du continent. Cette correspondance ne comporte pas moins de « 430 lettres », ce chiffre étant cependant « donné à titre approximatif parce que les limites entre les lettres ne sont pas toujours très nettes », les épistoliers pouvant inclure dans une énorme « pancarte » plusieurs lettres écrites à des dates successives. Elle n’était jusqu’alors connue que par les éditions données par Iakov Karlovitch Grot dans le Recueil de la Société impériale russe d’histoire en 1878 (lettres de Catherine II à Grimm, t. 23) et 1885 (lettres de Grimm à Catherine II, t. 44). Quelque utiles qu’aient pu être ces éditions à des générations de chercheurs, force est de reconnaître qu’elles ont fait leur temps. Outre le fait que la séparation des correspondance active et passive en deux volumes rendait difficile de suivre le fil de l’échange, Grot ignorait plusieurs manuscrits, commit certaines erreurs et retrancha des lettres certains passages qu’il jugeait malséants.

Aussi attendait-on avec impatience l’édition de cette correspondance par Sergueï Karp, directeur de recherche à l’Institut d’histoire universelle de l’Académie des sciences de Russie, qui travaille depuis longtemps sur Voltaire, Diderot, Grimm et leurs relations avec la Russie. Il a fait paraître en juillet 2016 le premier volume d’une édition qui devrait en comporter au moins cinq autres[1]. Il couvre les années 1763-1778 qui virent Grimm passer du statut de simple commissionnaire à celui de principal agent de l’Impératrice. Faute de disposer de ce volume au format papier, on pourra le consulter au format électronique sur le site de l’éditeur moscovite.

Force est d’évoquer la qualité, la richesse et l’importance de l’échange épistolaire. Plus qu’un agent de premier plan, Catherine II a trouvé en Grimm un ami et un confident avec lequel elle pouvait plaisanter en toute liberté. Ne lui a-t-elle pas écrit : « avec vous je jase mais n’écris jamais […] je prefere de m’amusér et de laisser aller ma main », ou, mieux encore, « je n’ai jamais écrit à personne comme vous»? Si cette correspondance est en ce sens familière ou « privée », elle est aussi « artistique » et « politique » pour reprendre le titre de l’édition. Catherine II n’était pas une simple collectionneuse mais une collectionneuse de collections; c’est à Grimm qu’elle confia le soin d’acquérir les bibliothèques de Diderot, de Galiani et de Voltaire, les loges du Vatican, pour ne donner que ces quelques exemples de cette frénésie d’acquisitions, de sorte qu’il n’est pas exagéré d’écrire que la Russie est redevable à l’Impératrice de la richesse de certaines de ses plus grandes institutions culturelles, comme la Bibliothèque nationale de Russie et le Musée de l’Ermitage.

Friedrich Melchior Grimm, gravure de Lecerf, dessin de Carmontelle, 1769.

Friedrich Melchior Grimm, gravure de Lecerf, dessin de Carmontelle, 1769.

On soulignera tout particulièrement la qualité des notes éditoriales de S. Karp. Elles sont requises pour éclairer la lecture de ces lettres qui, « dans la plupart des cas[,] sont strictement personnelles et volontairement obscures : c’est ainsi que Catherine a voulu les protéger contre la curiosité des tierces personnes ». S’adressant en 1801 à l’empereur Alexandre Ier, petit-fils de Catherine II, peu après son avènement, Grimm ne constatait-il pas « qu’il s’était établi entre l’immortelle et son pauvre correspondant, une espèce de dictionnaire qui a besoin d’une clef pour ne pas rester énigmatique »? Telle est cette clé que S. Karp offre au lecteur en faisant la lumière sur ce qui était destiné à rester obscur.

On s’attachera à l’« Introduction » pour au moins deux raisons : la première, due à l’éditeur général, consiste dans une étude précise de l’évolution du rôle joué par Grimm qui a su se rendre indispensable à l’Impératrice ; la seconde, œuvre de G. Dulac et de C. Scharf, étudie avec finesse les particularités de son maniement du français et de l’allemand. Surprenant est, en ce qui concerne la première de ces langues, le paradoxe d’une souveraine qui recourt tout à la fois à des néologismes éloquents et à des tournures archaïsantes, que l’Impératrice a parfois héritées de son institutrice huguenote, Mme Cardel, parfois du théâtre de la Foire et parfois aussi de la plume de Voltaire, qu’elle considérait comme son « maître » dans le domaine des belles-lettres. On sait en revanche qu’elle ne possédait que des rudiments d’anglais et qu’elle maîtrisait mal le russe.

