In search of lost rhymes

Volume 84 of the Œuvres complètes de Voltaire (to be published next year by the Voltaire Foundation) includes a section containing a large number of poems that have at one time or another been attributed to Voltaire. Many are clearly not by Voltaire; a few can be shown to be by him; some remain undecided. The search for evidence and information to help establish the facts can follow unexpected paths.

In 1757 Le Portefeuille trouvé published a sextain which it attributed to Voltaire:

               Vers envoyés à M. Sylva
Au temple d’Epidaure on offrait les images
Des humains conservés et guéris par les dieux,
Sylva, qui de la mort est le maître comme eux,
Mérite les mêmes hommages:
Esculape nouveau, mes jours sont tes bienfaits,
Et tu vois ton ouvrage en revoyant mes traits.

Jean-Baptiste Silva (1682-1742) was a celebrated physician with whom Voltaire had had some dealings, and whom he praises in the second Discours sur l’homme. Voltaire, though, in the Notes sur M. de Morza (1774),[1] denied having written these lines. Nevertheless editors have continued to attribute them to him. In 1833 the Beuchot edition gives a fuller explanatory title: Vers envoyés à M. Sylva, premier médecin de la reine, avec le portrait de l’auteur, where the sense of the first and last lines becomes clearer.

In August 1778, three months after Voltaire’s death, the Journal des savants published the poem with the sextain followed by a quintain:

Esculape français, recevez cet hommage
De votre frère en Apollon.
Ce Dieu vous a laissé son plus bel héritage,
Tous les dons de l’esprit et ceux de la raison;
Mais je n’ai que des vers, hélas! pour mon partage.

In March 1779 L’Esprit des journaux gave the same text. What is to be made of this? Has someone merely added a few lines, or is this based on a manuscript found among Voltaire’s papers? The quintain seems an unnecessary addition.

An answer comes from an unforeseen quarter. In June 1915 Sir William Osler, Regius Professor of Medicine at Oxford University, and Student (that is, Fellow) at Christ Church College, published an article, ‘Israel and medicine’, in The Menorah Journal. In this he states:

‘One of the special treasures of my library is a volume of the Henriade superbly bound by Padeloup, and a presentation copy from Voltaire to de Silva, given me when I left Baltimore by my messmates in ‘The Ship of Fools’ (a dining club). Voltaire’s inscription reads as follows:

A Monsieur Silva, Esculape François. Recevez cet hommage de votre frère en Apollon. Ce Dieu vous a laissé son plus bel héritage, tous les Dons de l’esprit, tous ceux de la raison, et je n’eus que des Vers, hélas, pour mon partage.”’

Source: gallica.bnf.fr / BnF.

The edition in question is the quarto ‘Londres, 1741’ edition, actually the 1728 edition with a new title page.

Here we have, presented as continuous prose, the added lines of the poem. Osler’s description is confirmed in Bibliotheca Osleriana: a catalogue of books illustrating the history of medicine and science (Montreal, 1969), p.497, no.5551:

‘Presentation copy; in a contemporary olive morocco binding, finely tooled, by Padeloup. The flyleaf bears the following autograph inscription by Voltaire to J. B. Silva, his friend and physician’.

There follow the five lines of verse.

Image supplied by the Osler Library of the History of Medicine, McGill University.

Christ Church has a copy of La Henriade in its special collection, but unfortunately it is not this volume. Osler’s library was bequeathed to McGill University, his alma mater, and there the volume resides. Despite the confidence of Osler and the catalogue, the inscription is not in Voltaire’s hand. At this period, 1741-1742, Voltaire had several secretaries and it is not currently possible to establish if this hand belongs to one of them. It may indeed have been transcribed by a clerk in a printer’s office. The standard of writing is not as might be expected for a presentation.

So we do not have absolute proof that either of these poems is by Voltaire, but the evidence does suggest that they were.

– Martin Smith

[1] Œuvres complètes de Voltaire, vol.76 (Oxford, 2013), p.544.

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La beauté du débris

André Chénier

André Chénier, par Gabriel-Antoine Barlangue (1950), d’après Joseph Benoît Suvée (1795) – Image WikiTimbres.

L’inscription des poésies d’André Chénier au programme de l’Agrégation de Lettres modernes relève du roman.

En 2006, avait été choisi le tome premier récemment paru (2005) d’une édition nouvelle des Œuvres poétiques entreprise par Édouard Guitton et Georges Buisson pour la maison orléanaise Paradigme. N’était jusque là disponible que la vieille édition Becq de Fouquières (1872) que les éditions Gallimard avaient choisi, en 1994, de reproduire dans leur collection « Poésie / Gallimard », volonté assumée – Chénier manquait à l’appel – mais choix par défaut, pour pallier précisément l’absence de projets aboutis d’édition moderne.

