Françoise de Graffigny, gouvernante et observatrice de l’éducation des femmes

Mme de Graffigny

Françoise de Graffigny by Pierre-Augustin Clavareau. Lunéville, musée du château des Lumières. Photo: T. Franz, Conseil départemental 54.

Pour marquer la Journée internationale des femmes nous nous tournons vers Françoise de Graffigny (1695-1758), femme de lettres dont le talent était reconnu dans toute l’Europe. Sa Correspondance montre son indépendance, son dévouement à sa pratique de romancière et de dramaturge, son esprit critique, son langage franc et réaliste.

Fille d’un militaire attaché à la cour de Lorraine, et admise au cercle qui entourait la duchesse Elisabeth-Charlotte et ses enfants, elle n’étudiait ni le latin ni l’orthographe, mais elle chantait, dansait, jouait de la vielle, brodait, plaisait par sa façon de parler et de raconter, et montait sur les planches dans les comédies de la cour. Veuve à l’âge de 30 ans, et ayant perdu trois enfants en bas âge, elle s’occupa de l’éducation d’au moins une des ses jeunes parentes, Anne-Catherine de Ligniville. Elle aida la marquise de Grandville lorsque celle-ci donna naissance à un enfant en 1735, et elle avait plusieurs filleules pour qui elle gardait de l’affection.

La Correspondance de Mme de Graffigny.

La Correspondance de Mme de Graffigny, 15 vol. (Oxford, 1985-2016).

Après avoir quitté la Lorraine, elle s’installa à Paris en octobre 1739 comme dame de compagnie de la duchesse de Richelieu, et après la mort de celle-ci, devint en 1740 dame de compagnie de la princesse de Ligne. Elle se lia d’amitié avec plusieurs gouvernantes des enfants Richelieu, notamment Mme Copineau, pour qui elle trouva un emploi de gouvernante à la cour de Vienne. Plus tard, reconnue comme un auteur célèbre et un modèle de sagesse, Graffigny composa des lettres édifiantes qu’elle envoya aux archiduchesses Marie-Anne et Marie-Elisabeth de Habsbourg-Lorraine, et à Marie-Thérèse de Cobenzl.

Graffigny critique l’éducation traditionnelle des femmes françaises dans son roman Lettres d’une Péruvienne (éditions de 1747 et 1752), et elle examine ailleurs dans son œuvre le rôle de la gouvernante, sa situation ambiguë entre dame et servante, et les inconvénients de son état: dépendance financière et sociale, soumission aux caprices des maîtres, la tâche (poignante pour Graffigny) de soigner les enfants d’autrui. Dans Cénie (1750), la pièce sentimentale qu’elle appela d’abord ‘La Gouvernante’, Orphise, la gouvernante vertueuse de l’héroïne Cénie, découvre dans une scène qui fit pleurer tous les spectateurs qu’elle est la mère biologique de sa pupille. En 1749, Graffigny écrit à Devaux: ‘J’ai encore un peu retouché “La Gouvernante” ce matin, et tout en corrigeant les phrases, j’ai pleuré moi-même.’

La Fille d'Aristide, title pages.

Two variant title pages of the original edition of La Fille d’Aristide (Paris, 1759).

Dans une autre pièce datant de la même époque, ‘La Brioche’, forme primitive de La Fille d’Aristide (1758), elle dépeint la gouvernante Lisette, qui dépasse les autres personnages de la pièce par son esprit, son sens de l’honneur et sa générosité; bénéficiaire d’une éducation exceptionnelle, elle gère les affaires du maître Géronte, arrange le mariage de sa fille et assure la fortune de son fils. Lisette explique ses ‘sentiments’ ainsi:

‘Je les dois tous aux bontés de ma défunte maîtresse; elle les étendit jusqu’à donner à une pauvre orpheline la même éducation qu’à sa propre fille.’

Mme de Graffigny manuscript.

Portion of ‘La Brioche’ manuscript (Yale University, Beinecke Library, Graffigny Papers, vol.79, p.17).

Comme Cénie et Orphise, Lisette est une étrangère au sein de la famille; à la fin elle refuse le mariage et reste maîtresse de sa vie. Ce personnage roturier, considéré trop osé par les amis de Graffigny, est remplacé par la fille adoptive Théonise dans La Fille d’Aristide.

Pendant toute sa vie, Graffigny compta parmi ses amies des femmes indépendantes, très différentes les unes des autres par leur niveau d’éducation et leur rang social. Elles participaient aux débats de l’époque, jugeaient les personnages avec lucidité, et ajoutaient sans doute du poids aux observations relatives à l’éducation des femmes et à l’exploration honnête des sentiments qui marquent l’œuvre de Graffigny. On trouve un excellent exemple de cette force de personnalité dans sa protégée Anne-Catherine de Ligniville, qui fit un effort extraordinaire pour rendre possible son mariage d’amour avec Helvétius, et qui prit la défense de son mari en 1758 lors de la condamnation de son livre De l’Esprit.

– Dorothy P. Arthur

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VF networking at 2014/15 academic conferences

Colonial Williamsburg

Colonial Williamsburg

In March I visited Colonial Williamsburg where I was ‘personning’ the bookstand at the annual ASECS.

I stayed at the Cedars B&B (rather than the plush conference hotel), and as usual I enjoyed meeting existing ‘friends of the VF family’ (those who already know of and have collaborated with us) and making new VF friends.

A visit to historic Jamestown

A visit to historic Jamestown

Over 900 academics attended to give papers on panels, network, and browse the book display – mostly to capture information for their libraries to order as well as make some individual purchases. Also to do some 18C tourism! My own tourism treat was a visit to the Jamestown settlement.

Other members of the VF team are also out and about this Spring/Summer.

In May, our MHRA Research Associate Nick Treuherz is giving a paper at the Virtue and Enlightenment conference at Reid Hall, University of Kent, Paris, and Nicholas Cronk is the co-organiser of an ITEM study day on Enlightenment manuscripts at the IEA.

In June, we always attend the Journées Voltaire organised by the Société des Etudes Voltairiennes (SEV), this year on the theme of Voltaire: les voyages de l’esprit libre?

In July, part of the final volume in the Correspondence of Mme de Graffigny is the subject of David Smith’s talk at the Graffigny colloquium at the Château de Lunéville, called the Versailles of Lorraine.

The Château de Lunéville

The Château de Lunéville

Also Lyn Roberts will be attending the Society for the Study of French History conference in Durham on the theme of History and the senses.

Looking ahead to 2015

The annual BSECS conference in January at St Hugh’s College, Oxford is on the theme of Riots, Rebellions and Revolutions.

The VF co-funds an annual travel prize.

The Voltaire Foundation's stand at the Colonial Williamsburg ASECS

The Voltaire Foundation’s stand at the Colonial Williamsburg ASECS

Many of us will be attending the next ISECS conference in July in Rotterdam on the theme of Opening Markets, Trade and Commerce in the Eighteenth Century. Founded by Theodore Besterman (who also founded the VF), this will be the 50th anniversary conference (and then for 2019 the ISECS conference returns to Scotland, where it started).

Will you be at any of these events? If so, please do get in touch via the comments or by emailing email@voltaire.ox.ac.uk – as always we’d love to hear from you!

–Clare