S. Karp décrit admirablement l’arrière-plan de cette Correspondance. Suite au coup d’État par lequel son mari Pierre III fut renversé en 1762, Catherine II éprouva le besoin de justifier idéologiquement son règne tant au plan intérieur que sur la scène internationale, en sollicitant la plume des philosophes français qui façonnaient l’opinion publique. Grimm fut incontestablement le principal intermédiaire entre l’Impératrice et la scène philosophique occidentale. Mais contre l’opinion qui consiste à croire que les philosophes furent naïvement manipulés par une souveraine machiavélique, S. Karp considère fort justement, d’une part, que Catherine II a bien été la fille des Lumières, mettant en œuvre de nombreuses réformes qui ont permis une modernisation sans précédent de la Russie, et que, si instrumentalisation il y a eu, elle fut réciproque, les philosophes jouissant de l’actif soutien de cette puissante cour et ayant « utilisé l’exemple russe comme argument rhétorique pour critiquer les pratiques de la monarchie française » dont ils dénonçaient le despotisme.

Frappant est le contraste de la Correspondance de Catherine II avec Voltaire, d’une part, et Grimm, d’autre part. Alors que la première est soigneusement relue et revue, empreinte de formalisme, la seconde est spontanée, souvent écrite à la diable et emplie de facéties. S. Karp montre clairement que leur liberté de ton « abolissait fictivement la distance sociale » qui les séparait. Il fait également justice de l’interprétation, notamment accréditée par Grot, consistant à dénoncer les « flatteries » obséquieuses dont les lettres de Grimm seraient farcies. Il remarque fort justement que « l’humour respectueux » des lettres de Grimm ne s’apparente pas à de la flatterie et que les « formes outrées de la politesse restaient traditionnelles au XVIIIe siècle, comme une composante obligatoire du dialogue entre un souveraine et un simple mortel » (à preuve, les lettres de Diderot ou de Voltaire). Catherine II ne se laissait pas prendre à ces éloges obligés, elle qui se moquait d’elle-même et de ses obligations de souveraine. Ce qui prime dans les lettres de Grimm, c’est leur humour : « ses plaisanteries et ses sarcasmes contribuaient largement à créer cette atmosphère de complicité et de gaieté dans laquelle purent se développer leurs relations ».

Tout spécialiste du siècle des Lumières en général, et de Voltaire en particulier, devra désormais se référer à l’édition des lettres de l’Impératrice et de Grimm qu’on ne nommera désormais plus que « l’édition Karp » et dont on attend avec impatience l’achèvement tant elle contribue à renouveler notre compréhension du dernier tiers du XVIIIe siècle.

– Christophe Paillard

[1] Catherine II de Russie. Friedrich Melchior Grimm. Une correspondance privée, artistique et politique au siècle des Lumières. Tome I. 1764-1778, édition critique par Sergueï Karp, avec la collaboration de Georges Dulac, Christoph Frank, Sergueï Iskioul, Gérard Kahn, Ulla Kölving, Nadezda Plavinskaia, Vladislav Rjéoutski et Claus Scharf, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, Ferney-Voltaire, et Monuments de la pensée historique, Moscou, 2016, lxxxiv p., 341 p. et 3 p. non paginées, 26 illustrations.

Bayle against the Brexit Blues

Feeling hemmed in by narrow frontiers? Harassed by the ‘natives’ for being interested in the world outside? Feeling cut off from Europe, not to speak of bleak political circumstances and ominous financial predictions?

You are in urgent need of a slice of intellectual life from the 17th and 18th centuries – and Pierre Bayle can bring you a big slice of the Republic of Letters. You will find all you can comfortably handle in the 15 volumes of the Correspondance de Pierre Bayle published by the Voltaire Foundation.

Anthony Ashley Cooper, 3rd Earl of Shaftesbury.

In the 22,500 unusually erudite notes of this edition, discover Bayle’s international network of some 16,500 contacts (ideal for crowd-funding and name-dropping), his reference library of some 40,000 books (excellent for scholarly articles and cocktail conversation), his close relations with influential British politicians such as William Trumbull, the third earl of Shaftesbury, the duke of Sunderland, James Vernon – and even with the notorious Antoine de Guiscard, shortly before his attempt to assassinate Robert Harley. Discover with horror Shaftesbury’s feeble arguments against the “infestation” [sic] of our fair Isles by hordes of Huguenot refugees Letter 1751]! Accompany Fatio de Duillier on his travels between London and Cambridge to visit Newton [Letter 1300,
n.5]. Follow the two fellows named Alexander Cunningham [Letter 1359, n.1], who both wander around Europe and visit Leibniz, and see if you can tell them apart.

