La Beaumelle dans la tourmente de l’affaire Calas

Le quatorzième tome de la « Correspondance générale de La Beaumelle », qui vient de paraître, se concentre sur la période de mars 1761 à décembre 1763.

La Beaumelle par Liotard

Portrait de La Beaumelle par Liotard (Archives Angliviel de La Beaumelle).

Sorti vainqueur de son procès avec le capitoul David de Beaudrigue qui se venge en le faisant désarmer sur la place royale de Toulouse, La Beaumelle compose un mémoire pour la marquise de Montmoirac, accusée d’adultère par son mari, et travaille à une Vie de Maupertuis.

La découverte le 17 octobre 1761 du corps de Marc-Antoine Calas bouleverse l’existence de La Beaumelle. Ses conférences avec l’avocat David Lavaysse, qui prend la défense de son propre fils Gaubert accusé avec la famille Calas, sont l’occasion de sa rencontre avec une des filles de Lavaysse, Rose-Victoire Nicol, devenue veuve. Deux années lui seront nécessaires pour obtenir l’agrément de celle-ci à leur mariage et le consentement du père.

David Lavaysse

Portrait de David Lavaysse (Collection privée).

La situation particulière de La Beaumelle à Toulouse l’oblige à une grande prudence. Protestant notoire, ennemi personnel du capitoul David, il est connu de tous les acteurs de l’affaire, du procureur du roi et des juges du Capitole ou du Parlement comme des accusés et de leurs avocats. En décembre le président de Niquet obtient du comte de Saint-Florentin une lettre de cachet contre lui pour « mauvaise conduite » (un an après le ministre s’irritera d’avoir été abusé). Informé La Beaumelle quitte Toulouse pour Mazères (où Mme Nicol possède une propriété) et le pays de Foix, dont le commandant le marquis de Gudanes est un ami de David Lavaysse.

Ainsi ne faut-il pas s’étonner que malgré les nombreux documents inédits que comporte ce volume, il ne soit pas possible de retracer dans le détail l’action de La Beaumelle en faveur des Calas. Le 1er décembre 1761 il a achevé la rédaction de la « Lettre pastorale » que Paul Rabaut envoie au Procureur général Riquet de Bonrepos, et qui imprimée sous le titre de La Calomnie confondue sera brûlée par le Parlement. Il a collaboré au Mémoire pour le sieur Gaubert Lavaysse que publie David Lavaysse en janvier 1762. Les Observations pour le sieur Jean Calas, la dame de Cabibel son épouse, et le sieur Pierre Calas, son fils, signées par le procureur Duroux fils et traditionnellement attribuées au conseiller au Parlement Lassalle, doivent être restituées à La Beaumelle. Début juin il rédige le mémoire « au Roy » par lequel Mme Calas demande que soit « rétablie la mémoire de Jean Calas son mari en sa bonne fame et renommée ». Il compose en septembre le placet des demoiselles Calas pour obtenir leur libération des couvents où elles étaient enfermées.

Paul Rabaut

Portrait de Paul Rabaut (Bibliothèque du protestantisme français, Paris).

L’activité d’écriture de La Beaumelle en cette année 1762 est intense. Il s’exerce encore à présenter une image fidèle de la doctrine calviniste, accusée d’avoir par son intolérance poussé Jean Calas à tuer son fils. En avril il augmente la Requête qu’il avait écrite en décembre 1761 pour le pasteur François Rochette, ouvrage maintenant en trois volumes, « dans lequel il approfondit tous les principes de la tolérance civile » (ce texte a été publié en 2012). Le 31 août est la date de son manuscrit de la « Lettre pastorale de Paul Rabaut, ministre de l’évangile, sur le livre de Mr J.-J. Rousseau, intitulé Emile, ou de l’éducation » (1763). La Beaumelle compose aussi un catéchisme entièrement fondé sur des citations bibliques, qui ne sera jamais publié.

De retour à Toulouse en décembre il entretient une correspondance avec le pasteur Rabaut soucieux de tirer les enseignements de la condamnation de Jean Calas. Il rédige les documents qui seront soumis aux délibérations du synode national des Églises du Désert qui se réunira près de Nîmes en juin 1763. Paul Rabaut aurait souhaité sa présence incognito à proximité pour défendre les propositions qu’il l’a chargé de préparer : la désignation du marquis de Gudanes comme le représentant à Paris des Églises du Désert, la constitution d’un fonds pour faciliter ses démarches, la création d’une gazette protestante et la rédaction d’une requête au Roi. Ces délibérations ne seront pas adoptées.

