Sur les traces de Jean Potocki

Jan Potocki

Jean Potocki par Anton Graff (1785). Image Wikimedia Commons.

Savant acharné, rêveur actif de la politique, voyageur inlassable, observateur inépuisable du monde, Jean Potocki[1] est assurément inclassable. Né en 1761 en Podolie, dans une famille appartenant à la plus haute aristocratie polonaise, il ne se plie pas pour autant à la vie protocolaire de son milieu[2]. Certes il épouse tous les modèles de sociabilité, la franc-maçonnerie, les salons, les clubs politiques, les sociétés savantes et les académies, le théâtre de société. Mais dans les grandes maisons de l’Europe dans lesquelles il passe, on garde le souvenir d’un original, à la fois éminent érudit et grand distrait. Doué d’une intelligence hors du commun et d’une capacité de lecture prodigieuse, il nourrit la conception d’un savoir total et universel.

Pour mieux cerner l’ambition totalisante du savant à laquelle répond, non sans ironie, son roman, activité de dilettante, plus que ses travaux d’historien auxquels il a consacré l’essentiel de ses forces, l’étude de la trace met en exergue le rapport foncièrement ambigu que Potocki entretient au réel. Considérer son œuvre sous l’angle de la trace, c’est à la fois appréhender la pensée d’un voyageur-historien insatiable qui, lors de ses périples et recherches, traque les vestiges des peuples anciens pour exhumer une humanité commune ou esquisser une histoire en marche, et à la fois analyser l’héritage littéraire, esthétique, philosophique que nous laisse un romancier et dramaturge sensible au caractère incertain d’un réel nécessitant, pour être connu, une construction interprétative.

La trace, dans les écrits de Potocki, cautionne-t-elle une lecture du monde postmoderne, qui suppose qu’il n’existe aucun accès au monde et au réel qui ne soit exempt de signes et ne dépende d’une interprétation ? Atteste-t-elle au contraire de l’existence pour l’auteur polonais d’un réel indépendant de toute interprétation et qu’il s’agit, à partir de vestiges sensibles, de reconstituer, de reformer et ainsi de reconnaître et retrouver ? C’est à cette question passionnante qui engage la nature même du réel que tentent de répondre les différentes études de notre ouvrage, sans chercher à lisser les contradictions apparentes d’un savant qui est aussi voyageur, historien, romancier, conteur, dramaturge… et qui par là même appréhende le monde selon une approche tantôt expérimentale, physique, sensible, tantôt théorique ou encore esthétique.

La dernière partie de l’ouvrage, quant à elle, est consacrée aux traces que Potocki a laissées à travers des textes récemment découverts et à ce jour inédits. Même s’il reste comme à son habitude peu loquace sur sa vie privée, ces lettres sont certainement parmi les plus intimes qu’il ait jamais écrites et représentent à ce titre un intérêt considérable.

– Émilie Klene

[1] Jean Potocki, Œuvres I-V, éd. François Rosset et Dominique Triaire, 6 vol. (Louvain, 2004-2006).

[2] Voir François Rosset et Dominique Triaire, Jean Potocki. Biographie (Paris, 2004).

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Le ‘Voltaire de Beuchot’ à la lettre: sources d’une édition savante sous la Restauration

Œuvres de Voltaire, Beuchot

Œuvres de Voltaire, Beuchot (éd.), Paris, Lefèvre, t.1, 1834. BnF.

Si elle n’égale celle du patriarche ni par son ampleur, ni par son lustre, ni par la célébrité de ses intervenants, la correspondance d’Adrien Jean Quentin Beuchot, principal éditeur des Œuvres de Voltaire sous la Restauration, présente de nombreux intérêts. En nous faisant entrer dans les arcanes de la première édition critique des Œuvres de Voltaire (parue en 70 vol. in-8°, chez le libraire Lefèvre, entre 1828 et 1834), les lettres de Beuchot nous donnent accès au détail de son approche originale de l’édition de Voltaire et de ses œuvres, laquelle renouvelle durablement la forme et le sens de la postérité de Voltaire. Fragments d’intimité autant que sources historiques, les lettres de Beuchot sont principalement conservées à la Bibliothèque nationale de France, à la bibliothèque de Genève et à la Voltaire Foundation. Ces lettres, qui forment la base de ma thèse intitulée « Le Voltaire de Beuchot, un Voltaire parmi d’autres » récemment soutenue, constituent un matériau indispensable à la recherche voltairienne.

