Albert et Zemmour contre Voltaire. L’extrême droite contre Voltaire: mensonges et falsifications

Faut-il brûler Sade?’ demandait Simone de Beauvoir en 1955 quand les livres du ‘divin marquis’ pourrissaient encore dans l’Enfer de la Bibliothèque nationale. Certains, de nos jours, aimeraient bien y précipiter tous les livres de Voltaire, au moment même où la première collection véritablement complète de ses œuvres vient d’être publiée à Oxford au terme d’un travail de plus de cinquante ans. Tandis que Boulevard Voltaire et autres Réseau Voltaire se réclament contre toute vraisemblance de sa liberté d’esprit, les champions de l’antiracisme s’unissent aux défenseurs de l’Europe chrétienne pour le vouer aux gémonies: au Panthéon des hommes infâmes, Voltaire occupe désormais une place de choix. Antichrétien et islamophobe, raciste et esclavagiste, capitaliste et méprisant envers le peuple, il aurait confondu sa justice avec la Justice et imposé la civilisation du bourgeois blanc français mâle au nom de l’universalisme des Lumières. Sans compter que de sa tombe au Panthéon, son hideux sourire empêche son voisin d’en face de dormir.

Le tombeau de Voltaire au Panthéon

Le tombeau de Voltaire au Panthéon. (Photo: Yann Caradec, Wikimedia Commons)

Aujourd’hui, c’est Valeurs actuelles qui s’y met, dans un long article de l’historien Jean-Marc Albert publié le 8 août 2020 sur le site web du magazine (voir ci-dessous, note 1). Deux ans plus tôt, c’est l’essayiste Eric Zemmour, qu’on ne présente plus, qui publiait un portrait au vitriol de Voltaire dans Destin français (Albin Michel, 2018). Pourquoi tant de haine? se demande, incrédule, le Français moyen qui a probablement lu Candide dans sa jeunesse et acheté le Traité sur la tolérance après les attentats de janvier 2015. La réponse se tient en trois mots: la haine des Lumières. ‘La raison’, éructe Zemmour, ‘corrode tout, mine tout, détruit tout. La tradition est balayée. Le dogme religieux ne s’en remettra pas. La monarchie suivra.’ Derrière l’entreprise de démolition de Voltaire se cache la haine de 1789, ‘la grande saturnale de la Révolution française’, toujours selon l’inénarrable Zemmour. Une fois de plus, l’hallali contre l’esprit des Lumières est sonné. Une fois de plus, on conspue Voltaire, la ‘figure tutélaire’ des intellectuels engagés, ‘icône de l’idée républicaine’ selon Albert.

Traité sur la tolérance

Traité sur la tolérance (1753), p.1.

Entendons-nous bien. Personne n’est obligé d’aimer Voltaire, ni l’homme ni l’écrivain. De toute façon, il ne reste pas grand-chose de ses œuvres: Candide et quelques autres contes philosophiques, les Lettres philosophiques et le Dictionnaire philosophique, deux œuvres emblématiques qu’on étudie encore à la fac, et bien sûr le Traité sur la tolérance dont tout le monde a entendu parler. On peut légitimement préférer à ces écrits La Nouvelle Héloïse de Rousseau, la Recherche de Proust ou tout Houellebecq. On peut tout aussi légitimement dénoncer les indélicatesses de l’homme Voltaire, ses mensonges, ses flagorneries, ses jalousies, voire ses contradictions; on peut déplorer qu’il ait méprisé la ‘multitude’, on peut fustiger son anticléricalisme, et pourtant s’exclamer avec lui à la lecture d’Albert et Zemmour: ‘Est-il possible que ceux qui pensent soient avilis par ceux qui ne pensent pas?’ (lettre à Duclos du 22 octobre 1760, D9340). La question n’est pas là. Il ne s’agit ni de promouvoir l’œuvre de Voltaire ni de réhabiliter l’homme; il s’agit de dénoncer les contre-vérités et les mensonges proférés à son encontre par un historien et un essayiste en vue qui détestent Voltaire sans l’avoir lu ni s’être donné la peine de faire le minimum de travail de recherche qu’on est en droit d’attendre de n’importe quel titulaire d’une licence, même réactionnaire. Il n’est pas interdit de déverser sa haine sur des personnes mortes depuis longtemps, mais encore faut-il que les arguments soient irréprochables. Or c’est loin d’être le cas.