Was Bayle a sceptical historian of philosophy who kept out of mischief by never adopting a definitive position himself ? Was he a covert Epicurean atheist, denouncing religious fanaticism and bigotry ? Or was he a sincere believer with a very modern form of fragile faith? You must read between the lines and make up your own mind! Immerse yourself in the 15 volumes of his correspondence and gain an insight into the real goings-on at the heart of the Republic of Letters, precursor of a much-maligned modern Europe.

Antony McKenna

The Représentation aux Etats de l’Empire: a new addition to the Œuvres complètes de Voltaire

In the autumn of 1744, amidst the turmoil of the War of the Austrian Succession, an anonymous, rather lengthy pamphlet entitled Représentation aux Etats de l’Empire appeared in print. It addressed the members of the Reichstag (the Imperial Diet) and urged them to take sides with Charles VII, Holy Roman Emperor, against Maria Theresa, Archduchess of Austria and Queen of Hungary and Bohemia. The Représentation circulated widely across Europe, and copies can still be found in Germany, Sweden, Slovakia, and the Netherlands, as well as in France. However, the sudden death of Charles VII on 20 January 1745 rendered the project expounded in the Représentation utterly impracticable, thus dooming the pamphlet to be quickly forgotten.

Page 1 of Représentation aux Etats de l’Empire, 1744 (image Gallica).

Page 1 of Représentation aux Etats de l’Empire, 1744 (image Gallica).

The Représentation briefly resurfaced in 1887, when Jacques-Victor-Albert, duc de Broglie, republished the pamphlet in the first issue of the Revue d’histoire diplomatique. De Broglie identified the author of the pamphlet as none other than Voltaire, and made the further claim that the latter had produced the text at the request of the marquis d’Argenson, then Secretary of State for Foreign Affairs. Nevertheless, probably because de Broglie provided very little evidence to support his argument for Voltaire’s authorship, the Représentation again failed to garner long-lasting attention and, to the best of my knowledge, no further mentions of it were made in Voltairean scholarship.

Nicolas-Charles-Joseph Trublet.

Nicolas-Charles-Joseph Trublet.

In July 2015, however, I made a discovery that was to shed new light on this question. As I was working in the Archivio di Stato di Firenze, I found 170 letters from Nicolas-Charles-Joseph Trublet to Luigi Lorenzi, French Resident Minister to the Grand Duchy of Tuscany. Many of these letters provide insights into Voltaire’s activities in the 1740s. A letter dated 1 March 1743, in particular, the main subject of which is Voltaire’s comédie-ballet La Princesse de Navarre, proceeds explicitly to mention Voltaire as the author of the Représentation aux Etats de l’Empire.

After unearthing this document, I decided to investigate further. Off I went to Paris, and after a few days of research at the Archives du Ministère des Affaires Etrangères, the papers of Malbran de Lanoue (French ambassador to the Imperial Diet from 1738 to 1749) yielded a manuscript of the Représentation aux Etats de l’Empire. This manuscript is not in Voltaire’s hand, nor in that of any of his known secretaries. However, it bears several corrections which are in his hand. Furthermore, a marginal note on the front page reads: ‘cet écrit est du poète Voltaire’.

Study of this manuscript soon revealed significant similarities with other Voltairean texts, notably the Histoire de la Guerre de 1741, the Précis du siècle de Louis XV and the Mémoires pour servir à la vie de Monsieur de Voltaire. It also showed, however, remarkable differences from the text of the 1744 print edition that de Broglie had republished in the Revue d’histoire diplomatique in 1887. Another manuscript which I found amongst de Lanoue’s papers – the ‘Remarques de M. de Bussy sur l’écrit intitulé Représentations [sic] aux Etats de l’Empire de M. de Voltaire de novembre 1744’ – revealed that the manuscript of the Représentation had in fact been sent to diplomat François de Bussy for revision, before it was sent to press in 1744.