Les lettres relatives à Beuchot ont d’abord valeur de fragments autobiographiques, dans ce qu’elles révèlent, subrepticement ou plus directement, de Beuchot lui-même. Bibliographe de métier – il rédige la Bibliographie de la France dès 1811 –, puis bibliothécaire à la Chambre des Députés dès 1834, Beuchot passe sa vie au milieu des livres. Son goût pour le classement n’exclut pas des tendances bibliophiliques. « Voltairographe » autant que « Voltairomane », son goût frénétique pour les pièces rares tourne exclusivement autour des écrits du patriarche de Ferney. Est-ce vraiment un hasard si l’auteur le plus prolifique du XVIIIe siècle se trouve édité par un homme qui cumule une approche rigoureuse du classement des œuvres avec un goût prononcé pour l’inédit, qui plus est à une période où s’ouvrent les archives et où ressortent, en nombre, des pièces non éditées de Voltaire ? Ce goût pour l’inédit voltairien l’a rendu célèbre au-delà des éditeurs de son temps et fonde en partie la longévité de son édition. Bengesco le dit bien dans sa grande bibliographie voltairienne de la fin du XIXe siècle : « Nul n’a fait mieux que lui, nul n’a mieux fait depuis, et nous doutons que Voltaire trouve jamais un éditeur plus consciencieux et plus savant ».

Bibliographie de l’Empire français ou Journal de l’imprimerie et de la Librairie

Bibliographie de l’Empire français ou Journal de l’imprimerie et de la Librairie, n°1. Paris, Pillet, 1er novembre 1811. BnF.

« Editeur savant », l’appréciation de Bengesco doit être comprise au sens plein, et les archives de Beuchot le confirment. Elles éclairent en effet les dessous d’une pratique professionnelle – l’édition – en plein bouleversement. Si Beuchot se définit lui-même comme un éditeur, s’il fait bien partie intégrante du milieu de la librairie parisienne de la Restauration, il n’est pourtant ni libraire, ni imprimeur et son activité n’a rien de commercial. Loin de Panckoucke, Beaumarchais ou Ladvocat, Beuchot pense l’éditeur comme l’auteur d’un travail littéraire. De fait, il accomplit un geste dont la portée confine à l’auctorialité. Assumé comme tel notamment par les innombrables signatures de l’éditeur qui se superposent aux écrits du patriarche, le ‘Voltaire de Beuchot’ doit aussi beaucoup à une philosophie de l’histoire qui évoque, au loin, une forme de positivisme sans doute déjà ambiant. C’est ce que suggère Beuchot lui-même lorsqu’il veut faire voir « La marche de l’esprit de Voltaire ». Fonder ce geste sur un retour aux sources inédit pour l’époque, en assumer à la fois l’originalité et l’incomplétude, constitue bien le travail d’un éditeur savant.

Beuchot, Liberté de la Presse

A. J. Q. Beuchot,Liberté de la Presse, Paris, chez Le Normant, 1814. BnF.

Les lettres de Beuchot nous conduisent à revoir notre approche du phénomène éditorial qui entoure les Œuvres complètes de Voltaire durant cette période politiquement troublée. L’omniprésence de Voltaire comme personnage publique et comme auteur (on parle de frénésie autour de ses Œuvres complètes lorsqu’on évoque la vingtaine de collections qui viennent saturer les étals des librairies) est bien réelle. Mais le travail de Beuchot, tel qu’il se révèle au fil de ses correspondances notamment, doit nécessairement se comprendre à part de ces nombreuses rééditions de la Restauration, lesquelles ne sont, somme toute, que des rééditions de celle de Kehl, dont le paratexte, notamment, se montre plus volontiers militant. D’ailleurs, si Beuchot a publié quelques opuscules en faveur de la liberté de la presse entre la fin de l’Empire et le début de la seconde Restauration, il ne parle jamais de politique dans ses lettres. Il évite soigneusement les questions polémiques dans ses préfaces et dans ses notes, et paraît même se désintéresser de la censure. Difficile de voir en Beuchot un agent à même d’attiser ce « vaste incendie » que décrivent François Bessire ou Raymond Trousson notamment, symbole du feu révolutionnaire que porteraient encore en eux les ouvrages de Voltaire quarante ans après 1789. Son édition influence pourtant la réception de Voltaire et de son œuvre, jusqu’à nos jours : davantage objet d’étude que symbole à valeur politique, Voltaire se voit dresser un monument à double sens par Beuchot. L’hommage au grand homme va semble-t-il de pair avec quelque chose qui ressemble à un acte de décès.

Lettre de Beuchot

Lettre de Beuchot (12 octobre 1826) à Joachim de Cayrol, qui travaillera à l’édition de la correspondance de Voltaire pour l’édition Beuchot, avant de faire sa propre édition des lettres de Voltaire à la fin des années 1850. Bibliothèque de Genève, Musée Voltaire: MS 34, fol.1.

