Sur les traces de Voltaire à la bibliothèque de l’Arsenal

Seconde partie

Lisez la première partie de ce blog

Repères pour l’identification des provenances

L’identification systématique des provenances des œuvres de Voltaire dans la collection de Paulmy reste à mener à bien. Nous mentionnerons les plus facilement reconnaissables.

Dos des ouvrages en reliure courante de la bibliothèque du comte d’Argenson (Ars. Réserve 8-H-2243 [1]).

Pour reconstituer la bibliothèque voltairienne du comte d’Argenson, il faut repérer les volumes recouverts de veau brun moucheté, dont le dos, orné aux entre-nerfs de fleurettes en pointillé (ou de fleurons plus étroits pour les pièces avec un dos long) et d’un fer armorié en pied,[1] porte des pièces de titre et de tomaison rouges.

À défaut d’une liste complète, voici quelques exemples qui viennent en complément des exemplaires truffés déjà cités, tous reliés à l’identique:

•       8-BL-13067: Œdipe, Paris, veuve Ribou, 1730

•       8-BL-13070: Hérode et Mariamne, Paris, veuve Ribou, 1730

•       8-BL-34139: Zadig, [Paris, Laurent-François I Prault; Nancy, Antoine Leseure,] 1748

•       8-H-7369: Le Siècle de Louis XIV, Metz, Bouchard le Jeune, 1753

•       8-H-2304 (1-2): Histoire de la guerre de mil sept cent quarante-et-un, Amsterdam [i. e. Paris], s. n., 1755

•       8-BL-34150: Candide, Genève, Cramer, 1759

•       8-BL-13092: Tancrède, Paris, L.-F. Prault, 1761

Armes de la marquise de Voyer.

La bibliothèque du comte d’Argenson n’est pas la seule source familiale de la collection de Paulmy. On trouve par exemple sous la cote Ars. 8-BL-34055, un exemplaire composite des œuvres en 57 volumes reliés uniformément de veau écaille: ils portent, collé au contreplat de chaque volume, l’ex-libris armorié gravé de Marie-Jeanne-Constance de Mailly d’Haucourt, marquise de Voyer (1734-1783), l’épouse du marquis de Voyer, cousin de Paulmy. L’exemplaire est probablement entré après la mort Mme de Voyer dans la bibliothèque du marquis qui avait pris en charge quelque temps son jeune cousin devenu orphelin.

Les exemplaires passés par la collection du duc de La Vallière avant d’arriver dans celle du marquis de Paulmy sont facilement identifiables: ils ont reçu au bas du feuillet en regard de la page de titre la mention ‘Catalogue de Nyon’ (du nom du libraire qui rédigea le catalogue de la vente) suivi de leur numéro de lot. Outre le manuscrit de Candide évoqué plus haut, on signalera le Tancrède sur papier de Hollande de la marquise de Pompadour, dédicataire de la pièce, somptueusement relié à ses armes. Il figurait au catalogue de sa vente en 1765, et se trouve décrit à celui de la dernière vente La Vallière, dont Paulmy a fait l’acquisition en 1786.

Reliure et référence du catalogue de la vente La Vallière de Tancrède, 1761 (Ars. Réserve 8-BL-13093).

Au fil des explorations en magasin, on relève d’autres marques sur des exemplaires entrés à l’Arsenal après la mort de Paulmy, avec la bibliothèque du comte d’Artois (on trouve ses armes au dos d’un exemplaire de l’édition de Kehl [Ars. 4-BL-5308]), ou à la faveur des confiscations révolutionnaires. Citons à titre d’exemple le monogramme ‘DLZ’ entouré d’une branche d’olivier, dont le possesseur reste à identifier: on le remarque au dos d’un exemplaire composite des Œuvres en 19 volumes (Ars. 8-BL-34054) ainsi que sur un exemplaire sans doute isolé à tort du Siècle de Louis XIV (Genève, 1771), (Ars. 8-H-7373).

Les commentaires du marquis de Paulmy
Détail du monogramme DLZ au dos de Ars. 8-BL-34054.

Il semblerait enfin intéressant d’étudier de plus près l’appréciation que le marquis de Paulmy lui-même portait sur l’œuvre de Voltaire. Nous avons déjà évoqué le manuscrit de l’Histoire de la guerre dernière (Ars. Ms-4773) auquel a été ajouté un petit cahier de commentaires du marquis. En dehors des ouvrages eux-mêmes sur lesquels Paulmy n’hésitait pas à rédiger une note bibliographique ou critique, nous disposons également du catalogue manuscrit de sa bibliothèque. Voici ce qu’on peut lire de la main de Paulmy en tête de l’Histoire de Charles XII, 1731 (Ars. 8-H-16823):

‘Quoique cet ouvrage soit compris dans les œuvres de Voltaire il est bon cependant de le conserver parmi les histoires de Suède.

‘On a dit très bien que Voltaire était le Quinte Curce de l’Alexandre du Nord, même élégance de style, même art d’attacher son lecteur, même air de roman, même suspicion bien fondée de bévues et d’erreurs, et le parallèle ne manque de justesse qu’en ce que tout bien considéré, Charles 12 ne vaut pas Alexandre, ni Quinte Curce Voltaire.’

Note autographe du marquis de Paulmy sur Histoire de Charles XII, 1731 (Ars. 8-H-16823). Provenance comte d’Argenson d’après la reliure (la marque du catalogue de Nyon a été apposée par erreur sur cet exemplaire).

Plus ou moins détaillées, elles peuvent aussi simplement renvoyer au catalogue de la bibliothèque du marquis. Inversement, il arrive que Paulmy renvoie son lecteur de son catalogue vers le volume lui-même pour prendre connaissance de son commentaire. En regard de la notice de La Ligue, ou Henri Le Grand, 1724, référencée au Catalogue des belles-lettres, section ‘Poètes françois commençant à Voltaire continuant jusqu’à présent’ sous la cote ‘1998’ (Ars. Ms-6287, f. 391), Paulmy a fait noter par son secrétaire: ‘Premières éditions de l’Henriade: voyez ma note sur le volume’. On identifie sans ambiguïté dans les collections de l’Arsenal l’exemplaire grâce au numéro ‘1998’ porté à l’encre sur la garde (Ars. 8-BL-34078). Voici le texte de la note:

‘Si ce n’est pas tout à fait icy la 1ere edition de la Henriade, c’est au moins la 1ère complette. Le poëme s’est bien perfectionné depuis par les variantes mêmes de l’auteur. On sait que Voltaire commença ce Poëme en 1717 [corrigé à l’encre noire en 1713] etant à la Bastille. L’auteur de la Bib. Janseniste cite une édon de 1713 dont il cite quelques vers qui se trouvent également dans celle-cy et même dans les suivantes. Si les sentimens de Voltaire ont parus suspects il y a 50 ans, les accusations sont bien augmentées depuis ce temps.’

Un peu plus bas, sous le numéro ‘2001’, est répertoriée l’édition parisienne de 1770: ‘La Henriade (de M. de Voltaire) nouvelle édition. Paris, v.ve Duchesne, Saillant, Nyon, 1770, 2 vol. in 8°. V. écaille. Fig. d’Eisen’ avec ce commentaire:

‘Cette édition est véritablement plus complète qu’aucune des précédentes. Outre quelques vers d’augmentation + les variantes, les notes et les estampes y ajoutent un très grand mérite. C’est M. de Marmontel qui en a été l’éditeur. Le poème de la Henriade est entièrement contenu dans le 1er vol. Le 2d contient grand nombre de dissertations, l’Essay sur la poésie épiq. Le Temple du goût, le Poëme de Fontenoy, le Desastre de Lisbonne et l’Essay sur la loy naturelle.’