Ce choix du travail (par ailleurs considérable) d’Édouard Guitton et Georges Buisson s’était révélé fort problématique. Leur édition de Chénier affichait l’ambition d’être « scientifique » et définitive mais était étouffée par l’érudition (identification des papiers, spéculations sans fin sur les dates de composition de chaque pièce). Elle entendait revenir au texte premier mais se révélait assez interventionniste (ajout de titres fantaisistes pour L’Art d’aimer, modifications de la ponctuation avec mention du désaccord entre les deux éditeurs…). Sur le plan de l’interprétation, l’orientation était à la fois biographique et hagiographique, insistait sur le destin glorieux et tragique d’un poète sacrifié par l’Histoire. Enfin, le premier tome de 2005 regroupait pour l’essentiel les premiers essais de Chénier, ses « Préludes poétiques » et ne comprenait aucune de ses pièces reconnues par la tradition comme « majeures ».

Quand la rumeur a circulé que les poésies d’André Chénier revenaient l’année prochaine au programme de l’Agrégation – quand d’autres choix de poésies auraient pu être faits, mais c’est une autre question –, le premier réflexe fut de penser que serait inscrit le tome II des Œuvres poétiques paru en 2010 et comprenant, entre autres, les Bucoliques et L’Invention. Certes, l’opus second aurait réservé son lot de surprises, à commencer par le choix d’Édouard Guitton de « cess[er] de participer à cette édition, à l’occasion d’un différend sur la manière de rendre la ponctuation à la fois méticuleuse et anomale d’A. Chénier »…

Aurait réservé, car le choix des responsables du Ministère s’est porté pour ce « retour » de Chénier à l’Agrégation… sur la vieille édition Becq de Fouquières de la collection « Poésie / Gallimard ».

Inscription en hommage à André Chénier

Inscription en hommage à André Chénier sur la tombe de son frère Marie Joseph au Père Lachaise.

Plutôt que de s’interroger sur et commenter plus avant les raisons d’un tel choix, on préférera rattacher ce « feuilleton » éditorial et institutionnel à l’histoire tragi-comique du corps poétique d’André Chénier qui fut, dès « l’origine », l’objet de toutes les attentions et de toutes les violences.

En 1872, Becq de Fouquières avait dénoncé la manière dont Henri de Latouche, maître d’œuvre de l’édition des Œuvres complètes d’André de Chénier de 1819, était intervenu sur le texte : pièces « altérées », « ïambes composés à Saint-Lazare […] disloqués, coupés, hachés ». La violence du propos était nourrie du sentiment que nombre de ces blessures étaient à jamais définitives : deux ans plus tôt en effet, en 1870, la maison de Latouche au Val d’Aulnay avait été pillée par les troupes allemandes et détruit l’ensemble des manuscrits de Chénier qui étaient en sa possession…

En 2006, après avoir déroulé l’histoire des atteintes ultérieures faites au corps poétique de Chénier (le classement par niveau d’achèvement par Paul Dimoff en 1908-1919 ; la distinction entre pièces finies et pièces ébauchées par Gérard Walter en 1940), Édouard Guitton et Georges Buisson proclamaient être parvenus à reconstituer le corps perdu, à réparer les dommages opérés par les précédents éditeurs : leur édition « réintègr[ait] résolument dans la trame d’une vie, afin de leur rendre mieux qu’un semblant d’unité, les œuvres du poète si souvent dépecées ou réduites à quelques pièces d’anthologie. » Quand on ne proposait de l’Art d’aimer jusqu’à eux que quelques « résidus épars que les éditeurs ont disloqué à qui mieux mieux », aveugles aux ruses du signifiant typographique, ils proclamaient : « Agissant à l’opposé, nous avons tenté de reconstituer l’A.A. d’A.C. ». Et de présenter plus loin un « remembrement ainsi substitué aux morcellements antérieurs », et une « réorganisation du corpus élégiaque. »

Gravure anonyme

Gravure anonyme (probablement XIXème siècle) illustrant Caïus Gracchus, de Marie Joseph Chénier.

Sous ce qu’il faut bien appeler des fantasmes, dorment de nombreux mythes et une histoire familiale, dont je n’évoquerai pour finir qu’un fragment, littéraire. Deux ans avant la mort d’André dont il porterait sa vie durant le lourd poids, son frère Marie-Joseph avait fait jouer Caïus Gracchus (1792). Cette tragédie antique met en scène un héros romain, dont l’une des premières actions vise à récupérer le corps mort de son frère, égorgé sur ordre du sénat (« Je vis, je rassemblai ses membres dispersés / Ma bouche s’imprima sur ces membres glacés ») et de l’apporter à leur mère qui se remémorera douloureusement le moment « Où je vis à mes pieds le second de mes fils / De mon fils égorgé m’apportant les débris ». Plus avant dans la pièce, Caïus Gracchus ne ménagera pas ses efforts, dans une double résilience, politique et poétique, pour fédérer le peuple romain et retrouver le pouvoir : « Romains, ralliez-vous, rassemblez vos débris »…

– Jean-Christophe Abramovici
Université Paris-Sorbonne