Est-il encore besoin de rappeler l’intérêt des archives privées et des correspondances pour éclairer l’histoire littéraire ? Car comprendre qui est Beuchot est bien un préalable nécessaire à l’étude du ‘Voltaire de Beuchot’. Pourtant, si le recours aux correspondances n’est en soi pas nouveau, il était, jusque-là, plutôt réservé aux grands hommes, et non aux artisans du livre comme c’est le cas ici. À ce titre, si Beuchot, on l’a dit, est un personnage trop peu connu hors de quelques rares voltairistes, que peut-il en être d’éditeurs savants comme Nicolas-Jean-Joachim de Cayrol, Louis Dubois ou Jean Clogenson ? Que sait-on d’éditeurs commerciaux comme Antoine-Auguste Renouard, Auguste Hunout, ou Nicolas Delangle ? Qui s’est déjà penché sur les archives de Georges-Adrien Crapelet, imprimeur de plusieurs éditions de Voltaire sous la Restauration ? Ce sont pourtant autant d’acteurs qui ont participé, de près ou de loin, à façonner l’édition des Œuvres de Voltaire par Beuchot. De toute évidence ce travail mériterait d’être poursuivi pour éclairer la façon dont les philosophes des Lumières ont été modélisés, dès la Restauration, par ces artisans du livre, avant d’arriver jusqu’à nous.

– Nicolas Morel

 

‘Alas, Poor Yorick!’: Sentimental Beginnings and Endings

2018 has already provided a curate’s egg anniversary for scholars of eighteenth-century fiction: 250 years since the first publication of A Sentimental Journey Through France and Italy (27 February 1768) and, less than a month later, the death of its author, Laurence Sterne (18 March 1768).

Laurence Sterne by Sir Joshua Reynolds, oil on canvas (1760), National Portrait Gallery.

Laurence Sterne by Sir Joshua Reynolds, oil on canvas (1760), National Portrait Gallery.

‘Alas, Poor Yorick!’: A Sterne 250-Year Anniversary Conference marked both sestercentennials by inviting over forty scholars from twelve countries to reflect on the impact of Sterne’s writings in his and our times. The conference took place at Sterne’s Alma Mater Jesus College, Cambridge, providing an opportunity for delegates staying in college accommodation to breakfast beneath a copy of Joshua Reynolds’s famous portrait of Sterne in the dining hall.

Marking both events together proved apt. A Sentimental Journey was, from its earliest conception, tied to the health of its author. Its origins lie in a seven-month tour of France and Italy that Sterne, a sufferer from pulmonary tuberculosis since his days as an undergraduate, undertook to improve his ailing condition. The risks as well as the rewards of venturing abroad in ill health are immediately apparent in the narrative. Having only just arrived in Calais and dining on a ‘fricassee’d chicken’ (ASJ, 3), Yorick, the text’s sentimental traveller, worries that the richness of his meal might lead to death by indigestion and the loss of his goods under the rules of the Droits d’aubaine. It is a mordant first step into cultural tourism: having just crossed the border into France, death by consumption would cement Yorick the consumptive’s status as an outsider under its laws of inheritance.

Many readers in 1768 would have been aware that Sterne had already resurrected Yorick from his death in the first volume of Tristram Shandy (1759-67). Even this most absolute of borders proves porous when Sterne requires it to be, and this sense of strange re-orderings, and the haziness of causal links that bind characters to each other and to their environs, suffuses much of his fiction. After an early chastening encounter with a monk he inadvertently abuses, Yorick promises to ‘learn better manners as I get along’ (ASJ, 11), yet his journey fails to provide any straightforward heuristic narrative. Yorick later muses that ‘I seldom go to the place I set out for’ (ASJ, 103), and it proves difficult to discern what, if anything, he actually learns from his sentimental encounters.

Digressions abound; at one point Yorick winds up in Rennes (200 miles west of his route south from Calais to Lyon) without any explanation for his presence there beyond it being ‘an incident of good fortune which will never happen to any traveller, but a sentimental one’ (ASJ, 108). As James Chandler notes, the capacity to reflect on his feelings appears to open Yorick to a flux of potential encounters, yet it remains unclear whether such reflections ‘can be supposed to occur on a single plane of circulation, where we all reflect each other’, or ‘on an ascending scale of higher-order recognitions’.[1]

Conversely, Yorick values highly the ability to distinguish difference. His distinction between the English and the French national character relies, as if folding the principle of differentiation in on itself, on differing potentials for individuation. The French, he argues, have reached such a heightened degree within the ‘progress of their refinements’ (ASJ, 119) that, like coins ‘jingling and rubbing one against another for seventy years together […] they are become so much alike, you can scarce distinguish one shilling from another’ (ASJ, 119). The English, in contrast, are ‘like antient medals, kept more apart, and passing but few peoples hands’ and it is this propensity to remain separate that preserves ‘the first sharpnesses which the fine hand of nature has given them’ (ASJ, 119). Yorick’s further observation that ‘’tis certain the French conceive better than they combine’ (ASJ, 112) almost certainly refers to Locke’s description of wit and judgement as respectively the combining and separating of ideas, yet the peculiarity of his own narrative lies in its interplay between such atomistic and holistic impulses.