Le relevé de ces notes pour l’ensemble des œuvres de Voltaire (pour autant que le volume du catalogue manuscrit correspondant ait été conservé) serait un petit chantier sans doute instructif à mener.

Conclusion
Détail d’un médaillon de la corniche en plâtre peint de l’actuel ‘Petit salon’ de la bibliothèque de l’Arsenal, qui était au xixe siècle une salle de lecture.

Les œuvres de Voltaire imprimées de son vivant et conservées sur les rayonnages de la bibliothèque de l’Arsenal représentent près de 800 notices au Catalogue général de la BnF. En 2005, à la faveur de la conversion rétrospective des anciens catalogues manuscrits de l’Arsenal, elles sont venues se fondre ou s’ajouter à celles, également informatisées, décrites aux deux tomes mythiques du Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale: Auteurs, des œuvres de Voltaire, publiés en 1978 sous la direction de Marie-Laure Chastang et Hélène Frémont. Sans rivaliser en nombre avec les collections voltairiennes des autres départements de la BnF, (notamment celles Georges Bengesco et d’Adrien Beuchot conservées à la Réserve des livres rares), la collection de l’Arsenal n’en reste pas moins remarquable par la diversité et la singularité des sources qui l’ont alimentée. Par certains de ses exemplaires enrichis, mais aussi par les divers indices qu’elle donne à déchiffrer de la réception, par les lecteurs de son temps, des livres de l’écrivain le plus édité du xviiie siècle, elle se présente comme un ensemble particulièrement stimulant dont l’exploration reste à poursuivre.

– Nadine Férey-Pfalzgraf, Conservatrice du fonds ancien de la Bibliothèque de l’Arsenal (BnF)

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[1] Fer n° 8c dans la liste des fers recensés par Martine Lefèvre: ‘D’azur à deux léopards d’or : reliures exécutées pour la famille d’Argenson au XVIIIe siècle’, Revue de la Bibliothèque nationale de France, 12, 2002, p. 56–63.

Sur les traces de Voltaire à la bibliothèque de l’Arsenal

Première partie

La Bibliothèque de l’Arsenal est depuis 1934 rattachée à la Bibliothèque nationale de France, dont elle est aujourd’hui l’un des départements au centre de Paris.  Le cœur de ses collections anciennes est constitué de la bibliothèque d’Antoine-René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), installée dans l’hôtel du grand-maître de l’artillerie depuis 1757 et qu’elle n’a plus quitté depuis.

La bibliothèque de l’Arsenal, Paris. Photo: Vincent Desjardins.

Fils de René-Louis de Voyer, deuxième marquis d’Argenson (1694-1757), ministre des affaires étrangères de 1744 à 1747, Paulmy est aussi le neveu de Marc-Pierre de Voyer, comte d’Argenson (1696-1764), qui exerça les  fonctions de lieutenant général de police de Paris (en 1720 puis de 1722 à 1724) et de secrétaire d’Etat à la guerre (de 1743 à 1757). Proche de son oncle, qu’il seconda puis remplaça brièvement après sa disgrâce, le marquis de Paulmy poursuivit quelques années une carrière d’ambassadeur qu’il abandonna définitivement en 1768 pour consacrer l’essentiel de son temps et de sa fortune à enrichir sa bibliothèque, ainsi qu’à des travaux bibliographiques et littéraires.[1]

Les longues relations de Voltaire avec la famille d’Argenson ont permis que se retrouvent à l’Arsenal quelques documents importants le concernant. S’ils sont loin d’être inconnus des spécialistes de Voltaire qui les ont signalés dans les éditions des Œuvres complètes ou dans différents travaux, il n’est pas inintéressant de les présenter en tant qu’ensemble, si l’on peut employer ce terme pour des documents d’origines aussi diverses.

Voltaire et la famille d’Argenson

Les plus anciens documents concernant Voltaire conservés par la bibliothèque de l’Arsenal figurent dans les Archives de la Bastille, confiées à la bibliothèque peu après la démolition de la prison en 1789. On y trouve le dossier de prisonnier du jeune Arouet, détenu à la Bastille de mai 1717 à avril 1718 pour des vers injurieux envers le Régent, comprenant son interrogatoire (Ms-10633 fols 455r et suiv.), signé du lieutenant général de police Marc-René de Voyer de Paulmy, premier marquis d’Argenson (1652-1721), grand-père du marquis de Paulmy et une lettre (Ms-10633 fol. 460) de son amie de Hollande, Olympe Dunoyer (D14), qu’il devait porter sur lui au moment de son arrestation. Comme un clin d’œil de l’histoire, ces témoins  de la jeunesse de Voltaire voisinent aujourd’hui avec ses œuvres, réunies dans la collection du marquis de Paulmy, petit-fils du marquis d’Argenson.

Salle de lecture de la bibliothèque de l’Arsenal, Paris.

S’il ne semble pas que Voltaire et Paulmy aient entretenu une véritable correspondance, on sait cependant qu’ils se sont rencontrés pendant l’été 1755.[2] Il arrive aussi que Voltaire évoque Paulmy auprès de ses correspondants, leur demandant de le saluer de sa part, ou prenant de ses nouvelles par l’intermédiaire de son voisin à l’Arsenal, Nicolas Claude Thieriot.[3]

Les liens de Voltaire sont plus documentés avec les frères d’Argenson, qui sont de la même génération que lui. Avant de croiser leur père, le lieutenant général de police, à la Bastille, Voltaire fut en effet leur condisciple au collège Louis-le-Grand. Les relations amicales et plus ou moins intéressées de Voltaire avec ‘la Bête’ et ‘la Chèvre’[4] ont fait l’objet de plusieurs études auxquelles on pourra se reporter.[5] Elles expliquent en partie la présence dans la collection de l’Arsenal de quelques pièces significatives ayant trait à Voltaire et à son œuvre: des manuscrits, mais  aussi des ouvrages imprimés portant des corrections manuscrites, auxquels ont parfois été jointes les lettres de l’écrivain qui accompagnaient l’envoi du volume.

L’œuvre de Voltaire à l’Arsenal: exemplaires remarquables

Manuscrits

Ms-2755: Supplément aux œuvres de théâtrede M. de Voltaire (Samson, Eriphile, Adélaïde du Guesclin, Les Frères ennemis)

Relié aux armes du marquis d’Argenson. C’est à ces copies que le marquis d’Argenson se réfère dans ses Notices sur les œuvres de théâtre (Ms-3448 à 3455)[6] pour rendre compte de pièces de Voltaire qui n’avaient pas encore été imprimées à l’époque. Le recueil est également signalé avec sa provenance par le marquis de Paulmy dans le catalogue de sa bibliothèque (Ms-6287, fol. 391).

Ms-4773: Histoire de la guerre dernière, 1752:[7] ce manuscrit, œuvre de Voltaire historiographe du Roi, fut envoyé au comte d’Argenson, ministre de la guerre. Les remarques du marquis de Paulmy ont été reliées en tête du manuscrit. Le texte en fut publié à Paris sans l’assentiment de Voltaire en 1755 à partir d’une autre copie, et l’édition fut tout d’abord interdite par le directeur de la Librairie.

Candide ou l’optismime [sic], Plat supérieur, premier feuillet, référence au catalogue de la vente La Vallière de 1784 (Ars. Ms-3160).