– Claude Lauriol

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Attention: livre dangereux

As Banned Books Week is drawing to a close, this seemed an opportune time to reflect on an event that occurred 250 years ago in Northern France and which haunted Voltaire for the rest of his life.

When Voltaire inscribed the words ‘livre dangereux’ in a number of the books in his library, he was referring to the subversive content of these works. But he could also have been alluding to the dangers connected with authoring or possessing such books in Old Regime France.

That reality was made startlingly clear in June 1766, when the chevalier de La Barre, a young nobleman from the provincial town of Abbeville, was condemned by the Parisian Parlement to be tortured and executed for various blasphemies, including the failure to doff his cap in the presence of a religious procession, and for ‘having given marks of respect and adoration to the vile and impure books [livres infâmes et impurs] that were placed on a shelf in his room’.* Indeed, the prominence of these books was such that the official document spelling out his sentence made provision for transporting the lot of them back to Abbeville from Paris, where they had been sent while the judgment was under review. And one book specifically was designated to be ‘thrown by the Executor of High Justice onto the same pyre as the body of said Lefebvre de la Barre’: this book was Voltaire’s Dictionnaire philosophique portatif.

Of course, following standard practice in the world of clandestine books, Voltaire had declined to have his name appear in print editions of this work, and, in his correspondence, he had consistently denied responsibility for it. For this reason, he himself was not named in the sentence condemning La Barre, nor had he been named the previous year in the Parlement’s decree banning the Dictionnaire philosophique. But the magistrates had intentionally defined their opposition to this work in terms that implicated Voltaire directly. They targeted the Dictionnaire philosophique not simply because it contained unorthodox ideas; more pointedly, they claimed that the rhetorical strategies it used — including ridicule and wit — and the fact that it was aimed at a broad reading audience made it particularly venomous. Regarding authorship, the magistrates pretended not to know whose work this was but ominously stated: ‘If the author were known, he would not appear any less deserving than his work of the most rigorous punishments.’

Low relief on the La Barre monument in Abbeville.

Low relief on the La Barre monument in Abbeville.

Naturally, Voltaire was alarmed to be connected in this way to the Chevalier, and his correspondence displays a number of strategies that distance him from the young man’s horrific execution: renewed denials of authorship; rejection of the idea that reading philosophical works could lead to delinquency; sarcastic denunciations of Pasquier, the councilor most responsible for linking the incident to the philosophes. At the same time, however, Voltaire refused to be intimidated, and he vigorously embraced La Barre’s memory, making it his mission to publicize the arbitrary judicial practices that had led to his death. Most immediately, he revised and amended the text of the very work that tied him to the case, the Dictionnaire philosophique, adding numerous anti-religious articles, including allusions to La Barre. He also composed an emotional Relation de la mort du chevalier de La Barre, which began to circulate in early 1768. In 1769, a further expanded edition of the Dictionnaire philosophique included a new article, ‘Torture’, in which La Barre’s gruesome story again featured prominently. In 1771, the Relation was reprinted in its near entirety as the article ‘Justice’ in the Questions sur l’Encyclopédie. And in 1775, Voltaire again took up the events of 1766 in Le Cri du sang innocent, as he sought to assist one of La Barre’s associates, Gaillard d’Etallonde, in his quest to return from exile in Prussia.

Torture: first page.

First page of the article ‘Torture’, in La Raison par alphabet (this is the 1769 edition of the Dictionnaire philosophique).

Indeed, Voltaire continued to ponder the tragedy of Abbeville until his final days, no doubt haunted by the way in which his own works had been implicated in a gross abuse of judiciary power. In returning repeatedly to these events, in creating an ongoing stream of banned books, he carried out his earlier vow: ‘Je veux crier la vérité à plein gosier; je veux faire retentir le nom du chevalier de La Barre à Paris et à Moscou; je veux ramener les hommes à l’amour de l’humanité par l’horreur de la barbarie’ (letter to Gabriel Cramer [D14678, January 1768]).

– John R. Iverson, Whitman College

* The full text of the two parliamentary decrees was reproduced in L.-M. Chaudon’s Dictionnaire anti-philosophique, pour servir de Commentaire & de Correctif au Dictionnaire Philosophique […] (Avignon, 1767).