Voltaire as philosophical historian and historian of modernity

Whether from modern scholars or his contemporaries, most criticism of Voltaire’s history books boils down to one thing: Voltaire was not an academic historian. In his defence, he never claimed to be one, and his histories are all the more interesting for it. Voltaire’s histories have received renewed scholarly interest in recent years, and the Voltaire Foundation’s ‘Voltaire: historian of modernity’ research project began in 2015 with the aim of improving our understanding of Voltaire’s practice and influence as a contemporary historian of the early modern period and includes the set of critical editions of Voltaire’s ‘modern history’ texts. This year heralds the completion of the Siècle de Louis XIV,  Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, and Annales de l’Empire depuis Charlemagne multi-volume editions with the Précis du siècle de Louis XV following early next year.

The University library at Göttingen, painted by Johann Christian Eberlein (1800).

Detractors such as August Ludwig Schlözer in the Göttingen School of academic history accused Voltaire of being less concerned with historical facts and rigorous scholarship than he was with narrative and readability (Annales de l’Empire, Introduction, Œuvres complètes de Voltaire, vol.44A, p.16). His authorial voice and his distinctive style were dominant, as was his constant insistence on philosophical readings of history, attempting to extract moral lessons from the past at every turn. Naturally, Voltaire’s defenders view precisely these characteristics as advantages of his approach.[1] Pierre Rousseau, editor of the Journal encyclopédique, praised the Annales de l’Empire in 1754 for its ‘philosophical spirit’ and the ‘character of the author’ (vol.44A, p.29).

Furthermore, Voltaire’s presentism and philosophical bent constituted a deliberate move away from traditional histories, most notably Bossuet’s overtly Christian Discours sur l’histoire universelle (1681) and those emanating from academic schools of history such as Göttingen. (For a direct comparison between Voltaire and Bossuet’s styles, see our article ‘Essai sur les mœurs: What Voltaire did differently’.) Voltaire leaned towards what we would today term popular history, writing a series of accessible, enjoyable books that delivered a wealth of historical knowledge and philosophical reasoning in an appealing package.

Admittedly, he did so with a generous helping of editorialising, but it helps if we understand the context from which these books were born. In the famed querelle of the Ancients and the Moderns, Voltaire was firmly on the side of the Moderns. This influenced the shape and purpose of his historical writings: he was a historian of modernity who placed far more emphasis on recent years than on antiquity. Voltaire’s presentist approach is evident in his flagship Siècle de Louis XIV, which helped secure him the title of Royal Historiographer in 1745, and his universal history, the Essai sur les mœurs, which devotes far more pages to recent episodes than it does to the great events of ancient history, such as the rise and fall of the Roman Empire. In the section of his 1744 Conseils à un journaliste entitled ‘Sur l’histoire’, Voltaire defends his presentism:

‘Foster above all in the young more taste for the history of recent times, which is for us a matter of necessity, rather than ancient history, which is merely a matter of curiosity.’

[‘Inspirez surtout aux jeunes gens plus de goût pour l’histoire des temps récents, qui est pour nous de nécessité, que pour l’ancienne, qui n’est que de curiosité.’ (vol.20A, p.482)]

As well as a historian of modernity, Voltaire was also a philosophical historian, meaning that his histories were part and parcel of his philosophical enterprise, namely the promotion of reason and tolerance. Voltaire accordingly invented this discipline of philosophical history for himself in La Philosophie de l’histoire (vol.59). These two disciplines were symbiotic: as a history of societies closer to his own, Voltaire believed that modern history had more instructive value from a philosophical standpoint, especially to young people. Even when writing about the distant past, as he does in the early chapters of the Essai and the Annales, Voltaire is always looking forward by asking the reader the question of ‘what can we, in the present, learn from all this?’

We have a series of short introductory articles for readers wishing to explore the Annales de l’Empire in more depth:

We have a similar series of introductory articles for the momentous work of universal history, the Essai sur les mœurs et l’esprit des nations:

Samuel Bailey

 

[1] For a defence of Voltaire’s historical methodology, see Pierre Force, ‘Voltaire and the Necessity of Modern History’, Modern Intellectual History, 6:3 (2009), 457–84.