Even defining what we should search for order proves a vexed point. Yorick’s Journey begins with his reader arriving at the end of a conversation: ‘––THEY order, said I, this matter better in France––’ (ASJ, 3). Precisely what ‘matter’ is ordered ‘better’ in France remains undisclosed. Some critics, such as Martin C. Battestin, take the term to allude to Sterne’s complicated friendship as an Anglican clergyman with materialist philosophes such as Baron d’Holbach, who was instrumental in obtaining Sterne’s passport to travel through France.[2] Another solution lies in the careful arrangement of the text itself into titled scenes, or vignettes. In driving action from discourse at the Journey’s outset, Sterne, Michael Seidel argues, ‘makes the linguistic properties of utterance spatial’, but more importantly, by inscribing ‘the space for narrative projection’ in these terms, he threads the ‘matter’ of what is, or should be, well ‘order[ed]’ into the fiction’s textual weave.[3] In a prime example of Sternean slippage between text and scene, it is the order of narrative ‘matters’ – i.e. the material arrangement and divisions of the book itself – that Yorick most strongly evokes by asking that his reader interpret the end of a conversation as the beginning of his journey.

If it begins with an ending, the Journey ends with an aposiopesis, or breaking off, that again conflates text and scene. Somewhat uncomfortably for readers in the age of #metoo, the interruption provides also a pun on a grope, with Yorick’s outstretched hand catching ‘hold of the Fille de Chambre’s… END OF VOL. II.’ (ASJ, 165). As Paul Goring noted in a paper at Cambridge, the Journey’s abrupt conclusion also left Sterne’s final debt to his readers unrepaid. Its subscribers had been promised four volumes for their investment, but Sterne’s untimely death left them with only two.

Laurence Sterne, alias Tristram Shandy: ‘And When Death Himself Knocked at My Door’, by Thomas Patch, etching (1769), Metropolitan Museum of Art.

Laurence Sterne, alias Tristram Shandy: ‘And When Death Himself Knocked at My Door’, by Thomas Patch, etching (1769), Metropolitan Museum of Art.

The scene, ‘The Case of Delicacy’ (ASJ, 160), with which the Journey’s second and final volume ends, proves fascinating in light of the events that took place shortly after its publication. We leave Yorick supine and almost entombed in a bedchamber, ‘it being totally dark’ (ASJ, 165). Yorick’s hand extends ‘by way of asseveration’ (ASJ, 165) in one final reach outwards that manages to be both deathly and bawdy – in other words, Sternean. In a first-hand account of Sterne’s death in London, John MacDonald, a footman to one of Sterne’s friends, reports that when the moment came ‘He put up his hand as if to stop a blow, and died in a minute.

Our conference at Cambridge welcomed a number of distinguished speakers, including author Martin Rowson, who discussed his graphic novel adaptations of Sterne’s fictions, and Peter de Voogd, who shared his insights from amassing arguably the largest collection of Sterne’s works on the continent.

Martin Rowson delivers a guest speech at ‘Alas, Poor Yorick!’: A Sterne 250-Year Anniversary Conference’.

Martin Rowson delivers a guest speech at ‘Alas, Poor Yorick!’: A Sterne 250-Year Anniversary Conference.

My own highlight was an incisive keynote from Freya Johnston, who addressed the subject of characterisation and determinism in Sterne’s fictions. Sterne’s characters, Johnston argued, do not develop or change in his narratives so much as undergo ordeals that evince their engrained hobby-horsical inconsistencies time and again. The claustrophobia that permeates his works – in which, even when we follow Yorick on the open road, we find ourselves enclosed within discreet, archly constructed sentimental scenes – begins with Tristram’s conception of the homunculus as an already complete character-in-miniature, and culminates at the end of the Journey’s first volume with Yorick reflecting on Walter Shandy’s theory that ‘children, like other animals, might be increased almost to any size, provided they came right into the world’ (ASJ, 80). According to Walter, only the rooms in which children are confined limit the extent of their growth, a theory that Yorick considers, but equivocates in passing judgement on, in his observations of a Parisian dwarf. It is an oddly death-like vision of the human potential for growth: one in which characters come pre-formed, encased in – and stunted by – their environment. Like being born into a coffin.

– Alexander Hardie-Forsyth (Wolfson College, Oxford)

[1] James Chandler, An Archaeology of Sympathy: The Sentimental Mode in Literature and Cinema (Chicago, 2013), p.205.

[2] Martin C. Battestin, ‘Sterne among the Philosophes: Body and Soul in A Sentimental Journey’, Eighteenth-Century Fiction, 7:1 (October 1994), p.19.

[3] Michael Seidel, ‘Narrative Crossings: Sterne’s A Sentimental Journey’, Genre, 18 (1985), p.2.

Les manuscrits à la VF: découvertes et partage

First page of ‘Assassins section 2de’

Début de la copie de l’article ‘Assassins section 2de’ (Voltaire Foundation: ms.73 [Lespinasse 3], p.14).