Ms-3160: Candide ou l’optismime [sic]: la bibliothèque de l’Arsenal conserve la seule version manuscrite complète du conte, de la main de Wagnière, avec des annotations de Voltaire, mais c’est au duc de La Vallière et non aux d’Argenson que Voltaire fit parvenir ces feuillets, quelques mois avant de donner son conte à imprimer à Cramer en 1759.Sa reliure modeste et le peu d’intérêt qu’on portait à l’époque aux manuscrits d’auteurs explique sans doute qu’il n’ait pas été retenu par le libraire Guillaume Debure pour figurer au catalogue de la première partie de la vente posthume de la collection du duc en 1783. Aussi est-il passé dans celle du marquis de Paulmy, lorsqu’il fit l’acquisition en bloc en 1786 de la dernière partie de la bibliothèque de La Vallière. Pourtant décrit au catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l’Arsenal dès 1887, ce manuscrit n’a véritablement été étudié par les spécialistes de Voltaire qu’à partir de 1957.[8]

Enfin, un lot important de 500 lettres de Voltaire à divers correspondants est venu enrichir la collection au XIXe siècle. (Ms-7567-7571),[9] suivi de plusieurs lettres de Grimm à Wagnière au sujet de la  vente de la bibliothèque de Voltaire (Ms-9312),[10] preuve de la considération que les bibliothécaires de l’époque accordaient au lien de l’Arsenal avec Voltaire. 

Ouvrages imprimés

Le premier volume gardant trace d’un envoi de Voltaire au comte d’Argenson est un exemplaire des Elémens de la philosophie de Newton, 1738 (Réserve 8-S-6556). Le volume a probablement été envoyé relié.

On identifie d’autres ouvrages envoyés par Voltaire grâce aux corrections qu’ils comportent:

Ex-libris gravé du marquis d’Argenson, ex-dono et feuillet corrigé dans son exemplaire des Œ38, t. 1-4 (Ars. Réserve 8-BL-34043).

 4 volumes de l’édition Ledet / Desbordes, 1738-1739 (Œ38), sur grand papier, envoyés au marquis d’Argenson (Ars. Réserve 8-BL-34043 [1-4]); le premier tome  porte un ‘ex-dono authoris’ et est enrichi d’une lettre de Voltaire au marquis d’Argenson (Bruxelles, 21 mai 1740. D2210): ‘Les fautes des éditeurs se trouvoient en fort grand nombre avec les miennes. J’ay corrigé tout ce que j’ai pû…’

Un autre exemplaire de cette édition, également corrigé, fut envoyé au duc de La Vallière (Ars. Réserve 8-BL-34042): il est entré dans la collection de Paulmy par l’achat en bloc de 1786 déjà évoqué. Le décor de sa reliure ne ressemble pas à ceux que le duc faisait réaliser pour sa bibliothèque; il a probablement reçu l’exemplaire déjà relié. Les corrections qu’il porte ne sont guère différentes de celles qui figurent sur les volumes du marquis d’Argenson, au point qu’on a parfois confondu les deux exemplaires.

Un troisième exemplaire de cette même édition (Ars. 8-BL-34041), lui aussi sur grand papier, est sans correction, si ce n’est que la table de l’Essai sur la poésie épique est barrée et accompagnée de cette remarque manuscrite: ‘Fautive d’un bout à l’autre, mais on peut s’en passer’. Il est relié en maroquin citron et porte les armes de la famille d’Argenson au dos. Sans doute l’exemplaire a-t-il appartenu au comte d’Argenson, sans avoir été envoyé par l’auteur.   

Premier des 14 feuillets insérés dans l’exemplaire des Œ40, t. 4, (Ars. 8-BL-34045 [4]).

Terminons ce petit panorama des éditions des Œuvres en signalant l’exemplaire (Ars. 8-BL-34045 [1-4]) (édition d’Amsterdam [Rouen], 1740  ou Œ40), relié de maroquin rouge et portant au dos les armes du comte d’Argenson, qui ne semble pas, jusqu’ici, avoir retenu l’attention. Il contient, comme les exemplaires de La Vallière et du marquis d’Argenson, de nombreuses corrections, mais surtout, il est enrichi, au tome IV, de 14 feuillets manuscrits insérés entre les pages 136 et 137, qui comprennent quatre textes imprimés postérieurement: Sur l’histoire (texte pour lequel OCV 28B ne cite aucun manuscrit), Sur les contradictions du monde (plus complet que BnF Ms NAF 2778, fols 199-200, cité par OCV 28B), Du déisme, et Du fanatisme.

A côté de ces exemplaires corrigés, la collection de Paulmy se distingue par quelques éditions d’œuvres isolées de Voltaire, qui ont appartenu au comte d’Argenson et auxquelles sont joints des lettres du philosophe, ou des commentaires de personnalités proches du ministre. Le tableau ci-dessous permet de les présenter synthétiquement.

Tableau contenant éditions d’œuvres isolées de Voltaire qui ont appartenu au comte d’Argenson.

Les envois de Voltaire au comte d’Argenson semblent cesser en 1756, leur correspondance en 1757:[11] cette même année, le comte tombe en disgrâce et est exilé au château des Ormes, où il meurt en 1764. Aléas de la conservation? À moins qu’il ne faille en déduire que Voltaire n’a entretenu ses relations avec le comte que tant qu’il pouvait lui être utile à la Cour?

Nadine Férey-Pfalzgraf, Conservatrice du fonds ancien de la Bibliothèque de l’Arsenal (BnF)

Lettre de Voltaire au comte d’Argenson (D6827) reliée dans les Poèmes sur la religion naturelle et sur la destruction de Lisbonne, 1756. (Ars. Réserve 8-BL-34107).

La seconde partie de ce blog sera mise en ligne le jeudi prochain (01/09/2022).


[1] Pour une présentation plus détaillée du bibliophile et de sa bibliothèque, voir Martine Lefèvre, ‘La bibliothèque du marquis de Paulmy’, in Histoire des bibliothèques françaises, 2. Les Bibliothèques sous l’Ancien Régime (1530-1789), Paris, Promodis – Ed. du Cercle de la librairie, 1988, pp. 303‑315 et Eve Netchine, ‘Le marquis de Paulmy et la construction d’une bibliothèque comme œuvre’, in La famille d’Argenson et les arts, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 855.

[2] Lettre de Voltaire à Jean Robert Tronchin, 12 juillet 1755 (D6337).

[3] D8634 par exemple.

[4] Lettre de Voltaire à M. de Cideville, 9 février 1757 (D7152).

[5] Voir notamment:

– Didier Masseau, ‘Argenson, Marc-Pierre de Voyer, comte d’’ et ‘Argenson, René-Louis de Voyer, marquis d’’ in Inventaire Voltaire, Paris: Gallimard (coll. ‘Quarto’), 1995, pp. 88-89.

– Yves Combeau, Le comte d’Argenson (1696-1764): ministre de Louis XV, Paris, Ecole des chartes (coll. ‘Mémoires et documents de l’École des chartes’, ISSN 1158-6060; 55), 1999, pp. 10-11.

– Andrew Jainchill, ‘An unpublished letter from the marquis d’Argenson to Voltaire (1 May 1739, D1998a)’, Revue Voltaire, XIV, 2014, pp. 199‑213, qui donne la liste des 103 lettres échangées entre Voltaire et le marquis.

– Jean-Denis d’Argenson, ‘Voltaire et les frères d’Argenson’, in: Journées d’histoire du château des Ormes, 2017, pp. 21‑52.

[6] René-Louis de Voyer marquis d’Argenson, Notices sur les œuvres de théâtre, publ. par H. Lagrave, Genève: Institut et musée Voltaire les Délices (coll. « Studies on Voltaire and the eighteenth century », 42-43), 1966. 2 vol.

[7] Le manuscrit fut édité par Jacques Maurens, chez Garnier en 1971 puis dans les OCV 29C, 2020.

