Le voyage de trois élèves de St Albans à Oxford

De g. à d.: Jamie, Chris, Will et Dimitri.

Le 15 janvier 2019, nous sommes partis de St Albans School pour visiter la Fondation Voltaire à Oxford afin de rencontrer le professeur Nicholas Cronk et le Dr Gillian Pink, avec l’intention d’en savoir plus sur leur travail à la Fondation. Après une heure et demie de route, nous sommes arrivés à notre destination. Le but de notre visite à la Fondation était d’améliorer notre compréhension des contes philosophiques de Voltaire Zadig et Micromégas pour notre examen de Pre-U. Nous savions que c’était une chance incroyable de pouvoir visiter la Fondation.

Conversation avec le professeur Cronk et le Dr Pink

De g. à d.: Will, Chris, Dimitri, Dr Pink, Pr Cronk.

Le Dr Pink et le professeur Cronk nous ont expliqué comment l’institut avait été établi et les buts de la Fondation. En discutant avec le professeur Cronk, nous avons aussi découvert les thèmes principaux des deux contes, ce qui nous sera bénéfique sans doute pour nos examens de Pre-U cet été. Nous avons discuté en particulier des problèmes du mal, de la différence entre la providence et la destinée et la différence entre la conclusion leibnizienne de Zadig et la critique sévère de Leibniz dans le conte de Candide. Nous avons d’abord examiné le problème du mal dans un contexte historique et philosophique et la question de l’existence d’un Dieu et des cruautés du monde.

Chris et le Dr Pink examinent une lettre de Voltaire.

Nous avons ensuite discuté pour savoir si, dans le conte de Zadig, Voltaire aborde ce problème en utilisant l’ironie, ou s’il essaie de nous donner l’occasion d’y réfléchir nous-mêmes en ne tirant pas de conclusion. C’est une œuvre de fiction dans le style d’un conte oriental. Ensuite nous avons parlé du rôle des sciences dans le conte de Micromégas. Nous avons fini la séance en regardant d’anciennes lettres de Voltaire adressées à ses amis. On peut vraiment dire que c’était une expérience unique et inoubliable pour tout le monde. Nous étions vraiment ravis de pouvoir tenir un moment d’histoire entre nos mains et de voir la vraie signature d’un tel écrivain.

Ce qui leur arrive à la ‘Voltaire Room’

Dimitri, plongé dans une édition originale.

En arrivant à la Taylor Institution, on a rencontré Nick Hearn, qui nous a montré plusieurs livres originaux de Voltaire. Par exemple, on a eu la chance de tenir un manuscrit authentique entre nos mains et Nick Hearn nous a montré une édition originale de Micromégas, imprimée en 1752.

– Chris, Dimitri et Will, St Albans School

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Apprivoiser ses livres: Voltaire ‘marginaliste’

Les marginalia sont un phénomène auquel on s’intéresse de plus en plus, comme l’illustre par exemple le répertoire Annotated Books Online. Paradoxalement, à une époque où il est souvent mal vu d’écrire dans ses livres, d’en corner les pages, ou de les déchirer, les historiens du livre étudient les traces de lecture anciennes et montrent que défigurer un livre peut lui donner du prix, comme le reconnaît Andrew D. Scrimgeour, responsable des bibliothèques à Drew University au New Jersey. Les auteurs J. J. Abrams et Doug Dorst, pour leur part, ont trouvé dans la pratique des notes marginales une structure et un thème propices pour un roman.

Jean Racine, Œuvres, t.2, p.423. Bibliothèque nationale de Russie.

Jean Racine, Œuvres, Paris, 1736, t.2, p.423. Bibliothèque nationale de Russie.