Une petite armoire à la Voltaire Foundation abrite une collection modeste de manuscrits dont la plupart datent du dix-huitième siècle. Rassemblés par notre fondateur, Theodore Besterman, tous les documents ne concernent pas forcément (ou uniquement) Voltaire: récemment nous avons accueilli des chercheurs de l’équipe des Œuvres complètes de d’Alembert, un collègue de la British Library, et j’ai aussi été contactée par le responsable du projet de l’Inventaire Condorcet, qui me demandait de vérifier des références et de fournir, pour leur beau site, des photos de certaines lettres que Voltaire avait adressées à Condorcet dont nous possédons des copies d’époque.

C’est en cherchant une de ces lettres, en feuilletant un volume de papiers laissés par Mlle de Lespinasse, que je suis tombée sur un texte de Voltaire qui m’était familier, et cela depuis dix ans, car c’est en 2008 que j’ai participé à l’édition du second volume des Questions sur l’Encyclopédie dans les Œuvres complètes de Voltaire. Par un heureux hasard, la découverte coïncidait avec le travail de préparation de l’introduction des mêmes Questions, qui paraîtra dans quelques mois. Il ne s’agissait aucunement d’une hallucination: le texte, ‘Assassins section 2de’, est bel et bien celui de l’article ‘Assassinat’ de cet ouvrage de Voltaire en forme d’encyclopédie (article au demeurant assez méchant, où l’auteur s’attaque à Jean-Jacques Rousseau).

Selon la note inscrite en marge du titre de ce texte dans le manuscrit Lespinasse (on la voit sur la photo), Voltaire envoya l’article à D’Alembert avec sa lettre du 9 juillet 1770 (D16505). Ce qui m’a surprise, c’est que l’inclusion de cette ‘pièce jointe’ n’est pas signalée dans l’édition de la correspondance de Voltaire procurée par Theodore Besterman. La chose étonne surtout étant donné que celui-ci connaissait déjà le volume manuscrit au moment de préparer son édition (cette copie est l’unique source de la lettre qui nous occupe), et en fournit la référence dans l’apparat critique de la lettre. Il a donc apparemment jugé qu’il n’était pas pertinent de mentionner ce témoignage concernant l’envoi de l’article avec la lettre. Pourtant, il est extrêmement intéressant pour quiconque s’intéresse à la diffusion et à la pré-publication des Questions de savoir que cet article figure parmi ceux que l’auteur envoya à D’Alembert, l’un des deux responsables de l’Encyclopédie, ouvrage avec lequel les Questions entrent pour ainsi dire en dialogue.

La question se pose évidemment de savoir si le copiste disait vrai ou s’il se trompait… Mais cette petite histoire d’une trouvaille inattendue illustre l’évolution de l’esprit de l’édition critique sur la quarantaine d’années qui se sont écoulées depuis la parution de la seconde édition de la correspondance de Voltaire dans les années 1970. On a beaucoup plus tendance de nos jours à prêter attention aux détails matériels des sources et à incorporer ces indices à l’apparat critique. D’un point de vue personnel, je suis contente d’avoir trouvé ce manuscrit avant et non pas après la parution de l’introduction des Questions – où Christiane Mervaud s’intéresse à la genèse et à la diffusion de ce texte – et heureuse aussi de constater qu’il ne présente aucune variante textuelle par rapport aux deux autres manuscrits connus de cet article, qui sont conservés, assez bizarrement, dans la même armoire à la Voltaire Foundation.

– Gillian Pink

 

 

Improvement and Enlightenment

A recent invitation to talk to the Enlightenment Workshop of the Voltaire Foundation prompted me to consider the ways in which some modes of thinking common during the Enlightenment might have been inherited – directly or indirectly – from the English idea of ‘improvement’, a topic on which I had been working. By ‘improvement’ I refer to a word and a culture which were invented in England in the seventeenth century and had their most notable effects, at least initially, at home. Other countries might have been striving for improvement in practice in one way or another at the same time, but the English found a word which embraced every aspect of it, and fashioned out of it a frame of mind which had remarkable consequences.

The word ‘improve’ was first coined in England in the later fifteenth century, and it meant to make a profit from land. By the early seventeenth century the notion and word were being extended, by Francis Bacon, for example, who described learning as capable of being ‘improved and converted by the industry of man’. Then in the 1640s and 1650s the word was extended further by the Baconian reformers in the group led by the Prussian emigre Samuel Hartlib, some of whom went on to become founders of the Royal Society. Hartlib himself was most interested in promoting agricultural improvement, but the word and concept were already being applied to trade and banks, and were soon used about almost everything – including navigable rivers, fire engines, military power and the relief of the poor.