 

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Un aide-mémoire du professeur Voltaire: Les Annales de l’Empire

Il faut commencer par un peu de publicité négative. Pourquoi ne pas le dire? Les Annales de l’Empire, dont la Voltaire Foundation va publier une admirable édition en trois volumes, ne sont guère représentatives de la création voltairienne. Peu lues et jamais rééditées en dehors des collections d’œuvres complètes de l’écrivain, elles ne portent sa marque que par des aspects mineurs. Au cœur de la conception de l’Histoire dont Voltaire s’est fait le pionnier, on sait que figure l’étude des mœurs et des civilisations, comme l’illustre son livre majeur dans ce domaine, l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations. Or Les Annales de l’Empire présentent un résumé de l’histoire de l’Allemagne, ou plus précisément de l’empire romain germanique, de Charlemagne jusqu’à Charles VI mort en 1740. Ce résumé est constitué d’une longue suite de brefs chapitres dont chacun est consacré à un règne. Les informations biographiques, dynastiques et militaires en font presque toute la matière. Le texte reprend, souvent mot pour mot, en les abrégeant, les historiens qui faisaient alors autorité, ou des formules de l’Essai sur les mœurs composé dans la même période.

Comme le montre la riche introduction de Gérard Laudin, la part du secrétaire de Voltaire, Collini, dans l’élaboration du livre est importante. Le style s’appauvrit parfois jusqu’à l’ellipse, dans des phrases nominales qui ressemblent aux lignes d’un sommaire. Bref, il s’agit d’une œuvre peu personnelle, que l’auteur lui-même juge trop «sèche» pour «plaire en France» (lettre à d’Argental, du 24 novembre 1753). Ce caractère est accentué par une annexe chronologique et, dès le début, par un résumé méthodique en vers de tous les chapitres qui peut paraître bizarre à des lecteurs du XXIe siècle, mais qui accentuait, pour des lecteurs du XVIIIe siècle, la nature pédagogique de l’ensemble. Ce qu’on appelait alors les «vers techniques» faisait partie des moyens utilisés dans les collèges, et les professeurs de Voltaire à Louis-le-Grand en composaient pour fixer dates et événements dans la mémoire de leurs élèves. Toutes ces particularités s’expliquent par l’origine de l’ouvrage: il s’agit d’un travail de commande, payé 1000 écus d’argent, entrepris pour satisfaire aux «ordres sacrés»[1] de la duchesse régnante de Saxe-Gotha-Altenburg, dont la bienveillance était très précieuse pour Voltaire, et qui voulait que la jeunesse allemande disposât d’un manuel commode pour apprendre l’histoire de son pays. Voltaire parle de cette vaste mais modeste entreprise sans enthousiasme: «un temps de ma vie perdu» (lettre à d’Argental, du 24 novembre 1753).

Les lecteurs qui vont se plonger dans la nouvelle édition des Annales ne vont pourtant pas perdre leur propre temps. Car le diable se cache dans les détails. Les interventions de l’écrivain dans la sèche succession des souverains, de leurs mariages, de leurs campagnes, de leurs assassinats n’occupent que peu de place, mais elles sont savoureuses. Le plus souvent, elles consistent en réflexions sceptiques sur la réalité des faits ou leur interprétation par la tradition historique («c’est ainsi qu’on écrivait autrefois l’histoire», chap. 32). Parfois l’esprit critique teinte le récit d’humour pince sans rire: en 1377, «Charles IV, âgé de soixante-quatre ans, entreprend de faire le voyage de Paris, et on ajoute que c’était pour avoir la consolation de voir le roi de France Charles V, qu’il aimait tendrement, et la raison de cette tendresse pour un roi qu’il n’avait jamais vu, était qu’il avait épousé autrefois une de ses tantes» (chap. 33). La fréquentation des historiens érudits, ses sources dans un domaine qu’il découvre, suscite chez Voltaire la moquerie, mais aussi l’indignation, quand la vérité est tordue pour des intérêts dynastiques. «L’Histoire est-elle un factum d’avocat où l’on amplifie les avantages et où l’on tait les humiliations?» (ibid.).

