Entretien avec Nicholas Cronk et Glenn Roe

For those who missed it first time round, here is another chance to read this interview with Glenn Roe and Nicholas Cronk, first published last January.

Glenn Roe et Nicholas Cronk.

Où en est la publication des Œuvres complètes de Voltaire par la Voltaire Foundation ?

Nicholas Cronk

La publication des Œuvres complètes de Voltaire a été initiée dans les années 1960 par Theodore Besterman, qui venait d’achever l’édition d’une gigantesque correspondance de plus de vingt mille lettres. L’édition qui faisait autorité, en quelque sorte, était encore celle de Beaumarchais et de Condorcet, imprimée à Kehl (1784-1785), car les grandes éditions qui lui ont succédé au XIXe siècle, comme celle de Louis Moland (1877-1885) reprennent son organisation. Seulement, l’édition de Kehl est un monument à la mémoire de Voltaire et pas véritablement une édition critique. L’organisation chronologique adoptée par la Voltaire Foundation, sur la proposition de William H. Barber, a permis d’éviter, par exemple, certains écueils de la classification générique, qui a du sens dans le cas des ouvrages d’histoire, des tragédies et de La Henriade, mais qui condamne les petits récits en prose, que Voltaire appelait « fusées volantes », à figurer dans des volumes de mélanges. L’édition de la Voltaire Foundation redonne leur place à ces textes, qui sont tout sauf mineurs. Elle sera achevée à l’automne 2020. Nous travaillons actuellement, par exemple, sur l’édition du Siècle de Louis XV, qui n’a jamais été éditée scientifiquement, sur les Annales de l’Empire et sur les Lettres philosophiques, qui sont plus connues.

Quel est le lien entre les Œuvres complètes et le projet Digital Voltaire ?

Nicholas Cronk

Publier les œuvres complètes de Voltaire est un travail infini et une édition numérique offre tout simplement l’avantage de pouvoir être régulièrement mise à jour, sans qu’il y ait besoin d’engager de moyens considérables. Le numérique permet également d’imaginer une édition critique d’un nouveau genre, moderne, proposant une articulation thématique, générique et chronologique inédite, enrichie d’hyperliens, de textes annexes, d’images, de musique (car les poèmes de Voltaire étaient parfois mis en musique), etc. Une telle édition doit faciliter le travail des chercheurs : Voltaire, par exemple, pratiquait volontiers l’auto-plagiat, c’est un phénomène qui n’a pas été beaucoup étudié et que les éditeurs de Kehl ont occulté, en supprimant des répétitions qu’ils trouvaient inconvenantes. Or, la redite, chez Voltaire, est une véritable esthétique, et à la fin de sa vie, il reprenait des textes de jeunesse, faisait parfois semblant d’ignorer qu’il en était lui-même l’auteur, les corrigeait, etc. Les techniques d’alignement de séquences permettent de redonner vie facilement à cet aspect de l’écriture. Le numérique doit également nous permettre de repenser des notions clefs de la pensée de Voltaire comme l’athéisme ou la tolérance, qui ont pu évoluer dans le temps, de comprendre son positionnement politique à telle ou telle période, ou les raisons de son intérêt pour la jurisprudence à la fin de sa vie. On doit pouvoir sortir de l’opposition traditionnelle un peu figée entre Voltaire et Rousseau et de la lecture monolithique proposée, par exemple, par le Dictionnaire philosophique en huit volumes de l’édition de Kehl, qui se compose de textes écrits sur quarante ou cinquante ans que Voltaire n’avait jamais pensé à regrouper.

Glenn Roe

Le label Digital Voltaire regroupe un ensemble de projets, qui ont vocation à enrichir, à terme, l’édition numérique des œuvres complètes de Voltaire. Le programme de recherche qui sera fixé courant 2019 prendra symboliquement le relais de l’édition papier. Les projets portent sur l’intertextualité, sur les autorités, sur les phénomènes de reprise, sur les principales thématiques de la pensée de Voltaire, que nous étudions en recourant à des techniques de topic modeling et de mapping. La vectorisation des mots doit nous permettre de mieux comprendre l’évolution de la pensée philosophique de Voltaire. Nous devrions parvenir à mettre au point une sorte d’ontologie ou de cartographie intellectuelle de Voltaire, qui pourra être comparée avec celle de Rousseau ou d’autres auteurs du XVIIIe siècle édités par la Voltaire Foundation.

Quelles sont les priorités de la Voltaire Foundation dans le domaine des humanités numériques ?

Nicholas Cronk

Il est certain qu’un projet numérique qui réunirait les œuvres et les correspondances de plusieurs auteurs du XVIIIe siècle, et qui ferait profiter aux chercheurs des possibilités nouvelles offertes par les outils développés au sein des humanités numériques, est loin d’être irréalisable et a de quoi séduire. Une expérience de ce genre a été réalisée sur les correspondances d’auteurs, dans les années 2000, au sein du projet Electronic Enlightenment, qui regroupe environ soixante-dix-mille lettres dans plusieurs langues. Mais je dirais que l’enjeu le plus immédiat, pour nous et pour Digital Voltaire, c’est aujourd’hui de parvenir à développer ce laboratoire de recherche en humanités numériques qui favorisera les recherches sur l’œuvre de Voltaire et sur sa réception, tout en restant l’édition critique de référence. Ce projet est un modèle de ce que nous pourrions faire à la Voltaire Foundation dans les années à venir, en collaboration avec d’autres partenaires comme la Sorbonne.

– Propos recueillis par Romain Jalabert

The above post is reblogged from Observatoire de la vie littéraire, where it first appeared on 26 January 2019.