Statue de Voltaire à Paris vandalisée en juin 2020

Statue de Voltaire à Paris vandalisée en juin 2020. (Photo: Gonzalo Fuentes)

Zemmour est sincèrement scandalisé du prétendu mépris de Voltaire pour ses contemporains, à commencer par les pauvres: ‘Les frères de la doctrine chrétienne’, lui fait-il dire, ‘sont survenus pour achever de tout perdre: ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n’eussent dû apprendre qu’à dessiner et à manier le rabot et la lime, mais qui ne veulent plus le faire.’ Ce qui est réellement scandalisant, c’est que Zemmour a lu trop vite sa source, probablement l’Histoire des guerres civiles de France de Laponneraye et Hippolyte Lucas (1847). La phrase ne se trouve pas chez Voltaire, mais dans l’Essai sur l’éducation nationale (1763) de La Chalotais. Après le mépris des pauvres, le mépris du peuple: ‘C’est une très grande question de savoir jusqu’à quel degré le peuple, c’est-à-dire neuf parts du genre humain sur dix, doit être traité comme des singes’, lit-on dans Jusqu’à quel point on doit tromper le peuple (1756). Zemmour cite cette phrase sans (vouloir) se rendre compte qu’elle est ironique: ce sont les prêtres de tout poil, insinue Voltaire, qui traitent le peuple de singes en les trompant avec des superstitions révoltantes. Mépris des Français, enfin, la ‘chiasse du genre humain’. Arrachée de son contexte, l’expression est choquante. En réalité, Voltaire se désole qu’à cause de la conduite désastreuse de la guerre de Sept Ans, ‘toutes les nations nous insultent et nous méprisent. […] Pendant que nous sommes la chiasse du genre humain, on parle français à Moscou et à Yassy; mais à qui doit-on ce petit honneur? A une douzaine de citoyens qu’on persécute dans leur patrie’ (lettre à d’Argental du 4 avril 1762, D10404). Voilà comment, à coup de citations tronquées, faussement attribuées ou arrachées de leur contexte, un essayiste sans grand talent fait dire à Voltaire le contraire de ce qu’il pensait.

Passons à Jean-Marc Albert, la voix de son maître. A en croire l’historien, Voltaire se révèle tellement ‘cupide, misogyne, homophobe, hostile aux Juifs et à Mahomet’ dans son Dictionnaire philosophique que celui-ci a été ‘soigneusement épuré depuis’. Voltaire expurgé par nos ‘bien-pensants’ modernes? Albert a déniché cette allégation absurde dans un article de Roger-Pol Droit paru dans Le Point du 2 août 2012 où le philosophe nous présente, sous le titre ‘La face cachée de Voltaire’, un Voltaire inconnu, antipathique, abject’ (voir ci-dessous, note 2), antisémite et misogyne à tel point que les articles ‘Femme’ et ‘Juif’ ont été bannis des éditions modernes de son Dictionnaire philosophique. Or l’explication de cette ‘disparition’ est simple: les deux articles en question ne se trouvent pas dans les différentes éditions du Dictionnaire parues du vivant de Voltaire. Comme bien d’autres avant lui, Roger-Pol Droit a confondu le texte original du Dictionnaire philosophique portatif avec un Dictionnaire philosophique publié après la mort de Voltaire, véritable monstre éditorial concocté sans la collaboration de l’auteur, récemment réédité (Bompiani, 2013) sans qu’une seule virgule en soit supprimée. Un regard jeté dans une édition moderne du véritable Dictionnaire philosophique aurait immédiatement dissipé l’erreur, mais encore fallait-il s’en donner la peine.

Dictionnaire philosophique portatif

Dictionnaire philosophique portatif (Londres, 1764).

