Voltaire editor, edited and re-edited

The first posthumous edition of Voltaire’s complete works, printed in Kehl in 1784 and financed by Beaumarchais, was recently the subject of a 900-page thesis (Linda Gil, Paris-Sorbonne, 2014). The latest volume of the Œuvres complètes de Voltaire, not lagging far behind, at 604 pages, also started life with this 70-volume edition as its focus, in particular the nearly 4000 pages that make up what the editors call the ‘Dictionnaire philosophique’. Under this title, made up in large part of Voltaire’s 1764 Dictionnaire philosophique portatif (later La Raison par alphabet) and the 1770-1772 Questions sur l’Encyclopédie, the Kehl editors included a number of previously unknown articles and fragments.

A manuscript of one of the texts in this volume (article ‘Ame’, in the hand of Voltaire’s secretary, Wagnière). Bibliothèque de Genève, Musée Voltaire: MS 34/1, f.1.

A manuscript of one of the texts in this volume (article ‘Ame’, in the hand of Voltaire’s secretary, Wagnière). Bibliothèque de Genève, Musée Voltaire: MS 34/1, f.1.

Our edition of these texts attempts to pin down what they were, when (and whether) Voltaire wrote them, whether certain groups can be discerned amongst them, and to what degree the printed record of the Kehl edition reflects the manuscripts that were actually found after Voltaire’s death – as much as is still possible, that is, after two hundred years have elapsed, and when most of the manuscript sources have long since disappeared.

As the volume moved through the stages of the editing and publishing process, it proved to be a protean thing, changing shape several times: some texts originally included in the original list of contents were found not to belong in the volume after all; others were discovered or moved in from elsewhere along the way; and once or twice new manuscripts unexpectedly came to light, changing the tentative dating and identification of one or another of the texts. What began as a simple alphabetically ordered series of about 45 texts eventually took shape as a book in four sections (of uneven length) which covers the ground of all posthumous additions to Voltaire’s ‘alphabetical works’, usually under the title ‘Dictionnaire philosophique’, from 1784, through the nineteenth-century, right up to the present day, in the form of a fragment that has in fact never before been published at all.

The chain of editorial decision-making goes further back in time than one initially realises, however, starting with Voltaire’s own apparent intention to produce a compendium of excerpts from other people’s works. As Bertram Schwarzbach adumbrated in 1982, twenty-four of the texts in this volume (with a possible twenty-fifth), show Voltaire (or one of his secretaries, perhaps?) re-working existing writings by others in what sometimes strongly resembles current practices of copying and pasting, much as we move sentences and parts of sentences around using a word processor. This in no way suggests that Voltaire was guilty of plagiarism: to begin with, he did not publish these re-workings in his own lifetime; furthermore, the boundaries of editing, re-publishing and re-purposing in the late eighteenth century were different than they are today. But the fact that these manuscripts were found amongst Voltaire’s papers meant that his early editors believed them to be by him (with one exception, ‘Fanatisme’, which they recognised as an abridged version of Deleyre’s Encyclopédie article). Thus were these texts eventually published under Voltaire’s name in the Kehl edition, leading to a (partly) unintentional distortion of the Voltairean canon, perpetuated in all subsequent editions until the Oxford Œuvres complètes. Questions such as these are soon to be addressed more generally in a one-day conference: ‘Editorialités: Practices of editing and publishing’, and Marian Hobson has written elsewhere about the value of critical editions. It is in part thanks to modern-day editorial work that the editor-generated puzzles of over two centuries ago are now being unpicked: a neat illustration of just how much the role of editor has changed in that time.

– Gillian Pink

Advertisements

Fanatisme

Pour la France, et pour Paris en particulier, l’année 2015 se sera terminée aussi douloureusement qu’elle avait commencé. Il nous a paru opportun, pour cette dernière livraison avant le nouvel an, de revenir sur la place centrale qu’occupait le combat contre l’intolérance chez Voltaire et ses amis philosophes.

La Liberte

‘La Liberté armée du Sceptre de la Raison foudroye l’Ignorance et le Fanatisme’ / Dessiné par Boizot; Gravé par Chapuy. 1793-1795. Paris, BnF.

Voltaire écrivit maintes fois contre le fanatisme religieux et ses conséquences néfastes pour le genre humain. Mais il appréciait également les textes des autres dans ce domaine. L’un de ces écrits, l’article ‘Fanatisme’ de l’Encyclopédie, rédigé par Alexandre Deleyre, a fait l’objet d’une réécriture voltairienne, où le Patriarche condense ce qui était déjà un texte frappant pour le rendre encore plus incisif. Cette réécriture fait partie d’un groupe de textes publiés de façon posthume à partir de manuscrits tombés entre les mains de ses éditeurs. Cet ensemble difficile à interpréter, provisoirement appelés les ‘manuscrits de Kehl’, sera publié dans la série des œuvres alphabétiques de Voltaire au sein des Œuvres complètes. Dans cet article ‘Fanatisme’, Voltaire emprunte donc la voix d’autrui pour disséminer une énième fois le message contre l’intolérance et la superstition:

« Imaginons une immense rotonde, un panthéon à mille autels, et placés au milieu du dôme; figurons-nous un dévot de chaque secte, éteinte ou subsistante, aux pieds de la divinité qu’il honore à sa façon, sous toutes les formes bizarres que l’imagination a pu créer. A droite, c’est un contemplatif étendu sur une natte, qui attend, le nombril en l’air, que la lumière céleste vienne investir son âme. A gauche, c’est un énergumène prosterné qui frappe du front contre la terre, pour en faire sortir l’abondance. Là c’est un saltimbanque qui danse sur la tombe de celui qu’il invoque. Ici c’est un pénitent immobile et muet comme la statue devant laquelle il s’humilie. L’un étale ce que la pudeur cache, parce que Dieu ne rougit pas de sa ressemblance; l’autre voile jusqu’à son visage, comme si l’ouvrier avait horreur de son ouvrage. Un autre tourne le dos au Midi, parce que c’est là le vent du démon; un autre tend les bras vers l’Orient, où Dieu montre sa face rayonnante. De jeunes filles en pleurs meurtrissent leur chair encore innocente, pour apaiser le démon de la concupiscence par des moyens capables de l’irriter; d’autres, dans une posture tout opposée, sollicitent les approches de la Divinité. Un jeune homme, pour amortir l’instrument de la virilité, y attache des anneaux de fer d’un poids proportionné à ses forces; un autre arrête la tentation dès sa source, par une amputation tout à fait inhumaine, et suspend à l’autel les dépouilles de son sacrifice.

« Voyons-les tous sortir du temple, et pleins du Dieu qui les agite, répandre la frayeur et l’illusion sur la face de la terre. Ils se partagent le monde, et bientôt le feu s’allume aux quatre extrémités; les peuples écoutent, et les rois tremblent. Cet empire que l’enthousiasme d’un seul exerce sur la multitude qui le voit ou l’entend, la chaleur que les esprits rassemblés se communiquent, tous ces mouvements tumultueux, augmentés par le trouble de chaque particulier, rendent en peu de temps le vertige général. C’est assez d’un seul peuple enchanté à la suite de quelques imposteurs, la séduction multipliera les prodiges, et voilà tout le monde à jamais égaré. L’esprit humain une fois sorti des routes lumineuses de la nature, n’y rentre plus; il erre autour de la vérité, sans en rencontrer autre chose que des lueurs, qui, se mêlant aux fausses clartés dont la superstition l’environne, achèvent de l’enfoncer dans les ténèbres. »

– G.P.