[8] Ira O. Wade, ‘A manuscript of Voltaire’s Candide’, Proceedings of the American Philosophical Society, 101, 1, 1957, pp. 93-106.

[9] Ce lot semble avoir été acquis à la vente de la collection d’autographes d’A.-P. Dubrunfaut de 1884.

[10] Publiées dans Jean-Louis Wagnière ou Les deux morts de Voltaire, présentation et notes de Christophe Paillard; préface de Michel Delon, Saint-Malo: Éd. Cristel, 2005.

[11] La dernière lettre conservée du comte d’Argenson à Voltaire (6 janvier 1757) relate l’attentat de Damiens (D7114).

Gillian Pink at the Voltaire Foundation: thirteen years and counting

As we approach the completion of the Œuvres complètes de Voltaire, I sat down with team co-ordinator Gillian Pink to find out more about how joining the editorial team led to becoming a researcher in her own right.

Gillian Pink and Birgit Mikus

Gillian Pink and Birgit Mikus.

You are one of the research editors working on the critical edition, a huge task. How did you come to work for the VF? Did you start editing OCV immediately?

I came to the VF almost by accident. I was studying for an MA in Publishing at Oxford Brookes University and Clare Fletcher, who was responsible for work placements on the MA, also did marketing here. She took one look at my CV – which at that point included work on a critical edition of an eighteenth-century sequel to Candide – and said ‘I think I know someone who would be very interested in this CV!’ That person turned out to be Janet Godden.

I arrived at 99 Banbury Road one afternoon in January 2007 for what I think I expected to be an interview, and was put to work straight away collating variants for Le Pyrrhonisme de l’histoire [since published in OCV, vol.67]. The rest, as they say… I did work briefly on Electronic Enlightenment before I started my full time employment on OCV in the autumn of that year, so an early introduction to digital editing, checking instances of words using non-Latin alphabets, as well as certain types of metadata.

So you have been at the VF for thirteen years – how many volumes have you worked on? Do you have a favourite text or volume?

Oh my! How many volumes… Taking a quick look at the shelves… twenty-five, perhaps, depending on your definition of ‘worked on’, and there are still a few more to go too. I don’t know if I have a single all-time favourite, but many favourites, which tend to be the ones I’ve contributed to as an author, rather than only as an in-house editor.

Questions sur l'Encyclopédie

The complete set of Questions sur l’Encyclopédie on the VF bookshelf.

One of my favourite Voltaire texts, I suppose, would have to be the Questions sur l’Encyclopédie, a glorious collection of mostly short articles summing up his thoughts on just about every topic under the sun as he approached the end of his life. I had some involvement with all of the eight volumes that make up the set in OCV, was lead in-house editor on six of those and annotated articles in four. Last year, along with the general editors Nicholas Cronk and Christiane Mervaud, we published a version of this text for a wider readership with Robert Laffont. But I also love the very humorous poem ‘Le Pauvre Diable’ that I edited in volume 51A, and of course the notebook fragments just published in the latest volume, 84, and the marginalia in volumes 136-145 are close to my heart and research interests as well…

Tell me more about the marginalia, please! What is your research interest in them?

If you had told me when I first joined the VF that a few years down the line I’d have completed a D.Phil. and become an expert on Voltaire’s marginalia, I’d have found it quite hard to believe. As you may know, the project of publishing Voltaire’s marginal notes was begun by colleagues in St Petersburg at the National Library of Russia, but after the Berlin wall came down, their publisher, Akademie Verlag, went through a period of upheaval and the project stalled. The VF picked it up and incorporated it (quite rightly) into OCV.

But the lady in St Petersburg who had been writing all the editorial notes had sadly died before she got to the final volume, so it was suggested that I might like to take this on as a doctoral project. In the end, I did a more typical thesis, while the annotation ended up being a separate project. Until then, while the marginalia had been studied to some degree, by far most of the articles published looked at Voltaire as a reader of a particular author. There was no proper study at that point looking at the marginalia as an ensemble, as a genre, looking for patterns in what we present as a corpus, although of course it wasn’t conceived as a corpus by Voltaire at all – rather like his correspondence in that way. And I was lucky to have an excellent supervisor in Nicholas [Cronk]. The result of all this was my book, Voltaire à l’ouvrage (Voltaire at work), which came out – nearly two years ago already!

Since then I played a leading role in bringing out a final volume of Voltaire’s marginalia in OCV, based on an even more disparate corpus, which is to say those books and manuscripts that for various reasons are not part of his library in St Petersburg, and so were not part of the original Russian project. While I still find marginalia fascinating for the direct insights they provide into readers’ responses to books (although they can’t always be taken completely at face value), I’m now extending this interest to reading notes in a broader sense, and Voltaire’s notebooks are a wonderfully challenging mix of reading notes, ideas of various sorts, and jottings that probably reflected snippets that he gleaned from oral sources.

We all know that the paper publication of OCV is nearing its completion this year. Do you have a new project lined up, for example regarding Voltaire’s notebooks you mentioned?

You’re quite right to ask. I do have several research ideas concerning the notebooks. I can’t go into too much detail because a couple of them need to be finalised with publishers and/or other colleagues, but I think there is much to be done in this area.

I’ll be talking about the notebooks at the annual ‘Journées Voltaire’ conference at the Sorbonne in June. I think the notebooks can be perceived as a bit ‘scary’, in part because of the wide variety of topics and the considerable lack of order within them, but also the fact that they were amongst the first volumes published in OCV. In those days scholarly practices didn’t demand the fuller sort of annotation that we tend to provide for readers nowadays, so Besterman’s notes are quite laconic and his perspective perhaps isn’t quite the one we would adopt these days either. For me, as someone whose approach tends to be based on material bibliography, I find it really helpful and revealing to look at the original manuscripts. Often, physical characteristics will strongly suggest – for example from the colour of the ink, the margins, the spacing – which sections were written at the same time, and so give a sense of which bits belong together or not. This is an area in which I hope our future digital edition of Voltaire’s complete works may build on the print and add real value, as there would be an opportunity to supplement the print transcription with digitised images.

Of course, the really interesting question to me is how Voltaire used his notebooks and other loose papers, how they were generated, and how they fed into his more public writings. I think there are still discoveries to be made in this area, and I’m lucky to be able to work with a great network of colleagues, from friends based in Voltaire’s library in St Petersburg, to digital humanities scholars at the Sorbonne and the University of Chicago, and research groups interested in textual genetics and the extract as a genre at ITEM [in Paris] and the IZEA [Halle, Germany]. So the future is full of exciting possibilities.

Birgit Mikus with Gillian Pink

‘Je soussigné barbouilleur d’écrits inutiles’

‘Je soussigné barbouilleur d’écrits inutiles, donne pouvoir à qui voudra de m’acheter la terre qu’il voudra, pour le prix qu’il voudra, où je vivrai tant qu’il voudra, comme il voudra, avec qui il voudra. Fait où il lui plaît. V.’ Ce court texte, résultat sans doute d’une plaisanterie dont les circonstances nous sont malheureusement inconnues, est l’un des morceaux rassemblés dans le volume de Fragments divers qui clôt la partie littéraire des Œuvres complètes de Voltaire (la correspondance, les marginalia et les textes attribués suivent). Le manuscrit de cette procuration fictive, éditée par John Renwick dans ce tome 84 des Œuvres complètes, est effectivement une bribe issue de la plume du grand écrivain qu’il aurait lui-même probablement qualifiée d’‘écrit inutile’. Qu’aurait-il pensé du volume qui vient de paraître?

OCV t.84, Fragments divers

Le tome 84, Fragments divers, daté ‘2020’, prend sa place à côté du tome 85, l’un des premiers volumes à paraître sous la direction de Th. Besterman en 1968.