Albert a raison de dire que la fameuse phrase ‘Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais toujours pour que vous puissiez le dire’ n’a jamais été prononcée par Voltaire. Mais faut-il pour autant le calomnier à outrance? Cet apôtre de la tolérance, nous informe-t-il, aurait tenté d’‘étrangler’ le libraire genevois Grasset! Agé de 61 ans à l’époque des faits et de constitution fragile, cela est peu probable. Il est vrai qu’au cours d’une mémorable scène, Voltaire a tenté d’arracher au jeune Grasset un extrait de La Pucelle d’Orléans que celui-ci, venu aux Délices probablement dans l’intention de faire chanter son auteur, tenait dans sa poche. Exilé à Genève, Voltaire craignait que son poème burlesque sur la jeune Lorraine, que des éditions pirates ont augmenté de détails piquants auxquels il n’avait aucune part, tombassent entre les mains du roi, qui le tenait alors arbitrairement éloigné de la capitale. On comprend que Voltaire fît déférer le maître-chanteur devant les magistrats. Mais sous la plume d’Albert, la victime n’est pas celui qu’on croit: Voltaire ‘fait emprisonner le malheureux qui sera banni’. Calumniare audacter…

Aucun écrivain n’eut davantage à souffrir de la calomnie que Voltaire. Dès son vivant, on lui attribua des lettres fabriquées de toutes pièces visant à nuire à sa réputation. Voltaire s’en plaignait amèrement, tout comme il s’insurgeait contre les fausses lettres publiées sous le nom de Madame de Pompadour par des folliculaires sans scrupules ‘pour gagner un peu d’argent’ (lettre au duc de Richelieu du 13 juillet 1772, D17826). C’est dans cette circonstance précise que Voltaire écrit la phrase suivante qui, arrachée de son contexte, est brandie par Zemmour pour prouver la ‘face noire’ de l’écrivain qu’il abhorre: ‘Nous avions besoin autrefois qu’on encourageât la littérature et aujourd’hui il faut avouer que nous avons besoin qu’on la réprime.’ Après la lecture d’Albert et Zemmour, on est tenté de s’écrier avec Voltaire: ‘Est-il possible que tant de gens de lettres soient coupables d’une telle infamie?’

Gerhardt Stenger, Maître de conférences émérite à l’Université de Nantes

Notes

  1. L’article Wikipédia qui est consacré à Albert nous apprend qu’il est ‘spécialiste de l’histoire culinaire et des comportements alimentaires de l’Antiquité à nos jours’. Excellente prédisposition pour écrire un article sur Voltaire.
  2. Roger-Pol Droit vient de publier un roman sur Voltaire et Rousseau, une amitié impossible (Albin Michel, 2019), où on découvre un ‘Voltaire adulé et mondain, affairiste et généreux, candide et manipulateur’.

Une version de ce texte parut dans Mediapart blog en janvier 2021.

Celebrating Voltaire: A Symposium

J. Patrick Lee

J. Patrick Lee

McGill University in Montréal sponsored a Symposium on 9th March to celebrate its recent acquisition of J. Patrick Lee’s Voltaire Collection. Pat Lee, as he was known to friends and colleagues, was a pre-eminent American Voltaire scholar, an inspiring teacher and a gifted university administrator. He was also a discriminating bibliophile. At his death in 2006, his library held some 11,000 volumes and many manuscripts. Of these, McGill purchased 1,994 rare and important items, including 35 manuscripts in the hand of Voltaire, Madame du Châtelet, and others in Voltaire’s circle; there are 245 stand-alone editions of Candide, 39 of Zadig, 54 of the Dictionnaire philosophique, and 21 of La Henriade, as well as American imprints of Voltaire’s works, and volumes with notable American provenance.

The Symposium proved worthy of this remarkable collection. Held in the ballroom of the University Faculty Club, a capacity audience of students, academics, and members of the public was treated to series of lectures (some in French and some in English) presenting an overview of Voltaire’s life and career. Recurring themes were Voltaire’s role in promoting Enlightenment values and his battles against intolerance, superstition and religious fanaticism (Josiane Boulad-Ayoub), his relationship with England and the English (Richard Virr, Edward Langille), his latter day image as the patriarch of Ferney (Simon Davies), and, of course, his image beyond the grave (Hans-Jurgen Lüsebrink).

McGill Librarian Ann Marie Holland talked on the many versions of the Dictionnaire philosophique held in the Lee Collection.