Much of this was propaganda for particular projects, and intended to profit their advocates. But improvers also had to their credit two major innovations in thinking about economic behaviour and the economy in general – two crucial components which English improvement carried with it into the eighteenth century. The first was the explicit defence of consumer appetites and luxury as legitimate roads to national wealth. In the 1670s Nicholas Barbon led a reaction against contemporary criticism of London as a monster consuming the wealth of the nation. Instead he pictured competitive consumption as the consequence of ‘emulation’, and a positive cause of both individual and national improvement. According to Barbon, ‘all men by a perpetual industry’ were ‘struggling to mend their former condition; and thus the people grow rich’. Here, for the first time, some of the moral brakes on economic appetites were being deliberately and explicitly relaxed. A whole generation before Bernard Mandeville’s infamous Fable of the Bees, self-interest was being presented as identical to the public interest.

Sir William Petty

Sir William Petty, by Isaac Fuller (1649-50).

The second intellectual innovation of the 1670s was the work of William Petty, whose tract, Political Arithmetick, advertised the method he had invented for conceptualising, analysing, and measuring the wealth and resources of states. Petty used it to produce for England the first set of national accounts ever devised, and from it he developed a wholly new kind of political economy which he manipulated to show how the power and wealth of England would soon rival those of France. While Barbon opened the way to unrestrained economic appetites, one might say, Petty showed how their consequences could be measured and predicted.

When it came to the realities of England’s economic performance after 1688, therefore, the slogan of improvement was everywhere to be seen. It was wielded by advocates of the Bank of England in 1694, by supporters of the Union with Scotland in 1707, and by a crowd of promoters of trading and insurance companies and transport improvements, on whose often hazardous enterprises England’s economic success ultimately depended. By the 1720s, when Daniel Defoe publicised England as the greatest ‘trading improving nation’[1] in the world, ‘improvement’ had become shorthand for describing and justifying the dedication of the English to the pursuit of every kind of national and personal well-being.

Daniel Defoe

Daniel Defoe, artist unknown (National Maritime Museum, London).

By the 1720s too, improvement appeared to have delivered the goods. We now know that the national income had increased rapidly in the later seventeenth century; and since the population of England had stopped growing, income per head – the standard of living – had risen even more rapidly, probably by about fifty per cent in half a century, an astonishing achievement. Improvement seemed to have created England’s material affluence, and it is no accident that in the years around 1700 the word ‘affluence’ began to be used with its modern meaning, and that ‘progress’ began to be commonly applied to material progress. It was inevitable that so successful a culture should attract foreign admirers, visitors like Voltaire who came to learn its secrets, and politicians in other states who hoped, as David Hume observed, to ‘emulate’ England and adopt improvements of their own.

The full force of an improvement culture naturally travelled first and most successfully to other English dominions, to Ireland and Scotland, and especially, and with the greatest impact, to the English colonies in America, where both Benjamin Franklin and Thomas Jefferson found ‘inventions of improvement’ proliferating in endless sequence. The language of English improvement moved less easily across the Channel because it needed translation, but that was no obstacle to the transmission of the intellectual content which lay beneath the word, and least of all to the transmission of English political economy. Its influence was notable, for example, in translations of John Law’s tract on improvement, Money and Trade (1705), into French and German in 1720, and in other economic works written in Paris at the time, which drew on English examples, like the three volumes by Ernst Ludwig Carl, Traité de la Richesse des Princes (1723), which pointed to England’s material improvement and economic progress, and Jean-François Melon’s Essai politique sur le commerce (1734), which had a chapter on political arithmetic, and an argument that France must imitate English industry if there was to be similar economic ‘progress’ there.

John Law

John Law, by Alexis Simon Belle (c. 1715-20).

The most weighty testimony to the impact of improvement in France came in the first volume of the Encyclopédie, where Diderot himself, in a long entry on ‘arithmétique politique’, paid tribute to Petty as the first practitioner of a quantitative science indispensable for any politician concerned with trying to ensure the prosperity of a state by every possible means, including ‘la perfection de l’agriculture’. It is interesting to note that the word ‘perfection’ was used again for ‘improvement’ in translations into French of some of the works of Hume and Adam Smith also written in the 1750s. The common vocabulary suggests that something of the persuasive power of improvement had become part of what one might call Enlightenment thinking.

There were doubtless other sources, besides the writings of English improvers, which contributed to similar ways of thinking; and it is undeniable that there were whole sectors of Enlightenment thought to which English authors made little contribution. Nonetheless, when historians of the Enlightenment seek to identify its greatest contribution to Western thought, and point – as some of them do – to a new political economy aimed at ‘human betterment’, they are paying tribute to English writers on improvement of the second half of the seventeenth century. They had been the first to build a whole culture around the notion that individuals, societies and states had the capacity to ‘mend their condition’ (as Barbon put it) and to demonstrate practical ways of going about it.

– Paul Slack

[1] In A Tour thro’ the whole island of Great Britain (vol.1, 1724).

Fausser le climat pour mieux s’exprimer? Stratégies de discours dans la philosophie politique de la Renaissance aux Lumières

Guiseppe Arcimboldo, ‘Hiver’ (1573).

Guiseppe Arcimboldo, ‘Hiver’ (1573). Courtesy of giuseppe-arcimboldo.org (CC by 4.0).