Un fragment est considéré comme une chose rare et précieuse, le plus souvent incomplète, qui nous est parvenue d’un passé proche ou lointain. Sa survie doit souvent quelque chose au hasard. Voltaire emploie le mot dans ce sens, par exemple dans Dieu et les hommes (1769):

‘Les Juifs avaient une telle passion pour le merveilleux que lorsque leurs vainqueurs leur permirent de retourner à Jérusalem, ils s’avisèrent de composer une histoire de Moïse encore plus fabuleuse que celle qui a obtenu le titre de canonique. Nous en avons un fragment assez considérable traduit par le savant Gilbert Gaumin, dédié au cardinal de Bérule. Voici les principales aventures rapportées dans ce fragment aussi singulier que peu connu. …’ (Chapitre 24, OCV, t.69, p.385)

Ou encore, dans le Commentaire historique (1776):

‘Le fameux comte de Bonneval devenu pacha turc, et qu’il [Voltaire] avait vu autrefois chez M. le grand prieur de Vendôme, lui écrivait alors de Constantinople, et fut en correspondance avec lui pendant quelque temps. On n’a retrouvé de ce commerce épistolaire qu’un seul fragment que nous transcrivons. …’ (OCV, t.78C, p.42-43)

Cependant, Voltaire aurait-il vu ses propres fragments du même œil? Car il a beau être l’auteur prolifique que l’on sait, les fragments n’en demeurent pas moins précieux, même s’il aurait sans doute été horrifié de voir publier une édition critique de papiers qu’il ne destinait pas à la publication. A l’exception des notes de travail, dont une poignée est publiée ici sous le titre de Fragments de carnets, et des corrections qu’il a apportées à une préface de Baculard d’Arnaud, les textes que nous publions ici n’ont rien de lacunaire, mais cette collection hétéroclite et aléatoire de courts textes jette un nouvel éclairage sur plusieurs facettes de la vie littéraire – et moins littéraire – de Voltaire.

Il y a d’abord un certain nombre de textes dans le sens plus traditionnel du terme, qui évoquent des sujets chers à Voltaire: la Bible; la question de l’âme des bêtes; la nécessité de rester unis entre philosophes face à l’Infâme; la dramaturgie. D’autres encore concernent des activités d’édition: une préface inédite pour une collection prévue de ses œuvres; un avis et des instructions pour l’imprimeur concernant une édition de La Henriade publiée en 1770; une dédicace inédite pour un ouvrage paru à Berlin au moment où son séjour en Prusse tournait mal. Enfin, une troisième sorte de texte nous transporte au plus près de l’écrivain: ses rapports avec la poste; sa façon de classer ses lettres et autres papiers; des notes de travail qui préparaient des écrits plus développés.

Le fragment dont une page est reproduite ci-dessous nous montre Voltaire au travail: il prend des notes à partir de ses lectures sur l’‘histoire orientale’ tout en ajoutant ses propres observations aussi. On le voit revenir sur son manuscrit pour identifier les passages qui l’intéressent le plus, ce qu’il fait en dessinant des espèces de ‘mains’ stylisées qui ressemblent à des ‘6’ penchés. Il apporte des compléments en marge. Il note à plusieurs reprises la source de sa lecture (les Voyages de monsieur le chevalier Chardin, en Perse et autres lieux de l’Orient, de Jean Chardin), et cite des vers persans en traduction. Cette édition des fragments de carnets découverts depuis la publication en 1968 des Notebooks de Voltaire par Theodore Besterman fournissait l’occasion pour nous de faire une analyse plus poussée de ses notes de travail.

OCV t.84, Fragments diverses, fragment 48a

Fragment 48a (manuscrit autographe), f.7r. Oxford, Voltaire Foundation: MS20.

Outre l’intérêt des découvertes et des nouvelles perspectives, éditer de tels textes procure le plaisir de travailler avec des documents autographes. Nous jugeons que ce volume de fragments, quelque disparates qu’ils soient, apporte du nouveau dans le domaine des études sur notre auteur en révélant aux lecteurs ses papiers restants et des brouillons qu’il n’avait pas jugé bon de publier. N’en déplaise à Voltaire.

– Gillian Pink

How to tell a king he writes bad verse

Frederick II

The only portrait Frederick ever personally sat for (by Ziesenis, 1763).

In 1750, Voltaire travelled to the court of the Prussian king, Frederick II. There, one of his official duties would be to correct the king’s writings in French, in particular his poetry: to ‘bleach his dirty linen’, as Voltaire would later write in his epistolary half-fiction, Paméla, never published in his lifetime. However, at the outset, very willing, Voltaire wrote to the king around August of that year:

‘Si vous aimez des critiques libres, si vous souffrez des éloges sincères, si vous voulez perfectionner un ouvrage que vous seul dans l’Europe êtes capable de faire, votre majesté n’a qu’à ordonner à un solitaire de monter.
Ce solitaire est aux ordres de votre majesté pour toutte sa vie.’

The French poet knew how to be tactful, and though he sent back pages of corrections, he balanced them with flattery. Referring to Frederick’s Art de la guerre, he wrote the following summer: ‘Tout l’ouvrage est digne de vous, et quand je n’aurais fait le voyage que pour voir quelque chose d’aussi singulier, je ne devrais pas regretter ma patrie’. The corrected manuscript of l’Art de la guerre still exists and can be seen in Berlin at the Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz. Unfortunately, the heavily marked up volumes of the king’s Poésies have disappeared, following the Allied bombing of the Monbijou Palace in Berlin during the Second World War. The latest volume of the Œuvres complètes de Voltaire attempts to reconstruct those corrections, however, as part of its complement to the Russian-led publication of Voltaire’s marginalia, the Corpus des notes marginales, a final volume that assembles the known marginal notes housed outside the main collection of the writer’s library in the National Library of Russia in St Petersburg.

This volume, Notes et écrits marginaux conservés hors de la Bibliothèque nationale de Russie (OCV, vol.145), brings together a motley collection of such documents. Some, such as Frederick’s poetry, were intended for use by friends and were never part of Voltaire’s own collection. Another such case is that of the annotated copy of a work by Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (also discussed by Sam Bailey), or the manuscript on the rights of French Protestants to marry by the future statesman Joseph-Marie Portalis. Other books, such as a volume of Rousseau’s Emile, or a volume of Le Vrai Sens du système de la nature, by pseudo-Helvétius, seem to have been distributed as gifts by Voltaire, and the notes within give hints of having been conceived for that very purpose. Others still may in fact have parted ways with Voltaire’s personal collection, either before it left France, or in Russia (two works, the first Fénelon’s Œuvres philosophiques, and the second an Essai général de tactique by Jacques-Antoine-Hippolyte, comte de Guibert, were borrowed from the Hermitage library by Tsar Alexander I, and never returned).

But the largest component of the lot remains Voltaire’s corrections and comments on Frederick’s poetry. Given the absence of the original volumes, it is gratifying to see how much it has been possible to reconstruct. Of the two printed volumes from 1750, a copy with notes turned up in Belgium in 1979 thanks to the Voltaire Foundation’s longstanding contributor Jeroom Vercruysse. It turned out to be very literally a copy, that is, a painstaking piece of work in which Voltaire’s corrections, including those to his own comments, were reproduced by hand. While they have every characteristic of Voltaire’s style, there might have been doubts about the authenticity of the notes, had a German scholar, Hans Droysen, not published a couple of photographs in 1904 that exactly match the text and layout of the Belgium copy.

Œuvres du philosophe de Sans-Souci, vol.3 (1750), p.250, with corrections in the hands of Voltaire and Frederick II (reproduced by Hans Droysen, ‘Friedrichs des Großen Druckerei im Berliner Schlosse’, Hohenzollern Jahrbuch 8, 1904, p.84).