From left to right: Marie-Claude Felton, Ethel Groffier, Benoît Melançon, Ugo Dionne, Mitia Rioux-Beaulne

From left to right: Marie-Claude Felton, Ethel Groffier, Benoît Melançon, Ugo Dionne, Mitia Rioux-Beaulne

Towards the end of the afternoon, the participants engaged in an exhilarating roundtable discussion on the question: ‘Why does Voltaire matter in the 21st century?’ which inevitably focused on the religious fanaticism of last year’s murderous attacks in France (Ethel Groffier, Ugo Dionne, Benoît Melançon, Mitia Rioux-Beaulne). A sceptical Benoît Melançon doubted whether sales of Voltaire’s Traité sur la tolérance really could have attained the 185,000 copies reported in the aftermath of those attacks, or at least whether any of those who did buy it actually read it or merely had it as a kind of talisman. And he wondered too, as others have done, whether Voltaire is a writer whose works everyone quotes but no one reads. It is ironic to reflect that Voltairian slogans on free speech and religious tolerance were widely quoted after the attacks, rather as the faithful recite prayers in times of grief. And like a secular saint, his image became familiar on posters and banners at free-speech rallies throughout France.

Robert Darnton

Robert Darnton

The keynote address was delivered by the Enlightenment historian Robert Darnton, who took us (happily) back to the eighteenth century and its fascination with Voltaire, the best-selling author. Darnton’s account of how the 75 year-old played publishers off, one against the other, in order to secure for his monumental Questions sur l’Encyclopédie as wide a readership as possible, provided a riveting conclusion to the day’s proceedings.

Mounted in conjunction with the Voltaire Symposium is an exhibition of works by or on Voltaire covering nearly three centuries. Contemporary editions of Voltaire’s works are juxtaposed with the key 20th-century editions of Voltaire’s most popular work, Candide (MacLennan Library).

The acquisition of the J. Patrick Lee Voltaire Collection at McGill University puts the land of ‘quelques arpents de neige’ on the map as an important centre of Voltaire and Enlightenment scholarship.

– E. M. Langille, St Francis Xavier University

(View a video recording of the Symposium here.)

Tolerance and combat

After the killings on 7 January 2015 in the offices of Charlie Hebdo, Voltaire of all people suddenly rushed into public prominence in France, serving as a symbol of (one supposes) free speech, satire, tolerance, and a certain insolence éclairée. His image sprang up on walls and lampposts, quotations and misquotations appeared on placards, and the Traité sur la tolérance flew off bookstore shelves across the country. This sudden public reclamation of the patriarch of Ferney prompted members of the Société française d’études du dix-huitième siècle (SFEDS) to seek some way to engage with the public’s enthusiasm for eighteenth-century ideas, and to highlight their relevance to debates taking place today. An anthology of texts was prepared, and appeared in April of last year under the title Tolérance: le combat des Lumières.

Voltaire_Charlie

Picture taken in Paris a few days after the attacks on Charlie Hebdo.

Scholars in the UK quickly took up the challenge of translating these texts into English as a way of broadening access to them. Thursday 7 January 2016, the anniversary of the attacks, saw the publication of this collective endeavour, involving 102 student and faculty translators, as Tolerance: The Beacon of the Enlightenment, edited by Caroline Warman and made available for free online. This was paired with a roundtable discussion at the British Society for Eighteenth-Century Studies annual conference, chaired by Warman and featuring a distinguished panel of four Oxford academics: Catriona Seth, Kate Tunstall, Timothy Garton Ash, and Karma Nabulsi.

Warman introduced the proceedings as an opportunity to ‘think about the eighteenth century from a contemporary point of view’; to ask, as the anthology invites us to do, ‘what does free speech mean, and do we like it?’.

The first to speak was Catriona Seth, president of SFEDS and one of the originators of the French anthology. After the attacks, she said, ‘we were totally shell-shocked’ at what was ‘definitely seen as an attack against free speech’. Yet the book was not conceived to offer bromides or give ready-made, centuries-old answers. ‘The whole point of [the book] was saying we have to adhere to the possibility that other people can think differently to us.’

Speaking next, Kate Tunstall took a stand against the concept that gave the anthology its name. She made clear her distaste for the term ‘tolerance’ and explained that it ‘connotes […] something to be put up with. It belongs […] to the discourse of charity’. To her, invoking tolerance is ‘a way of refusing to allow conflict to be articulated in a productive way, that is to say among equals.’ She quoted at length from one of the passages included in the anthology, a speech delivered in 1789 by the Protestant Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne decrying Louis XVI’s 1787 ‘Edict of Toleration’: ‘[T]his, gentlemen, is how, in France and in the eighteenth century, we continue to apply that axiom of the dark ages and divide our nation into two castes, one favoured, and one excluded […] Tolerance! I demand that the very word be banished’.