A manuscript with corrections in Voltaire’s hand, a marginal note unequivocally asserting Voltaire’s authorship, several textual similarities with other Voltairean works, an endorsement from Trublet… There seems to be sufficient evidence to include the Représentation aux Etats de l’Empire in the Œuvres complètes de Voltaire! [1]

– Ruggero Sciuto

[1] A critical edition of the Représentation aux Etats de l’Empire will be published in the forthcoming volume 29 of the Voltaire Foundation’s Œuvres completes de Voltaire, alongside Janet Godden and James Hanrahan’s edition of the Précis du siècle de Louis XV. In a brief introduction, I shall provide further evidence of Voltaire’s authorship and details on the pamphlet’s complex publication history. I shall also discuss the relationship between the Représentation and other diplomatic despatches that Voltaire penned on behalf of the marquis d’Argenson in the mid-1740s – e.g. the Lettre du Roi à la Czarine pour le projet de paix of May 1745, the Manifeste du Roi de France en faveur du prince Charles Edouard of December 1745 and, most importantly, the Représentations aux Etats-Généraux de Hollande (all three texts are already available in the Œuvres complètes). Finally, I shall consider François de Bussy’s interventionist approach in preparing Voltaire’s manuscript for publication, which further complicates the crucial question of authorship.

French dog! ’: interpreting insults on the streets of London

In light of the recent events and the emergence of questions around British openness (or lack thereof) towards a cosmopolitan culture and foreign nationals, it is interesting to step back in time and observe what kind of reception foreign visitors to England enjoyed in the past. Even for the most anglophile early modern visitor, three aspects of any trip often remained problematic. First, the terrible physical discomfort of crossing the Channel. As the gallant poet Le Pays would have it, it is preferable to look at the sea in a painting than in real life, when one is in danger of joining in the choir producing a ‘symphony of hiccups’ on board. Then there is the ‘gastronomic’ shock of English cooking; and, last but not least, the insults foreign travellers (and French people in particular) systematically received from many locals, mostly from the lower classes, and particularly in London.

‘Sal Dab giving Monsieur a receipt in full’, 1776. Courtesy of Yale Centre for British Art. Variations on this same illustration – a Frenchmen having a fistfight with a fishwife in Billingsgate – are known from the 1750s. For a male version, see the illustration ‘The Frenchman in London’, 1770, in the Horace Walpole Library: http://images.library.yale.edu/walpoleweb/oneitem.asp?imageId=lwlpr02995 It is not known whether the illustrations are based on an actual event.

‘Sal Dab giving Monsieur a receipt in full’, 1776. Courtesy of Yale Centre for British Art. Variations on this same illustration – a Frenchmen having a fistfight with a fishwife in Billingsgate – are known from the 1750s. For a male version, see the illustration ‘The Frenchman in London’, 1770, in the Lewis Walpole Library. It is not known whether the illustrations are based on an actual event.

The most traditional insult, ‘French Dog!’, actually seems to go back all the way to the period of the Avignon schism. The author of the first French travelogue on England in 1558, Estienne Perlin, complained that he was often called ‘or son ou vilain fils de p.tain’. Huguenot visitor Misson de Valbourg, who fled France in 1685 and then sketched an idealised image of England as a land of hope and freedom, provided a much more favourable portrayal of the English. Still, he felt compelled to add that this positive image accurately describes only those who ‘hadn’t always been rotting in England’, but have seen something of the world. Voltaire was insulted on the street, but carefully avoids discussing this experience in the Lettres philosophiques. Montesquieu’s posthumously published ‘Notes sur l’Angleterre’ features some comments regarding unpleasant attitudes on the part of locals. These words inspired some scholars to categorize this text as anglophobic – no doubt an excessive statement, as many other opinions he expresses in the same text were clearly positive.

For French visitors who were not particularly favourable to England, xenophobic insults were a convenient tool to prove that the English notion of ‘freedom’, even though it seemed attractive in theory, was nothing but arrogance. Others attempted to explain the differences between the attitudes of what many of them perceived as the ‘mob’ on the one hand, and the excellent welcome they received from the often strongly francophile local elites on the other; they suggested that there might be ‘two nations’ living side by side in England. This led some to conclude that the true national character could only be found amongst the elites; others suggested that the brutality of the ‘mob’ in fact represented quintessential Englishness, the elites having been civilised by their contact with Continental culture. From the 1760s onwards, following Rousseau’s ideas (such as those in his chapter on travels in Emile), a new approach arose, which saw the true national character residing in the popular classes, but only when far away from the negative impact of large cities: thus, ‘true English people’ reside in the countryside.