Excitingly, one photograph shows a page with writing by both Voltaire and Frederick, thanks to which it was possible to tell which of the hand-copied notes were by which man, since the copyist went to the extreme of doing a passable imitation of the handwriting of each. But what of the second volume? In this case, another German scholar, Reinhold Koser, had published, two years after Droysen, a large number of Voltaire’s notes, though frustratingly in a thematic order of his own devising, and with precious little context for some of the comments. Thanks to a considerable team effort and a lot of patience (and special thanks go to my colleague Martin Smith), it was possible to identify the location of most of Voltaire’s corrections and remarks (sometimes relying on discussion of rhymes to pinpoint particular verses). Only a few notes remain unattached to a specific place in Frederick’s text.

We learn a lot about the minutiae of what was and was not admissible in eighteenth-century versification, but Voltaire makes other stylistic comments and, as ever, he strives for wit and elegance. For example, he marks four instances of the word ‘plat’ within the space of two pages, numbers them, and next to the fourth, notes: ‘voila plus de plats icy que dans un bon souper’.

Frederick’s verse includes pieces that were written in an epistolary context addressed to Voltaire himself, and some of the latter’s notes provide glimpses into his own literary past. In the margin of a reference to his play Sémiramis, he writes ‘je ne hazarday cet ouvrage que pour feu madame la Dauphine qui m’avoit demandé une trajedie a machines.’ Who knew that the thunderclaps, opening tomb and ghost in that tragedy were of royal inspiration?

Voltaire eventually tired of this work (and who can blame him?) and for this and other reasons, attempted to leave Prussia. He was stopped and searched in Frankfurt and kept under arrest for some days by an envoy of the king, since the latter wanted to keep strict control over the copies of his book, and would not countenance Voltaire leaving the country with a copy. But that is a whole other story…

– Gillian Pink

Apprivoiser ses livres: Voltaire ‘marginaliste’

Les marginalia sont un phénomène auquel on s’intéresse de plus en plus, comme l’illustre par exemple le répertoire Annotated Books Online. Paradoxalement, à une époque où il est souvent mal vu d’écrire dans ses livres, d’en corner les pages, ou de les déchirer, les historiens du livre étudient les traces de lecture anciennes et montrent que défigurer un livre peut lui donner du prix, comme le reconnaît Andrew D. Scrimgeour, responsable des bibliothèques à Drew University au New Jersey. Les auteurs J. J. Abrams et Doug Dorst, pour leur part, ont trouvé dans la pratique des notes marginales une structure et un thème propices pour un roman.

Jean Racine, Œuvres, t.2, p.423. Bibliothèque nationale de Russie.

Jean Racine, Œuvres, Paris, 1736, t.2, p.423. Bibliothèque nationale de Russie.

‘Je voudrais bien savoir quel est l’imbecille […] qui a défiguré par tant de croix et qui a cru rempli de fautes le plus bel ouvrage de notre langue’: c’est ainsi que Voltaire réagit en marge aux traces qu’un autre a laissé dans son exemplaire des Œuvres de Racine. Mais dès qu’il devient lecteur à son tour, tout est possible. Sur une période de plus de cinquante ans, Voltaire a écrit dans les livres qui passaient entre ses mains: c’est le sujet de ma monographie, Voltaire à l’ouvrage, tout récemment parue. En tant qu’auteur célèbre, il a compris que ces traces avaient de la valeur et il lui arrivait d’offrir des exemplaires annotés à d’illustres connaissances et à des personnes de son entourage. Il a peut-être même pressenti qu’on allait s’intéresser à sa bibliothèque après sa mort, car certains commentaires marginaux semblent attendre un lecteur futur: ‘tout cela est de moy / jecrivis cette lettre’, note-t-il à côté d’un texte que Jean-François, baron de Spon cite comme ayant été présenté aux Etats-Généraux de Hollande en octobre 1745 – une espèce de ‘j’y étais!’ laissé pour la postérité.

Jean François, baron de Spon,Mémoires pour servir à l’histoire de l’Europe, depuis 1740 jusqu’à la paix générale signée à Aix-la-Chapelle, t.3, p.51. Bibliothèque nationale de Russie.

Jean François, baron de Spon, Mémoires pour servir à l’histoire de l’Europe, depuis 1740 jusqu’à la paix générale signée à Aix-la-Chapelle, Amsterdam, 1749, t.3, p.51. Bibliothèque nationale de Russie.

Tous les marginalia de Voltaire contenus dans les livres de sa bibliothèque personnelle sont désormais disponibles: le neuvième tome du Corpus des notes marginales vient de paraître. Cette publication clôt le premier volet du projet commencé pendant les années 1960 à la Bibliothèque nationale de Russie. (Un dixième tome fournira les traces de lecture de Voltaire qu’on connaît en dehors de sa bibliothèque.) Le Corpus, dont la publication a été reprise dans les Œuvres complètes de Voltaire sous la direction de Natalia Elaguina à partir des années 2000, donne à chacun la possibilité de se plonger dans l’univers des lectures de Voltaire, monde à moitié imprimé, à moitié manuscrit, et constitue un outil formidable pour redécouvrir cet auteur pourtant déjà si connu.

Les traces de lecture de Voltaire permettent de traquer les origines de ses propres textes, grâce aux signets, aux soulignements et aux réactions en marge qui marquent des passages qu’il cite, qu’il conteste ou qu’il transforme dans ses écrits. Les notes comprennent des réactions ludiques et polémiques qui désorganisent parfois la lecture de l’imprimé, tels ses ajouts manuscrits à la page de titre des Erreurs de Voltaire de Claude-François Nonnotte, et des corrections qu’il a faites pour des amis (à paraître dans le tome 10 du Corpus).

Claude-François Nonnotte, Les Erreurs de Voltaire. Bibliothèque nationale de Russie.

Claude-François Nonnotte, Les Erreurs de Voltaire. Bibliothèque nationale de Russie.

Les rapports que Voltaire entretient avec ses livres sont fortement ancrés dans la matérialité de l’objet. Ainsi, il introduit des plis, des entailles dans le papier, il exploite adroitement les différents espaces blancs à sa disposition, il démembre des volumes, les refait à sa manière, il utilise encres, crayon de plomb, sanguine, et crayons de couleurs pour laisser ses traces sur la page. Voltaire aurait apprécié les fonctions de recherche et de repérage offertes par le Kindle, les fichiers pdf et autres manifestations du numérique. Ces technologies permettent de joindre des annotations au texte, mais n’accordent pas les mêmes possibilités d’un corps à corps qui caractérise la lecture telle qu’il l’a pratiquée. Dans Voltaire à l’ouvrage, je me penche également sur les lectures faites dans différentes langues, et sur le style et la poétique des annotations marginales. C’était l’occasion aussi de comparer les marginalia de cet auteur à ceux d’autres lecteurs de l’époque, ce qui fournit un contexte et permet de mesurer l’originalité, ou non, des pratiques voltairiennes.

Gillian Pink

Les manuscrits à la VF: découvertes et partage

First page of ‘Assassins section 2de’

Début de la copie de l’article ‘Assassins section 2de’ (Voltaire Foundation: ms.73 [Lespinasse 3], p.14).

Une petite armoire à la Voltaire Foundation abrite une collection modeste de manuscrits dont la plupart datent du dix-huitième siècle. Rassemblés par notre fondateur, Theodore Besterman, tous les documents ne concernent pas forcément (ou uniquement) Voltaire: récemment nous avons accueilli des chercheurs de l’équipe des Œuvres complètes de d’Alembert, un collègue de la British Library, et j’ai aussi été contactée par le responsable du projet de l’Inventaire Condorcet, qui me demandait de vérifier des références et de fournir, pour leur beau site, des photos de certaines lettres que Voltaire avait adressées à Condorcet dont nous possédons des copies d’époque.