In his comments, Timothy Garton Ash argued that there exists an absolutely basic principle which must be observed in society: a rejection of violence and violent intimidation. To say ‘#jesuischarlie’ in the wake of the assassinations of its staff, as distasteful as one may have found Charlie Hebdo’s cartoons, was according to him an expression of this principle. Because in modern multicultural societies people from a multitude of cultural backgrounds occupy the same space, ‘everyone is a heretic [to somebody else in a given society], and no one is a heretic [from the perspective of the liberal state]’. This is what is meant by tolerance today according to Ash. Amounting to neither acceptance nor endorsement, it is a limited form of respect ‘for the believer, but not for the content of the belief’.

For her part, Karma Nabulsi challenged the very terms of the public debate: ‘I don’t think [Charlie Hebdo] is a free speech issue, and I don’t think it’s a tolerance issue’, she said. She recast the question in terms of the triad of revolutionary Republican virtues: liberty, equality, and fraternity. For her, ‘je suis Charlie’ is not an expression of solidarity, but of exclusion. It evinces an ignorance of France’s colonial history and of the everyday lived experience of Muslims in modern France. It divides the ‘whole’ of Rousseau’s virtuous republic – where ‘each citizen is nothing, and can do nothing without the whole’ – into warring factions. So-called ‘tolerance’ and ‘free speech’ operate as watered-down approximations of the full-blooded virtues of liberty, equality, and fraternity for all.

In these remarks and the discussion that followed, there was broad agreement on basic principles, but there was also a clear division between two ways of considering the questions at hand.

On one side were those who saw the question as one about free speech under threat, to which the answer was a firmer embrace of ‘tolerance’. On this account, free speech and tolerance are universal values, to be applied equally to all, irrespective of attitude or social position. On the other side were those whose principles are no less universal, who agree that violence and the threat of violence are to be rejected, but who take into account when applying their principles the world as it is, and the power structures that exist within it: Tunstall and Nabulsi stressed that all members of a society may ostensibly enjoy formal equality before the law, but still be subject to power relations that make this equality unequal de facto.

Seth described as ‘an irony of history’ an episode in which, shortly after the Charlie Hebdo attacks, Voltaire’s legacy was celebrated in, of all places, the ‘Salon du Pape’ at Versailles, where a banner was hung bearing his epigram, ‘la tolérance est l’apanage de l’humanité’. Yet this was less an irony than an indication of the fact that, 237 years after Voltaire’s death, his ideas are no longer uncomfortable for those in power.

TraitŽe sur la tolŽrance

Page 1 of Traité sur la tolérance, Geneva, Cramer, 1763.

At the time he wrote the Traité sur la tolérance, Voltaire was taking up his pen against the dominant groups in French society, decrying the manifest injustice of an execution founded on prejudice against a marginalised religious minority. The situation of French Muslims today has its parallels with that of French Protestants under the Ancien Régime. In this light the reflexive alliance between Voltaire and Charlie seems less sure. Last year’s assassinations were monstrous. But to react to them by venerating cartoons that targeted, either in intent or effect, a marginalised religious minority, all in the name of ‘tolerance’, is a less straightforwardly enlightened position than many have supposed.

Contrary to the expectations conjured by a title as univocal as Tolerance: the Beacon of the Enlightenment, this roundtable was no chest-pounding celebration of a code of unassailable liberal values in the face of barbarism. Rather, it came closer in spirit to the subtitle of the French anthology: le combat des Lumières. Combat and querelle are key elements of the Enlightenment just as much as tolérance—perhaps more so. The notions that ideas matter and that intellectual debate has genuine stakes were at the heart of the great flourishing that was the European Enlightenment, as exemplified by Voltaire. Yet rather than make ‘iconoclasts into icons’, as one attendee succinctly put it, we do better to honour and carry forward the legacy of the Enlightenment by enacting that legacy through rigorous critical engagement with the world we live in.

– Cameron J. Quinn