Pangloss, Guru of Positive Thinking: Candide at the Royal Shakespeare Company

Candide new imageMark Ravenhill is now in his second year as Writer in Residence at the RSC. His latest play, Candide, ‘inspired by Voltaire’, is currently in rehearsal and opens at the Swan Theatre in Stratford on 29 August, where it will run until 26 October. The play is directed by Lyndsey Turner, and the advance publicity warns that the performances will include ‘strong language, violence and reckless optimism’. Nicholas Cronk, director of the Voltaire Foundation, went to watch an early rehearsal and talk to Mark Ravenhill.

Candide REH-114

Candide in rehearsal

Nicholas Cronk: The RSC invited you to write a new play on any subject: what made you choose Candide?

Mark Ravenhill: Candide is one of those books I read when I was young and that I come back to regularly. It’s a book that makes me laugh and think – it would be very hard to like someone who didn’t enjoy Candide! Also, everyone thinks they know Candide – you hear people described as ‘Panglossian’. So if Candide appears on a poster, it feels familiar.

NC: Candide has often been rewritten as a narrative, for example George Bernard Shaw’s Adventures of the Black Girl in her Search for God (1932), but less often successfully reworked for the stage – with the notable exception of Bernstein’s Candide. What are the challenges of rethinking this work for the stage?

MR: There is a remarkable nimbleness of style, a balancing act of tone, in Voltaire, which is hard to bring off on stage. When you speak the words out loud, the effect is very different from when you read them. So one needs to do something new with a stage performance, not simply ‘tell the story’. When I was asked by the RSC to write a new play, I was already thinking about ideas of happiness and optimism in modern society. The American journalist Barbara Ehrenreich has written about this in her book Smile or Die: How Positive Thinking Fooled America and the World (2009) [in the USA the book is called Bright-sided: How the Relentless Promotion of Positive Thinking Has Undermined America]. She talks about the happiness industry, the rise of medication to make us happy and of self-help books, and the influence of all this on religion. In many ways religion has become another form of self-help. We all suffer from over-exposure to positive thinking.

Candide in rehearsal

Candide in rehearsal

NC: I like the idea of Voltaire as agony aunt. There is a novel by Dinah Lee Kung, A Visit from Voltaire (2004), in which the ghost of Voltaire turns up to sort out the problems of a modern-day American family living in Geneva…: this is Voltaire as the inventor of the self-help manual.

MR: In the business world, the idea of positive thinking is absolutely entrenched. The financial crisis happened because no-one could actually say out loud how bad things were…

NC: Voltaire’s novel makes fun of Pangloss and the Leibnizian idea that evil doesn’t really exist. And you feel we are living in a culture that can’t face up to the existence of evil? that makes Panglosses of us all?

MR: We are now so far advanced in our denial of evil that we want to rationalise it away. Twenty years ago, when you bumped into someone and asked how they were, they would say, ‘Mustn’t grumble’ or ‘Getting by’: now they feel obliged to say ‘Just great!’. In both cases, the reply is just a social nicety, but the framework has changed, it’s as if it’s become a social duty to express happiness. Optimism and happiness are not the same thing, but they are becoming interchangeable, and it seemed to me that Voltaire’s Candide gave me a way into something important happening in modern-day culture.

NC: Are there other ways in which the text has contemporary echoes for you?

MR: Rereading Candide, I was struck by the link between optimism and the optimal, the idea that we have been placed in this optimal world rather than some other. Voltaire’s novel offers us parallel universes, the possibility of entering into alternative worlds existing side by side, and this is something quite modern. Nested narratives and parallel universes are popular at the moment in many different art forms.

NC: Candide itself is a very self-referential text, full of spoofs of other fictions. When Candide is driven crazy by his love for Cunégonde, he rushes round carving her name on the bark of trees, like a character in a Shakespearean comedy…

MR: Yes, even within single sentences, there are sudden changes of register. And when the travellers go to Venice, they see a play by Voltaire! This is a novel which has narratives within narratives, such as when Cunégonde recounts her story.

NC: And these nested narratives and parallel universes shape your new play?

Candide in rehearsal

Candide in rehearsal

MR: I have not chosen to create a linear story, but a series of different narratives: in the end there are five plays that almost, but don’t quite, add up to one play…  I start with the story of Candide, being performed as a play within a play, to bring the audience up to speed with the story. Each scene exists in a different universe and moves between different genres. The fourth scene invites us to join Candide in Eldorado and explores life as it could ideally be: this is proto sci-fi, rather like what happens in Gulliver’s Travels. And in the fifth and final scene, we move slightly into the future, as Pangloss finds success as the purveyor of optimism.

NC: How easy is it to stage contemporary characters engaging in philosophical debate?

MR: Theatre within theatre, when characters sees themselves on stage, always raises philosophical questions of choice and free will. And then there is the question of language. Although the play is not written in strict verse form, there is an underlying beat of rhyming couplets, with echoes of Pope and the tradition of eighteenth-century philosophical verse.

NC: For members of the audience who would like a refresher course in Candide before the first night, you have produced a special new version of Voltaire’s novel?

MR: Yes, I have adapted the whole book into tweets of 140 characters, and these are being sent out daily, at the rate of eight tweets per day [from 26 June to 29 August: @TweetCandide].

NC: It tells us something remarkable about Voltaire’s style that his novel lends itself so well to this exercise. You have invented a completely new way of translating Candide: I hope one day we can publish it on the website of the Voltaire Foundation!

MR: Yes, translating Candide into tweets has really deepened my appreciation of his writing – it wouldn’t work so well with nineteenth-century authors. Every single sentence in Voltaire seems to advance the story, and yet stand alone as a sound-bite.

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