C’est en cherchant une de ces lettres, en feuilletant un volume de papiers laissés par Mlle de Lespinasse, que je suis tombée sur un texte de Voltaire qui m’était familier, et cela depuis dix ans, car c’est en 2008 que j’ai participé à l’édition du second volume des Questions sur l’Encyclopédie dans les Œuvres complètes de Voltaire. Par un heureux hasard, la découverte coïncidait avec le travail de préparation de l’introduction des mêmes Questions, qui paraîtra dans quelques mois. Il ne s’agissait aucunement d’une hallucination: le texte, ‘Assassins section 2de’, est bel et bien celui de l’article ‘Assassinat’ de cet ouvrage de Voltaire en forme d’encyclopédie (article au demeurant assez méchant, où l’auteur s’attaque à Jean-Jacques Rousseau).

Selon la note inscrite en marge du titre de ce texte dans le manuscrit Lespinasse (on la voit sur la photo), Voltaire envoya l’article à D’Alembert avec sa lettre du 9 juillet 1770 (D16505). Ce qui m’a surprise, c’est que l’inclusion de cette ‘pièce jointe’ n’est pas signalée dans l’édition de la correspondance de Voltaire procurée par Theodore Besterman. La chose étonne surtout étant donné que celui-ci connaissait déjà le volume manuscrit au moment de préparer son édition (cette copie est l’unique source de la lettre qui nous occupe), et en fournit la référence dans l’apparat critique de la lettre. Il a donc apparemment jugé qu’il n’était pas pertinent de mentionner ce témoignage concernant l’envoi de l’article avec la lettre. Pourtant, il est extrêmement intéressant pour quiconque s’intéresse à la diffusion et à la pré-publication des Questions de savoir que cet article figure parmi ceux que l’auteur envoya à D’Alembert, l’un des deux responsables de l’Encyclopédie, ouvrage avec lequel les Questions entrent pour ainsi dire en dialogue.

La question se pose évidemment de savoir si le copiste disait vrai ou s’il se trompait… Mais cette petite histoire d’une trouvaille inattendue illustre l’évolution de l’esprit de l’édition critique sur la quarantaine d’années qui se sont écoulées depuis la parution de la seconde édition de la correspondance de Voltaire dans les années 1970. On a beaucoup plus tendance de nos jours à prêter attention aux détails matériels des sources et à incorporer ces indices à l’apparat critique. D’un point de vue personnel, je suis contente d’avoir trouvé ce manuscrit avant et non pas après la parution de l’introduction des Questions – où Christiane Mervaud s’intéresse à la genèse et à la diffusion de ce texte – et heureuse aussi de constater qu’il ne présente aucune variante textuelle par rapport aux deux autres manuscrits connus de cet article, qui sont conservés, assez bizarrement, dans la même armoire à la Voltaire Foundation.

– Gillian Pink

 

 

The Représentation aux Etats de l’Empire: a new addition to the Œuvres complètes de Voltaire

In the autumn of 1744, amidst the turmoil of the War of the Austrian Succession, an anonymous, rather lengthy pamphlet entitled Représentation aux Etats de l’Empire appeared in print. It addressed the members of the Reichstag (the Imperial Diet) and urged them to take sides with Charles VII, Holy Roman Emperor, against Maria Theresa, Archduchess of Austria and Queen of Hungary and Bohemia. The Représentation circulated widely across Europe, and copies can still be found in Germany, Sweden, Slovakia, and the Netherlands, as well as in France. However, the sudden death of Charles VII on 20 January 1745 rendered the project expounded in the Représentation utterly impracticable, thus dooming the pamphlet to be quickly forgotten.

Page 1 of Représentation aux Etats de l’Empire, 1744 (image Gallica).

Page 1 of Représentation aux Etats de l’Empire, 1744 (image Gallica).

The Représentation briefly resurfaced in 1887, when Jacques-Victor-Albert, duc de Broglie, republished the pamphlet in the first issue of the Revue d’histoire diplomatique. De Broglie identified the author of the pamphlet as none other than Voltaire, and made the further claim that the latter had produced the text at the request of the marquis d’Argenson, then Secretary of State for Foreign Affairs. Nevertheless, probably because de Broglie provided very little evidence to support his argument for Voltaire’s authorship, the Représentation again failed to garner long-lasting attention and, to the best of my knowledge, no further mentions of it were made in Voltairean scholarship.

Nicolas-Charles-Joseph Trublet.

Nicolas-Charles-Joseph Trublet.

In July 2015, however, I made a discovery that was to shed new light on this question. As I was working in the Archivio di Stato di Firenze, I found 170 letters from Nicolas-Charles-Joseph Trublet to Luigi Lorenzi, French Resident Minister to the Grand Duchy of Tuscany. Many of these letters provide insights into Voltaire’s activities in the 1740s. A letter dated 1 March 1743, in particular, the main subject of which is Voltaire’s comédie-ballet La Princesse de Navarre, proceeds explicitly to mention Voltaire as the author of the Représentation aux Etats de l’Empire.

After unearthing this document, I decided to investigate further. Off I went to Paris, and after a few days of research at the Archives du Ministère des Affaires Etrangères, the papers of Malbran de Lanoue (French ambassador to the Imperial Diet from 1738 to 1749) yielded a manuscript of the Représentation aux Etats de l’Empire. This manuscript is not in Voltaire’s hand, nor in that of any of his known secretaries. However, it bears several corrections which are in his hand. Furthermore, a marginal note on the front page reads: ‘cet écrit est du poète Voltaire’.

Study of this manuscript soon revealed significant similarities with other Voltairean texts, notably the Histoire de la Guerre de 1741, the Précis du siècle de Louis XV and the Mémoires pour servir à la vie de Monsieur de Voltaire. It also showed, however, remarkable differences from the text of the 1744 print edition that de Broglie had republished in the Revue d’histoire diplomatique in 1887. Another manuscript which I found amongst de Lanoue’s papers – the ‘Remarques de M. de Bussy sur l’écrit intitulé Représentations [sic] aux Etats de l’Empire de M. de Voltaire de novembre 1744’ – revealed that the manuscript of the Représentation had in fact been sent to diplomat François de Bussy for revision, before it was sent to press in 1744.

A manuscript with corrections in Voltaire’s hand, a marginal note unequivocally asserting Voltaire’s authorship, several textual similarities with other Voltairean works, an endorsement from Trublet… There seems to be sufficient evidence to include the Représentation aux Etats de l’Empire in the Œuvres complètes de Voltaire! [1]

– Ruggero Sciuto

[1] A critical edition of the Représentation aux Etats de l’Empire will be published in the forthcoming volume 29 of the Voltaire Foundation’s Œuvres completes de Voltaire, alongside Janet Godden and James Hanrahan’s edition of the Précis du siècle de Louis XV. In a brief introduction, I shall provide further evidence of Voltaire’s authorship and details on the pamphlet’s complex publication history. I shall also discuss the relationship between the Représentation and other diplomatic despatches that Voltaire penned on behalf of the marquis d’Argenson in the mid-1740s – e.g. the Lettre du Roi à la Czarine pour le projet de paix of May 1745, the Manifeste du Roi de France en faveur du prince Charles Edouard of December 1745 and, most importantly, the Représentations aux Etats-Généraux de Hollande (all three texts are already available in the Œuvres complètes). Finally, I shall consider François de Bussy’s interventionist approach in preparing Voltaire’s manuscript for publication, which further complicates the crucial question of authorship.