During the last decades of the Ancien Régime, a new interpretation emerged for the insults encountered in the streets. In some ways parallel to Edmund Dziembowski’s suggestion that French anti-English feelings and propaganda could have contributed to the creation of a French national identity, some French visitors suggested that English xenophobia, however unpleasant an experience, could be a noteworthy (and even positive?) phenomenon. In his book Observations sur Londre celebrated by the Royal Censor as an ‘eternal antidote against the depraved and contagious morals of our so-called Philosophers’ for deconstructing the myth of English superiority, Lacombe suggested that the disappearance of xenophobic insults is a sign of England’s downfall, as these were manifestations of a powerful, true national character.

The Monument of the Great Fire of London (Wikimedia Commons). The inscriptions attributing the origin of the fire to a Popish plot were erased under James II, then re-engraved under William III; they finally disappeared in 1830.

The Monument of the Great Fire of London (Wikimedia Commons). The inscriptions attributing the origin of the fire to a Popish plot were erased under James II, then re-engraved under William III; they finally disappeared in 1830.

The unpleasant English attitudes that many foreign visitors encountered, and often reported, became for the French public part of a set of well-established ideas, related to the practice of a travel to England. As I have argued in Philosophies du voyage: visiter l’Angleterre aux 17e-18e siècles, the systematic study of the variations in the interpretation of such ideas allows for a better understanding of the complexities and uses of this travel phenomenon. The same event or the same place (such as the Monument of the Great Fire of London and its inscriptions) could receive radically different presentations depending on the personal profile, agenda and experiences of the visitor.

– Dr Gábor Gelléri, Aberystwyth University

See also https://cultureoftravel.wordpress.com

 

On translating the hasty writing of encyclopedia articles

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Translating French and Spanish encyclopedia articles from the Enlightenment into English is not easy. There are, of course, the typical problems that one encounters when doing any translation, such as negotiating between surface meanings and deep meanings, dealing with false cognates, contending with idiomatic expressions, and deciding whether to go with a literal or an idiomatic translation. However, when dealing with encyclopedia articles that were written at a furious pace for the gargantuan compilations that were the Encyclopédie méthodique and its Spanish translation, the Encyclopedia metódica, there emerges the problem of translating hurried and at times careless writing that was possibly never proof-read, and certainly never corrected. Knowing that eighteenth-century encyclopedists worked under stringent publication deadlines, the vexed but somewhat amused translator could hardly blame them for suffering the all-too-common professional flaw of careless writing.

A Scholar in His Study (‘Faust’) Artist: Rembrandt

A Scholar in His Study (‘Faust’) (Rembrandt, ca. 1652; Metropolitan Museum of Art, New York)

This is what my co-translator, Clorinda Donato, and I encountered when preparing our volume, Enlightenment Spain and the ‘Encyclopédie méthodique’, for which we translated and annotated the articles ‘Espagne’ (from the Méthodique) and ‘España’ (from the Metódica). Although the articles are generally well written, there are nevertheless moments when authors Nicolas Masson de Morvilliers and Julián de Velasco felt the urgency of their task and careened their way through long, convoluted sentences without ever looking back. That a pronoun lost track of its referent, or that a verb strayed so far from its subject that it forgot whether it should be singular or plural mattered little when the encyclopedia mill had to keep grinding. Reading these articles I also find passages where the zeal to badmouth Spain’s backwardness or defend its misunderstood Enlightenment overrode any respect for the conventions of grammar. The passions aroused by Enlightenment debate were just too strong to obey the strictures of the Académie Française and the Real Academia. Indeed, these are the moments when Masson and Velasco are most fun to read.

Annotating these translations also revealed an interesting consequence of such hasty writing. While citing, copying, and paraphrasing was a regular practice among eighteenth-century scholars, the verification of information was not. If a scholar cites a source that is based on a citation that is based on another citation that is based on another citation and so on, that scholar will likely have in his hands a cumulative error, a product of distortions and embellishments. This is what we find in Masson’s negative portrayal of Spain and the Inquisition. Where he cites sources that have been embellished, he enters the fray by adding yet another layer of gleeful embellishment. Indeed, it would not be entirely wrong to say that the polemic emerging out of Masson’s infamous question ‘What does Europe owe Spain?’ is in large measure the result of an Enlightenment version of the game of telephone (or Chinese whispers).