‘Je voudrais bien savoir quel est l’imbecille […] qui a défiguré par tant de croix et qui a cru rempli de fautes le plus bel ouvrage de notre langue’: c’est ainsi que Voltaire réagit en marge aux traces qu’un autre a laissé dans son exemplaire des Œuvres de Racine. Mais dès qu’il devient lecteur à son tour, tout est possible. Sur une période de plus de cinquante ans, Voltaire a écrit dans les livres qui passaient entre ses mains: c’est le sujet de ma monographie, Voltaire à l’ouvrage, tout récemment parue. En tant qu’auteur célèbre, il a compris que ces traces avaient de la valeur et il lui arrivait d’offrir des exemplaires annotés à d’illustres connaissances et à des personnes de son entourage. Il a peut-être même pressenti qu’on allait s’intéresser à sa bibliothèque après sa mort, car certains commentaires marginaux semblent attendre un lecteur futur: ‘tout cela est de moy / jecrivis cette lettre’, note-t-il à côté d’un texte que Jean-François, baron de Spon cite comme ayant été présenté aux Etats-Généraux de Hollande en octobre 1745 – une espèce de ‘j’y étais!’ laissé pour la postérité.

Jean François, baron de Spon,Mémoires pour servir à l’histoire de l’Europe, depuis 1740 jusqu’à la paix générale signée à Aix-la-Chapelle, t.3, p.51. Bibliothèque nationale de Russie.

Jean François, baron de Spon, Mémoires pour servir à l’histoire de l’Europe, depuis 1740 jusqu’à la paix générale signée à Aix-la-Chapelle, Amsterdam, 1749, t.3, p.51. Bibliothèque nationale de Russie.

Tous les marginalia de Voltaire contenus dans les livres de sa bibliothèque personnelle sont désormais disponibles: le neuvième tome du Corpus des notes marginales vient de paraître. Cette publication clôt le premier volet du projet commencé pendant les années 1960 à la Bibliothèque nationale de Russie. (Un dixième tome fournira les traces de lecture de Voltaire qu’on connaît en dehors de sa bibliothèque.) Le Corpus, dont la publication a été reprise dans les Œuvres complètes de Voltaire sous la direction de Natalia Elaguina à partir des années 2000, donne à chacun la possibilité de se plonger dans l’univers des lectures de Voltaire, monde à moitié imprimé, à moitié manuscrit, et constitue un outil formidable pour redécouvrir cet auteur pourtant déjà si connu.

Les traces de lecture de Voltaire permettent de traquer les origines de ses propres textes, grâce aux signets, aux soulignements et aux réactions en marge qui marquent des passages qu’il cite, qu’il conteste ou qu’il transforme dans ses écrits. Les notes comprennent des réactions ludiques et polémiques qui désorganisent parfois la lecture de l’imprimé, tels ses ajouts manuscrits à la page de titre des Erreurs de Voltaire de Claude-François Nonnotte, et des corrections qu’il a faites pour des amis (à paraître dans le tome 10 du Corpus).

Claude-François Nonnotte, Les Erreurs de Voltaire. Bibliothèque nationale de Russie.

Claude-François Nonnotte, Les Erreurs de Voltaire. Bibliothèque nationale de Russie.

Les rapports que Voltaire entretient avec ses livres sont fortement ancrés dans la matérialité de l’objet. Ainsi, il introduit des plis, des entailles dans le papier, il exploite adroitement les différents espaces blancs à sa disposition, il démembre des volumes, les refait à sa manière, il utilise encres, crayon de plomb, sanguine, et crayons de couleurs pour laisser ses traces sur la page. Voltaire aurait apprécié les fonctions de recherche et de repérage offertes par le Kindle, les fichiers pdf et autres manifestations du numérique. Ces technologies permettent de joindre des annotations au texte, mais n’accordent pas les mêmes possibilités d’un corps à corps qui caractérise la lecture telle qu’il l’a pratiquée. Dans Voltaire à l’ouvrage, je me penche également sur les lectures faites dans différentes langues, et sur le style et la poétique des annotations marginales. C’était l’occasion aussi de comparer les marginalia de cet auteur à ceux d’autres lecteurs de l’époque, ce qui fournit un contexte et permet de mesurer l’originalité, ou non, des pratiques voltairiennes.

Gillian Pink