Nouvelles perspectives sur les manuscrits des Lumières

Dans le cadre superbe de l’hôtel de Lauzun, l’Institut d’études avancées de Paris a accueilli le 26 mai 2014 une journée d’étude destinée à faire le point sur certaines des découvertes récentes dans la recherche sur les manuscrits du Siècle des Lumières. Depuis quelques années, l’actualité attire l’attention sur certains manuscrits mythiques, comme celui d’Histoire de ma vie de Casanova qui a rejoint les collections publiques de la Bibliothèque nationale de France en 2010 grâce à un mécène, ou bien tout récemment, le rouleau des 120 journées de Sodome de Sade enfin de retour à Paris, pour y être exposé à l’automne au Musée des Lettres et Manuscrits.

NF_ill1

Le manuscrit des 120 journées de Sodome

Les salles de vente bruissent des papiers des écrivains du XVIIIe siècle: ceux d’Emilie du Châtelet sont passés il y a peu aux enchères ainsi que dernièrement ceux de Portalis, l’un des auteurs du Code civil, dont la Cour de Cassation a réussi à acquérir le dossier génétique complet d’une de ses œuvres, la Consultation sur la validité des mariages protestants de France, qui comprend une copie au net annotée de la main de Voltaire.

Tandis que les manuscrits sortent des coffres et s’exposent derrière des vitrines ou sur des écrans numériques, de leur côté les chercheurs se lancent dans leur patiente analyse. Ce fut le but de cette journée, organisée par Nicholas Cronk, Nathalie Ferrand et Andrew Jainchill en collaboration avec l’équipe Ecritures du XVIIIe siècle de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes, de montrer tout l’intérêt, pour la compréhension et l’interprétation des œuvres, de l’étude de leurs états préparatoires et remaniés.

La page de titre des Considérations sur le gouvernement du marquis d’Argenson (1764)

La page de titre des Considérations sur le gouvernement du marquis d’Argenson (1764)

Ouvrant la matinée avec une intervention consacrée au marquis d’Argenson, Andrew Jainchill (Queen’s University, IEA) a présenté quatre états manuscrits de ses Considérations sur le gouvernement ancien et présent de la France, l’une des critiques les plus vives de la monarchie française au XVIIIe siècle – citée plusieurs fois dans le Contrat Social – dont il put interpréter l’évolution en fonction des additions de l’auteur dans ses différentes versions.

Après la théorie politique, c’est la philosophie naturelle de Mme du Châtelet qui fut l’objet d’une étude menée par Karen Detlefsen (U. of Pennsylvania) et Andrew Janiak (Duke U.), à partir d’une comparaison des manuscrits de ses Institutions de physique conservés à Paris et à Saint-Pétersbourg. Dans l’après-midi, Nicholas Cronk (U. of Oxford, IEA) a présenté les dernières découvertes dans le domaine voltairien, et a montré à quel point la recherche des manuscrits est féconde – y compris pour des auteurs canoniques comme Voltaire dont on croit tout savoir –, puisqu’on continue de découvrir de nouveaux manuscrits qui renouvellent les connaissances établies.

Au plus près du papier et des instruments d’écriture des auteurs, Claire Bustarret (CNRS-EHESS) a ensuite présenté les apports de la codicologie pour déterminer les campagnes d’écriture au sein de corpus manuscrits imposants, comme dans le cas des papiers de Condorcet. La journée s’est achevée par une intervention de Nathalie Ferrand (CNRS-ENS) sur l’importance croissante accordée aux manuscrits d’auteurs au sein des études dix-huitiémistes et sur le rôle qu’ont pu jouer les manuscrits des Lumières dans l’émergence progressive de la critique génétique au cours du XXe siècle, concluant par l’interprétation génétique d’une page de La Nouvelle Héloïse que Rousseau récrit en puisant au lyrisme du Tasse.

– Nathalie Ferrand, Ecole normale supérieure-CNRS

Caption: Page de corrections de La Nouvelle Héloïse de la main de J.-J. Rousseau

Caption: Page de corrections de La Nouvelle Héloïse de la main de J.-J. Rousseau

Advertisements

Emilie Du Châtelet defends her life

Last night several of us went the short distance from the Voltaire Foundation to the intimate Simpkins Lee Theatre at Lady Margaret Hall to see Emilie: la marquise Du Châtelet defends her life tonight by Lauren Gunderson. Knowing nothing of the play, but a little about Emilie Du Châtelet, I was braced for an evening of nudity (read about the butler’s embarrassment here), gambling and adultery. I can assure you that it wasn’t. The Emilie Du Châtelet presented in this play is very much appropriate for a general audience wanting to find out about a woman scientist of the Enlightenment. Unfortunately the play presented quite a one-sided oversimplification of her life, with no hint, for example, of the bullying to which she subjected Mme de Graffigny. It seems wrong somehow, in a play about a possible feminist icon, to reduce another one to a mere annoying houseguest.

La marquise Du Châtelet, by Nicolas de Largillière

La marquise Du Châtelet, by Nicolas de Largillière

We had no such misgivings about the production. All the actors were fun to watch for their enthusiasm and quirkiness. The older Emilie Du Châtelet put in a great performance, despite the punishing task of being on stage for the entire play, including the interval. We particularly enjoyed the highly expressive face of her father, husband and new young lover (all played by the same actor). But Voltaire naturally stole the show for us!

Emilie defends her life again tonight and until 15 February 2014.

Anyone curious to round out their knowledge of Emilie Du Châtelet should read Emilie du Châtelet: rewriting Enlightenment philosophy and science, edited by Judith P. Zinsser and Julie Candler Hayes, or Cirey dans la vie intellectuelle du XVIIIe siècle: la réception de Newton en France, edited by François De Gandt (in French).

– ACB