Mais la verve voltairienne trouve une autre matière dans l’histoire de l’Empire: c’est l’occasion de faire l’histoire des papes, en raison du rôle, controversé, de la papauté dans le choix et le sacre des empereurs. Les Annales consacrent une large place à la désignation, à la personne et à la conduite des occupants du trône de Pierre: on se doute que Voltaire ne manque pas une occasion de souligner tous les scandales qui marquent dans ce domaine les siècles troublés dont il fait l’histoire, et qui ont fait coexister des antipapes, des faux-papes et des papes indignes. Par exemple, en 1409, écrit-il, «il était assez difficile de savoir de quel côté était le Saint-Esprit» (chap. 35). Les occasions ne lui manquent pas de dénoncer les bases dérisoires du pouvoir pontifical, comme quand s’en empare un Jean XXIII dont il dit: «c’était un soldat sans mœurs, mais enfin c’était un pape canoniquement élu» (chap. 35). Le choix des épisodes les plus pittoresques ou les plus scabreux, les réflexions ironiques font de cette histoire de la papauté l’ingrédient le plus savoureux, peut-être, d’un texte où on ne l’attend pas.

Mais ce texte à visée pédagogique, en première apparence neutre et tout factuel, recèle d’autres attraits que vont découvrir les lecteurs de la nouvelle édition: le survol de tant de siècles, de tant de royaumes, de tant de guerres, de tant de dynasties, les silhouettes fugitives de tant de héros et de tant de misérables, tant de renversements de pouvoir, tant d’échecs, tant de réussites, tant de villes fondées, fortifiées, ornées, brûlées, rasées ont inspiré à l’auteur des annales de multiples et fascinantes réflexions sur la destinée des hommes et des peuples. Il s’interroge à la fin du livre sur le bonheur qu’ont pu connaître les maîtres successifs de l’Empire, et il n’en voit guère; tout au long des événements qui se pressent de page en page, il s’interroge sur le droit naturel qui se dégage de tant de lois successives et contradictoires, sur la base solide sur laquelle on pourrait se fonder pour échapper à l’arbitraire des droits qu’impose la force et qui sont factices: «Le temps change les droits» (chap. 33).

Il croit distinguer que ce «droit naturel» tient à «la possession d’une terre qu’on cultive» (chap. 37), qu’il exige à l’origine au moins l’élection des souverains, et la conclusion d’«un vrai contrat passé entre le roi et son peuple» (ibid.), seul moyen de sortir du désordre et des violences de la féodalité. Il se réjouit d’une étape supérieure de la civilisation, qui est le développement des échanges grâce aux villes dont il suit toujours avec sympathie le développement et la conquête des libertés. Enfin les derniers siècles font entrer l’Allemagne dans la modernité. Un rayon d’optimisme traverse ainsi le sombre tableau d’une civilisation imprégnée de barbarie et longtemps agitée de mouvements absurdes, sur lequel Voltaire nous invite, aujourd’hui encore, pour en supporter les horreurs, à poser un regard critique.

– Sylvain Menant

[1] Lettre à la duchesse, du 23 février 1754.

Besterman lecture 2014: The German Enlightenment and its interpretation

The Besterman Centre for the Enlightenment and the TORCH Enlightenment Programme invite you to the 2014 Besterman Lecture: ‘ “True Enlightenment can be both achieved and beneficial” – The German Enlightenment and its interpretation’ by Joachim Whaley, Professor of German History and Thought, Cambridge, on Thursday 20 November 2014, at 5:15 pm, in Room 2, Taylor Institution, Oxford. All welcome.

A podcast of the lecture is now available.

There is a long-standing scholarly tradition that affirms the existence of a distinctive German Enlightenment or Aufklärung but which denies that it had any long-term impact on German history.