Pour expliquer l’hypothèse de lecture de mon livre, Les Climats du pouvoir: rhétorique et politique chez Bodin, Montesquieu et Rousseau, je voudrais me référer à la blague suivante, tirée d’un article du Dictionnaire de Trévoux:

‘Le froid, dans le figuré, est une métaphore établie; mais il ne faut point qu’elle passe les bornes: & l’Italien qui disoit à son retour de Pologne, que les personnes de ce pays-là étoient si froides, que leur conversation l’avoit enrhumé, outrait la métaphore.’ (‘Froid’, Dictionnaire de Trévoux)

Durant l’Ancien Régime, la popularité des discours climatologiques et déterministes tenait non seulement aux effets de science qu’ils apportaient à la conversation mais à leur flexibilité rhétorique. C’est pourquoi il faut noter la sagesse de l’article ‘Froid’ du Dictionnaire de Trévoux qui ironise sur la facilité des corrélations à laquelle la logique déterministe peut trop souvent donner lieu. Entre la température et le tempérament, le potentiel rhétorique des associations fait voir un glissement métaphorique qu’on peut aisément exagérer ou dissimuler à des fins multiples. Dans mon livre, qui porte sur les appropriations politiques du climat, le but n’est pas nécessairement de faire rire. Mais on retrouve le même écart créatif à l’égard de cette théorie prétendument scientifique.

C’est un ludisme qui échappe parfois aux analyses, surtout en raison du passé controversé des théories des climats. Celles-ci ne méritent souvent que des explications historiques et épistémologiques. On considère souvent le discours comme une erreur de l’époque, comme si son ‘primitivisme’ ou manque de rigueur scientifique neutralisait quelque peu sa charge ethnocentrique. D’où la tendance à expliquer les différentes versions de la théorie en bloc, en fonction d’une épistémè qui n’est plus la nôtre, mais qui entrent dans une généalogie de nos origines et de nos progrès scientifiques. Ainsi, Bodin croyait à la théorie des climats à cause des influences de la cosmologie; Montaigne et La Mothe Le Vayer y recouraient grâce à l’ouverture chorographique (géographie axée sur la description) fournie par les récits de voyage et ainsi de suite. Toutefois, de telles lectures désamorcent le déterminisme climatique et le neutralisent par l’explication. Ainsi, en soumettant le discours à des déterminismes épistémologiques, on risque de passer sous silence les logiques internes du discours, c’est-à-dire leur créativité propre.

C’est ici que je voudrais dégager l’ironie des théories des climats. Chez Bodin, Montesquieu et Rousseau, les théories des climats s’avèrent conscientes d’elles-mêmes ainsi que des erreurs géographiques qu’elles véhiculent. Autrement dit, les discours des climats ne sont pas nécessairement une chasse gardée pour les historiens de la science. Dans le cas des appropriations politiques, ils peuvent jouer un rôle prépondérant dans la structure argumentative de l’ouvrage et inviter à des usages métaphoriques. Mon livre propose une lecture en profondeur de ces arguments, tant sur la forme que sur le fond, les reliant aux grandes théories politiques de la période: la souveraineté, le constitutionnalisme et le républicanisme. J’avance que l’usage créatif du discours climatique révèle différents niveaux de lecture et différents types de lecteurs.

Charles-Louis de Secondat, Baron de La Brède et de Montesquieu

Charles-Louis de Secondat, Baron de La Brède et de Montesquieu (anonymous portrait, 1728). Public domain.

Pour revenir à la blague du Trévoux, il faut cependant convenir que, contrairement à la voix narrative qui annonce l’humour du ‘rhume’, les corrélations température-tempérament des déterminismes climatiques tendent à estomper leurs marques énonciatives. La tentative est de confiner à une vérité scientifique. La dimension rhétorique se dissimule derrière l’observation empirique. De là, le discours se réclame d’une vérité physique, des observations avérées par la connaissance géographique, pour objectiver une position scientifique, que mon étude explique, de différentes manières, comme un homme de paille. C’est ce voile de la ‘scientificité’ qui abrite une stratégie détournée ou ‘ésotérique’ (Leo Strauss) de représenter le pouvoir. Moins des ‘caractères’ sociologiques ou des indices de la diversité humaine, les climats cachent une philosophie du pouvoir. Une grande partie de mes analyses expliquent le pourquoi de cette dissimulation que les théories de Strauss – mais aussi l’héritage des miroirs des princes – aident à structurer. Pour les modèles gouvernementaux et absolutistes de l’Ancien Régime, le discours climatique sera envisagé en tant qu’un idiome destiné aux législateurs, qui imite le manque de transparence de leur pouvoir, c’est-à-dire les arcana imperii, afin de mieux les influencer.

– Richard Spavin

Sade: a national treasure?

What do Ian McKellen and the Marquis de Sade have in common? They’re both national treasures in their respective countries.

Manuscript of Les Cent vingt journées de Sodome.