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A Scene in a Library (photograph by William Henry Fox Talbot, ca.1844; Metropolitan Museum of Art, New York)

But if haphazard writing and cumulative error are endemic to encyclopedia culture, then how can Enlightenment discourse ever safeguard itself from the vagaries and flighty opinions of scholars such as Masson? This is precisely the question that our volume seeks to answer. By translating and juxtaposing Masson’s and Velasco’s articles on Spain, we see how the Spaniards object to being the butt of the joke running down the telephone chain of French philosophie, and how they insist that the discourse of Enlightenment return to its more noble purpose of advancing civility and rational exchange.

– Ricardo López

Enlightenment Spain and the ‘Encyclopédie méthodique’, edited by Clorinda Donato and Ricardo López. Oxford University Studies in the Enlightenment, November 2015, ISBN 978-0-7294-1170-7, 336 pages, 2 ills

 

Voltaire’s London: Reconstructing a vision of London past

Academics are constantly reminded of the debts owed to previous generations of scholars. We footnote them, refer to their work, profit from their travails, build on their groundwork and sometimes correct their errors.

As the Voltaire Foundation embarks upon the critical edition of the Lettres sur les Anglais for the complete works collection, we are again delving back into the network of places that the Frenchman visited and people he encountered during his sojourn in England. A large number of scholars have already surveyed the terrain before. None, however, was quite so focussed as Norma Perry (1923-2007). Perry devoted herself to following Voltaire’s footsteps around London. She wrote a long article, ‘Voltaire in London’, for The Times which was published on 22 April 1978, demonstrating her commitment to academic impact!

It was also due to Perry that the plaque in Maiden Lane was established in 1979, and improved in 1994. Perry’s principal research outputs from her Voltaire research were Sir Everard Fawkener, Friend of Voltaire, published in the Studies in Voltaire and the eighteenth century series in 1975, and various articles and book chapters. Particularly noteworthy are the article ‘The Rainbow, the White Peruke and the Bedford Head: Voltaire’s London haunts’ (in SVEC 179, Oxford, 1979) and the chapter titled ‘City Life in the 1720s: the Example of Four of Voltaire’s Acquaintances’ in the 1994 book The Secular City: Studies in the Enlightenment presented to Haydn Mason.

Perry’s papers were left to the Taylorian Library in Oxford. Leafing through them, we learn of her singular quest to document any possible place Voltaire may (or may not!) have passed through. Her scholarship on Sir Everard Fawkener drew her to develop an interest for places Voltaire could have visited, and what those places may have looked like in the 1720s.

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The various papers are also a window into research methods which remind us how far technology has come in thirty years. From the vantage point of 2016, the index cards, photographs (complete with negatives), stamped reproductions of engravings and copies of correspondence with numerous London councils seem almost as foreign as Voltaire’s own experience of London would have been. Perry’s intrepid investigations led her round London with a camera (loaded with film!) to document any possible trace of what Voltaire may have seen. This was a devoted quest, a fixation, an obsession almost. The papers function as both a testimony to Perry’s persistence and perhaps also as a warning to future scholars…

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The warning is in many ways the obsession with possibilities, and the hypothetical. Perry used the evidence that is available to scholars: correspondence effectively reveals a network of people Voltaire knew and had dealings with. It also reveals the places Voltaire definitely visited. Perry’s index cards contain a whole host of ‘possible’ places Voltaire could have gone, which she subsequently investigated meticulously, honestly noting ‘no evidence’ for these. Despite this, she nevertheless ventured out to Cromwell House and photographed the fireplace, complete with its initials of the residents whom Voltaire might possibly have visited there, the Da Costa family.

The images Perry sought out are now often retrievable with the click of a mouse. Many of these images are fascinating and extremely useful in allowing us to picture the London which Voltaire was so enamoured by. The engravings of Marlborough House by Samuel Wale, for example, or images of Alexander Pope’s Villa, or Sutton Nicholls’ engraving of Covent Garden c.1720:

From Bowles, London Described or the most noted Regular Buildings, 1731.

From Bowles, London Described or the most noted Regular Buildings, 1731.

The British Library’s Crace collection of historical maps of London has great digital applications. Perry would obviously have been thrilled by the possibility of overlaying historical maps with modern day ones.

It goes without saying that despite these amazing advances, we are still significantly indebted to scholars like Perry who have done so much spadework on which we hope to build.

– Nick Treuherz