In the nineteenth and first half of the twentieth centuries deep-rooted narratives of German history emphasised the special destiny of a country which turned away from the sterile rationalism of western (essentially French) Enlightenment. Romanticism and Idealism were said to have transcended the Enlightenment and to have represented a uniquely German way of understanding the world.

Shapiro

Theodor Adorno and Max Horkheimer went so far as to suggest that the Enlightenment was effectively responsible for the Third Reich and the Holocaust. Photograph taken in April 1964 by Jeremy J. Shapiro at the Max Weber-Soziologentag. Horkheimer is front left, Adorno front right, and Habermas is in the background, right, running his hand through his hair. Jjshapiro at en.wikipedia

After 1945 the same narrative gained negative connotations in the context of the view that German history followed a ‘special path’ (Sonderweg), which sought to explain the long-term origins of the Third Reich and the Holocaust. Indeed, Theodor Adorno and Max Horkheimer went so far as to suggest that the Enlightenment was effectively responsible for those later developments. That was an extreme view which many rejected. Yet the scholarly consensus in Germany nonetheless consistently underplayed the role of the Aufklärung. Germany, it was held, turned away from the Enlightenment in the 1790s; the movement was too weak to prevail over the critical assault of its enemies, who set Germany on a course that led inexorably to the disasters of the 1930s and 1940s.

Jonathan Israel’s more recent narrative of the Enlightenment in many ways complements this view. His focus on the Radical Enlightenment as the true Enlightenment (which, however, developed moderate and critical or antagonistic variants throughout Europe) leads him to dismiss most Aufklärung thinking as moderate and therefore incapable of effecting true modernisation in the form of the core values that he defines for Western society. He underlines again the force of antagonistic and critical views in the last years of the eighteenth century.

These approaches do not do justice to the distinctive character of the Aufklärung, or to its impact and legacy. The main reason for this is that they do not pay attention to the framework within which it developed. Ever since the early nineteenth century historians have by and large held negative views of the Holy Roman Empire: an allegedly sclerotic and doomed system that could not possibly have been associated with progressive Enlightenment ideas. Yet in fact the Holy Roman Empire not only formed the institutional and state framework within which the Aufklärung developed; its institutions were themselves transformed by the new way of thinking.

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Johann Joachim Spalding (1714-1804) by Anton Graff. Alte Nationalgalerie Berlin.

The German Enlightenment mainstream was not defined by radicalism, by the followers of Spinoza, whom Israel puts at the heart of his narrative, but by reformism. The central text of the movement there was Johann Joachim Spalding’s Über die Bestimmung des Menschen (Reflections on the destiny of man). First published in 1748 as a twenty-six page pamphlet, it went through over forty editions before Spalding’s death in 1804, ending up as a book of 244 pages. It was perhaps the title as much as the content which accounted for the work’s impact. For the idea that man might have a vocation, a destiny or a ‘determination’ chimed perfectly with the mood of the mature German Aufklärung. Indeed the phrase ‘die Bestimmung des Menschen’ itself rapidly became one of the fundamental ideas of the Aufklärung, both a declaration and a programme in its own right.

It is only if one explores the implications of this programme that one can fully understand the German Enlightenment in its distinctive context of the eighteenth-century Holy Roman Empire: a quasi-federal polity with central and regional institutions, a polity in which the actual business of government was devolved to the territories and cities. Furthermore, the reform movements associated with the Aufklärung at all levels – empire, regional structures, and territories and cities – had effects that shaped German history into the twentieth century and arguably even into the twenty-first century. Exploring these ramifications of Enlightenment in Germany is to uncover a hidden history. ‘Enlightenment can be both achieved and beneficial’, proclaimed the Brockhaus encyclopaedia in 1864. Despite everything that later happened in Germany, the conviction that Aufklärung might still be possible continued to inspire significant numbers of Germans, as it still does today.

– Joachim Whaley

Find out more about 6000 years of German history in the series ‘Germany: memories of a nation’, presented by Neil MacGregor, Director of the British Museum.