Natalia Elaguina décorée

Madame Natalia Elaguina a été décorée de l’ordre des Arts et des Lettres au grade de chevalier le 18 novembre dernier au Consulat général de France à Saint-Pétersbourg. L’équipe de la Voltaire Foundation lui adresse toutes ses félicitations.

De gauche à droite: Hughes de Chavagnac, Consul général de France à Saint-Pétersbourg; Natalia Elaguina; Pascal Liévaux, du ministère de la Culture et de la Communication

Natalia Elaguina est conservatrice en chef du département des manuscrits occidentaux à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg. Elle est directrice de publication du Corpus des notes marginales de Voltaire, vaste projet éditorial entamé en 1979 et poursuivi en collaboration avec la Voltaire Foundation depuis une dizaine d’années, et pour lequel elle a joué un rôle déterminant. Il recense les notes et les traces non-verbales laissées par Voltaire en marge des ouvrages de sa bibliothèque personnelle, conservée à Saint-Pétersbourg depuis la mort de l’écrivain. Les neuf volumes du Corpus recensent les traces de lecture sur 1687 ouvrages, dont certains sont copieusement annotés. En plus de la reproduction en quasi-facsimilé de tous ces marginalia et ces traces, chaque volume contient des centaines de notes des éditeurs qui expliquent les liens entre les lectures et les annotations de Voltaire, d’une part, et son œuvre, de l’autre. Les cinq premiers volumes ont fait l’objet d’une première publication à Berlin-Est avant que toute la collection soit intégrée aux Œuvres complètes de Voltaire d’Oxford en 2006. Mme Elaguina a raconté l’histoire fascinante de ce projet dans un article publié dans la Revue Voltaire. Nous avons collaboré ensemble aux volumes 6 (2006), 7 (2008), 8 (2012), et le neuvième et ultime volume, actuellement en cours de préparation, paraîtra au printemps prochain.

Un grand merci, et encore bravo Natalia!

– Nicholas Cronk, Janet Godden, Georges Pilard, Gillian Pink

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Sixty years on: the museum of the Institut et Musée Voltaire

From 1755 to 1760, Voltaire lived at Les Délices in Geneva, where he notably wrote the Poème sur le désastre de Lisbonne, in reaction to the devastating earthquake that struck Lisbon on 1 November 1755, contributed articles to the Encyclopédie, and put the finishing touches to his most famous work, Candide, begun at his winter quarters at Montriond in Lausanne.

Geneva by Geissler

Christian-Gottlieb Geissler, Vue de Genève et du Salève depuis les Délices, watercolour, 1774

In the two and a half centuries since Voltaire left Les Délices, the land and views recorded by Geissler have been swallowed up by the town and the house has even been threatened with demolition to make way for high-rise buildings. How fortunate for us that, sixty years ago, Theodore Besterman managed to persuade the local authorities to let him set up the Institut et Musée Voltaire! The collection and the library that Besterman started and that his successors have actively developed make this a wholly fascinating place in which to immerse oneself in Voltaire’s world. Here is a quick overview of some of the latest developments in the museum.

The portrait gallery, to the right of the entrance hall, has been rehung to give a real sense of Voltaire’s far-flung circle of friends and relations during his time in Geneva. Favourite actors Lekain and Mlle Clairon, in her costume for L’Orphelin de la Chine, still share the space with, among others, Protestant pastor Moultou as a child, in a green brocade gown, a bird perched on his finger. They now also rub shoulders with two of Voltaire’s neighbours, Simon Bertrand and his wife, thanks to the recent Masset bequest, while Marie-Louise Denis, Voltaire’s niece who lived with him at Les Délices, is currently being restored and will soon reclaim her place as mistress of the house.

The latest acquisition is a pair of huge portraits of Louis XV et Marie Leczinska, which, along with the portrait of Louis XIV already in the collection, will enable visitors to explore the theme of Voltaire’s always ambiguous relationship with royalty.

Institut et Musée Voltaire, photograph by Matthias Thomann

Institut et Musée Voltaire, photograph by Matthias Thomann

In recent years, Les Délices has welcomed another inhabitant: Rousseau. A portrait by Robert Gardelle that had been lost for so long that some even doubted it had ever existed was rediscovered in the bequest mentioned earlier and now hangs in the small room to the left of the entrance. The library of the Société Jean-Jacques Rousseau is housed upstairs, while Houdon’s monumental terracotta statue of a seated Voltaire smiles on with surprising benevolence.

Once you have visited the Institut et Musée Voltaire, the logical next step is to follow Voltaire to the Château de Ferney, just over the border in France (but do check that it is not closed for restoration first).

The museum of the Institut et Musée Voltaire is open Monday to Saturday, 2–5pm, or for group visits by appointment in the morning. Entry is free.

If you can’t get there in person, we recommend this video and the more up-to-date A short history of Les Délices: from the property of Saint-Jean to the Institut et Musée Voltaire.

– Alice

Visite virtuelle de la Bibliothèque de Voltaire

L’histoire des négociations entourant la bibliothèque de Voltaire après la mort de l’auteur et qui ont culminé dans le transfert de tous les livres de Ferney à Saint-Pétersbourg a souvent été racontée.[1] Loin d’être la seule bibliothèque d’écrivain à avoir survécu à la mort de son propriétaire, elle est cependant peut-être la plus grande (avec presque sept mille volumes) et la plus célèbre. Sa particularité est celle, bien sûr, des nombreuses notes marginales et autres traces de lecture dont les volumes sont remplis. Nous savons que les livres de Diderot ont pris, eux aussi, le chemin de la Russie, mais aujourd’hui l’identité de cette collection a été dissoute au sein du fonds des imprimés de la Bibliothèque nationale de Russie et demande à être reconstituée. La bibliothèque de Montesquieu a connu un sort plus heureux et une partie des volumes du philosophe de La Brède constitue un ‘fonds Montesquieu’ à la Bibliothèque de Bordeaux. Plus éloignés, dans l’espace et dans le temps, des livres ayant appartenu à Alexander Pope et à William Warburton sont conservés à la Hurd Library à Hartlebury Castle en Angleterre, et la presque intégralité de la bibliothèque de Flaubert peut encore être visitée à la Mairie de Canteleu.