Voltaire editor, edited and re-edited

The first posthumous edition of Voltaire’s complete works, printed in Kehl in 1784 and financed by Beaumarchais, was recently the subject of a 900-page thesis (Linda Gil, Paris-Sorbonne, 2014). The latest volume of the Œuvres complètes de Voltaire, not lagging far behind, at 604 pages, also started life with this 70-volume edition as its focus, in particular the nearly 4000 pages that make up what the editors call the ‘Dictionnaire philosophique’. Under this title, made up in large part of Voltaire’s 1764 Dictionnaire philosophique portatif (later La Raison par alphabet) and the 1770-1772 Questions sur l’Encyclopédie, the Kehl editors included a number of previously unknown articles and fragments.

A manuscript of one of the texts in this volume (article ‘Ame’, in the hand of Voltaire’s secretary, Wagnière). Bibliothèque de Genève, Musée Voltaire: MS 34/1, f.1.

A manuscript of one of the texts in this volume (article ‘Ame’, in the hand of Voltaire’s secretary, Wagnière). Bibliothèque de Genève, Musée Voltaire: MS 34/1, f.1.

Our edition of these texts attempts to pin down what they were, when (and whether) Voltaire wrote them, whether certain groups can be discerned amongst them, and to what degree the printed record of the Kehl edition reflects the manuscripts that were actually found after Voltaire’s death – as much as is still possible, that is, after two hundred years have elapsed, and when most of the manuscript sources have long since disappeared.

As the volume moved through the stages of the editing and publishing process, it proved to be a protean thing, changing shape several times: some texts originally included in the original list of contents were found not to belong in the volume after all; others were discovered or moved in from elsewhere along the way; and once or twice new manuscripts unexpectedly came to light, changing the tentative dating and identification of one or another of the texts. What began as a simple alphabetically ordered series of about 45 texts eventually took shape as a book in four sections (of uneven length) which covers the ground of all posthumous additions to Voltaire’s ‘alphabetical works’, usually under the title ‘Dictionnaire philosophique’, from 1784, through the nineteenth-century, right up to the present day, in the form of a fragment that has in fact never before been published at all.

The chain of editorial decision-making goes further back in time than one initially realises, however, starting with Voltaire’s own apparent intention to produce a compendium of excerpts from other people’s works. As Bertram Schwarzbach adumbrated in 1982, twenty-four of the texts in this volume (with a possible twenty-fifth), show Voltaire (or one of his secretaries, perhaps?) re-working existing writings by others in what sometimes strongly resembles current practices of copying and pasting, much as we move sentences and parts of sentences around using a word processor. This in no way suggests that Voltaire was guilty of plagiarism: to begin with, he did not publish these re-workings in his own lifetime; furthermore, the boundaries of editing, re-publishing and re-purposing in the late eighteenth century were different than they are today. But the fact that these manuscripts were found amongst Voltaire’s papers meant that his early editors believed them to be by him (with one exception, ‘Fanatisme’, which they recognised as an abridged version of Deleyre’s Encyclopédie article). Thus were these texts eventually published under Voltaire’s name in the Kehl edition, leading to a (partly) unintentional distortion of the Voltairean canon, perpetuated in all subsequent editions until the Oxford Œuvres complètes. Questions such as these are soon to be addressed more generally in a one-day conference: ‘Editorialités: Practices of editing and publishing’, and Marian Hobson has written elsewhere about the value of critical editions. It is in part thanks to modern-day editorial work that the editor-generated puzzles of over two centuries ago are now being unpicked: a neat illustration of just how much the role of editor has changed in that time.

– Gillian Pink

Nouvelles perspectives sur les manuscrits des Lumières

Dans le cadre superbe de l’hôtel de Lauzun, l’Institut d’études avancées de Paris a accueilli le 26 mai 2014 une journée d’étude destinée à faire le point sur certaines des découvertes récentes dans la recherche sur les manuscrits du Siècle des Lumières. Depuis quelques années, l’actualité attire l’attention sur certains manuscrits mythiques, comme celui d’Histoire de ma vie de Casanova qui a rejoint les collections publiques de la Bibliothèque nationale de France en 2010 grâce à un mécène, ou bien tout récemment, le rouleau des 120 journées de Sodome de Sade enfin de retour à Paris, pour y être exposé à l’automne au Musée des Lettres et Manuscrits.

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Le manuscrit des 120 journées de Sodome

Les salles de vente bruissent des papiers des écrivains du XVIIIe siècle: ceux d’Emilie du Châtelet sont passés il y a peu aux enchères ainsi que dernièrement ceux de Portalis, l’un des auteurs du Code civil, dont la Cour de Cassation a réussi à acquérir le dossier génétique complet d’une de ses œuvres, la Consultation sur la validité des mariages protestants de France, qui comprend une copie au net annotée de la main de Voltaire.

Tandis que les manuscrits sortent des coffres et s’exposent derrière des vitrines ou sur des écrans numériques, de leur côté les chercheurs se lancent dans leur patiente analyse. Ce fut le but de cette journée, organisée par Nicholas Cronk, Nathalie Ferrand et Andrew Jainchill en collaboration avec l’équipe Ecritures du XVIIIe siècle de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes, de montrer tout l’intérêt, pour la compréhension et l’interprétation des œuvres, de l’étude de leurs états préparatoires et remaniés.

La page de titre des Considérations sur le gouvernement du marquis d’Argenson (1764)

La page de titre des Considérations sur le gouvernement du marquis d’Argenson (1764)

Ouvrant la matinée avec une intervention consacrée au marquis d’Argenson, Andrew Jainchill (Queen’s University, IEA) a présenté quatre états manuscrits de ses Considérations sur le gouvernement ancien et présent de la France, l’une des critiques les plus vives de la monarchie française au XVIIIe siècle – citée plusieurs fois dans le Contrat Social – dont il put interpréter l’évolution en fonction des additions de l’auteur dans ses différentes versions.

Après la théorie politique, c’est la philosophie naturelle de Mme du Châtelet qui fut l’objet d’une étude menée par Karen Detlefsen (U. of Pennsylvania) et Andrew Janiak (Duke U.), à partir d’une comparaison des manuscrits de ses Institutions de physique conservés à Paris et à Saint-Pétersbourg. Dans l’après-midi, Nicholas Cronk (U. of Oxford, IEA) a présenté les dernières découvertes dans le domaine voltairien, et a montré à quel point la recherche des manuscrits est féconde – y compris pour des auteurs canoniques comme Voltaire dont on croit tout savoir –, puisqu’on continue de découvrir de nouveaux manuscrits qui renouvellent les connaissances établies.

Au plus près du papier et des instruments d’écriture des auteurs, Claire Bustarret (CNRS-EHESS) a ensuite présenté les apports de la codicologie pour déterminer les campagnes d’écriture au sein de corpus manuscrits imposants, comme dans le cas des papiers de Condorcet. La journée s’est achevée par une intervention de Nathalie Ferrand (CNRS-ENS) sur l’importance croissante accordée aux manuscrits d’auteurs au sein des études dix-huitiémistes et sur le rôle qu’ont pu jouer les manuscrits des Lumières dans l’émergence progressive de la critique génétique au cours du XXe siècle, concluant par l’interprétation génétique d’une page de La Nouvelle Héloïse que Rousseau récrit en puisant au lyrisme du Tasse.

– Nathalie Ferrand, Ecole normale supérieure-CNRS

Caption: Page de corrections de La Nouvelle Héloïse de la main de J.-J. Rousseau

Caption: Page de corrections de La Nouvelle Héloïse de la main de J.-J. Rousseau