In Britain, a national treasure is someone who’s been around for quite a while, and generally regarded with respect and affection. Think Judi Dench and David Attenborough, Joanna Lumley and Alan Bennett, who are probably Britain’s favourite national treasures even though they might blanch at the label. Such is the enduring love for these reassuring yet sometimes quirky figures that even when scandal strikes – as when La Lumley was embroiled in that ghastly garden bridge brouhaha – we collectively sigh, shrug and continue in our comfortable love. This points to a trait common to many British national treasures: their pasts as well as their presents are rarely conservative. Though they may have a traditional keep-calm-and-carry-on attitude, there’s often something irreverent, naughty or even queer about them – think of Irvine Welsh, Helen Mirren and David Hockney. That’s why Kate Moss is already a national treasure, Nicola Adams might be one day, but the Queen will never be. Longevity doesn’t translate into insipidness, and Mary Beard exemplifies how a national treasure continues to stimulate, provoke and upset (some of) us.

National treasures in France, however, are not people but ‘des biens culturels qui présentent un intérêt majeur pour le patrimoine national au point de vue de l’histoire, de l’art ou de l’archéologie’, and whose expatriation is temporarily blocked so that their value can be determined by experts and potentially for the State to raise sufficient funds for their purchase. On 18 December 2017 France’s Ministère de la culture declared the manuscript of Sade’s 120 journées de Sodome to be a ‘trésor national’, a decision taken just before the twelve-metre long scroll was about to be auctioned off as part of a sale of manuscripts owned by the now discredited company Aristophil, a French investment firm that went bankrupt in 2015 after buying more than a 100,000 manuscripts and whose founder was charged with fraud last year. Sade’s scroll – as well as André Breton’s Manifestes du surréalisme which were also owned by Aristophil and were similarly designated a national treasure – cannot leave France for at least thirty months, during which time the State is expected to rustle up the funds to purchase it at a price such as it would reach on the international market. According to Le Figaro, that sum is in the region of 8 million euros, slightly more than the 7 million euros paid by Aristophil, which bought the manuscript in 2014, the bicentennial of Sade’s death.

Les 120 journées de Sodome – described by its author as the ‘récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes’, and somewhat surprisingly by both the Daily Telegraph and the Daily Mail as ‘an erotic masterpiece’ – appeared in the Pléiade series in 1990 and as a Penguin Classic in 2016. As the official website of the Ministère de la culture notes, ‘ce manuscrit, remarquable par sa forme particulière résultant des conditions de sa création en cellule lors de l’incarcération du marquis de Sade à la Bastille, son parcours fort mouvementé, sa réputation sulfureuse et son influence sur un certain nombre d’écrivains français du XXème siècle, est d’une importance majeure dans l’œuvre de Sade, en tant que premier véritable ouvrage, à la fois le plus radical et le plus monumental, bien que resté inachevé.’ Frédéric Castaing, member of the committee that advises on which works should be classified as national treasures, is quoted in the New York Times as describing Les 120 journées as a work that ‘that challenges, that reaches into the depths of humanity, of the obscure, […] a serious document of literature, of France’s literary history.’ Its canonization is now complete and irrefutable.

Ironically, Les 120 journées de Sodome works against the idea of nationhood. One of the books that inspired Sade’s novel is the Abbé Bertoux’s Anecdotes françaises (1767), which provides a pithy story or two to exemplify the ‘mœurs, […] usages et […] coutumes’ of the French nation for many of the years since 487. In contrast to Bertoux, who deploys the conventional anecdote to forge a collective and nationalist readership, Sade uses the obscene anecdote to create an individual and subversive reader. And yet there is a logic to this violent, obscene and radically atheist novel being declared – and publicly funded – as a national treasure. Sade writes in ‘Français, encore un effort si vous voulez être républicains’, the political pamphlet intercalated in La Philosophie dans le boudoir (1795):

‘Que les blasphèmes les plus insultants, les ouvrages les plus athées soient ensuite autorisés pleinement, afin d’achever d’extirper dans le cœur et la mémoire des hommes ces effrayants jouets de notre enfance [the phrase “effrayants jouets de notre enfance” of course refers to religion]; que l’on mette au concours l’ouvrage le plus capable d’éclairer enfin les Européens sur une matière aussi importante, et qu’un prix considérable, et décerné par la nation, soit la récompense de celui qui, ayant tout dit, tout démontré sur cette matière, ne laissera plus à ses compatriotes qu’une faux pour culbuter tous ces fantômes et qu’un cœur droit pour les haïr.’

With his manuscript now classified as a national treasure, it transpires that Sade has won just that kind of prize. Whether his fellow Europeans are in the mood to award a similar prize is less clear for now.

– Thomas Wynn, Durham University

Thomas Wynn’s translation and edition of The 120 Days of Sodom, produced in collaboration with Will McMorran (Queen Mary, University of London), was published by Penguin Classics in 2016.