St_PetersburgTant qu’on ne s’est pas rendu sur place, le concept d’une bibliothèque d’auteur pourrait sembler abstrait, bien qu’il s’agisse avant tout d’une collection d’objets matériels. Tout change après une visite: la bibliothèque de Voltaire ne peut qu’impressionner le visiteur. Elle fait aujourd’hui partie de la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg qui, comme on le voit sur la bannière de son site web, est encore située dans le bâtiment du dix-huitième siècle commandité par Catherine II à l’angle de la rue Sadovaya et de la Perspective Nevsky, bien qu’il existe également de nos jours un nouveau site plus éloigné du centre-ville. L’entrée des lecteurs a été modernisée, avec vestiaire et tourniquet actionné par les cartes de lecteurs. Pour accéder à la bibliothèque de Voltaire, on prend à droite et on traverse un long couloir aux murs couverts de boiseries, qui donne une impression d’étroitesse grâce à sa hauteur et aux vitrines où sont exposées livres et documents présentant les riches collections de la Bibliothèque, y compris celle de Voltaire. On monte deux marches et on est dans un hall spacieux. En prenant la porte à droite et en descendant quelques marches le lecteur se retrouve devant la plaque commémorant l’inauguration officielle du ‘Centre d’Etude du Siècle des Lumières “Bibliothèque de Voltaire” ’ par les premiers ministres russe et français le 28 juin 2003.

Au-delà des portes sécurisées, on entre enfin dans les deux salles voûtées consacrées à la mémoire de Voltaire et à ses livres. Enjolivée par un parquet et des vitraux faits sur mesure qui incorporent les initiales ‘A.d.V.’ (Arouet de Voltaire), la première salle, disposée en forme de ‘T’ (l’entrée étant à la jonction de la verticale et de l’horizontale), contient les volumes du patriarche de Ferney. Mais c’est d’abord la statue qui frappe, face à la porte: le célèbre ‘Voltaire assis’ de Houdon, une copie de celle qui se trouve à deux kilomètres seulement de la Bibliothèque, à l’Ermitage. Les murs sont tapissés de livres, et les rayons sont protégés par des portes en verre dont seuls les conservateurs détiennent les clefs. Les cotes reflètent l’ordre des livres à l’époque où la bibliothèque était encore conservée à l’Ermitage, et ce classement est censé être celui de Ferney, respecté par Wagnière, le secrétaire de Voltaire qui accompagna et déballa les caisses de livres en Russie. Au milieu de chaque ‘aile’ de la salle se trouve une vitrine, avec des expositions temporaires. Actuellement l’une expose quelques volumes emblématiques de la collection, tel l’exemplaire du Contrat social de Rousseau annoté par Voltaire,[2] alors que l’autre montre le catalogue de la bibliothèque dressé par Wagnière, un plan dessiné au dix-huitième siècle du château de Ferney, et des échantillons de tissu apportés par Wagnière pour Catherine II, qui avait initialement projeté de construire une reproduction fidèle du château de Ferney pour y conserver les collections voltairiennes.

En passant dans la seconde salle on trouve  une copie de la maquette du château de Ferney (dont l’original se trouve, lui aussi, au musée de l’Ermitage), exécutée en 1777 par Morand, le menuisier de Voltaire. C’est dans la seconde salle, bien pourvue en outils de travail (Œuvres complètes de Voltaire, catalogue de sa bibliothèque, etc.) que les lecteurs peuvent s’installer pour consulter les livres du grand écrivain. Là on peut feuilleter ses manuscrits, déchiffrer les ratures, parcourir les notes qu’il a laissées en marge des volumes imprimés. Toutes les traces de lecture de Voltaire ont été recensées et sont en cours de publication dans le Corpus des notes marginales. Nous regrettons le récent décès de Nikolai Kopanev, qui a joué un rôle important dans la continuation de cette publication essentielle par la Voltaire Foundation. C’est en partie grâce à lui que les voltairistes de tous les pays du monde sont si chaleureusement accueillis dans la bibliothèque de Voltaire pour étudier – et pour contempler aussi l’ampleur de la marque laissée par Voltaire sur le patrimoine mondial.

-Gillian Pink

[1] Notamment par Sergueï Karp, Quand Catherine II achetait la bibliothèque de Voltaire (Ferney-Voltaire, 1999); Christophe Paillard, De la “bibliothèque patriarcale” à la “bibliothèque impériale” – Grimm, Wagnière, Mme Denis et l’acquisition de la bibliothèque de Voltaire par Catherine IIGazette des Délices 14 (été 2007); Gillian Pink, ‘Voltaire in St Petersburg: the Voltaire Library and the marginalia project’ au colloque ‘Was there a Russian Enlightenment?’, Ertegun House, Oxford (novembre 2012).

[2] La reproduction en fac-similé a été publiée sous le titre Du contrat social. Edition originale commentée par Voltaire (Paris, 1998). L’annotation de Voltaire, ainsi que les autres marques de lecture, a été reproduite et commentée par Kelsey Rubin-Detlev dans Voltaire, Corpus des notes marginales, t.8 (Œuvres complètes de Voltaire, t.143, p.165-83 et p.493-515 pour le commentaire).