Would Voltaire have made a good PhD supervisor? Voltaire mentors Vauvenargues

Luc de Clapiers, Marquis de Vauvenargues

Luc de Clapiers, Marquis de Vauvenargues (1715-1747), by Charles Amédée Colin.

A current work in progress at the Voltaire Foundation relates to one of Voltaire’s less-discussed friendships that ended all too soon due to a fatal illness. On 4 April 1743, Luc de Clapiers, Marquis de Vauvenargues, penned the philosophe an enthusiastic letter comparing the merits of France’s two most celebrated tragedians, Pierre Corneille and Jean Racine. The combination of strong opinions and well-placed flattery must have caught Voltaire’s attention, for he wrote back less than two weeks later. The 27-year-old Vauvenargues brazenly criticised Corneille’s declamatory style and lack of subtlety, arguing that ‘surtout Corneille paroît ignorer que les hommes se caractérisent souvent d’avantage par les choses qu’ils ne disent pas, que par celles qu’ils disent’. Never one to stand at the sidelines of a literary debate, Voltaire’s reply praised Vauvenargues for his good taste in preferring Racine while offering a judicious defence of Corneille, counting that ‘il y a des choses si sublimes dans Corneille au milieu de ses froids raisonnements, et même des choses si touchantes, qu’il doit être respecté avec ses défauts’ (15 April 1743). This began a lively exchange between the two men, as Vauvenargues iconoclastically refused to yield ground to Voltaire’s more balanced take on the playwright’s merits and flaws: ‘Monsieur, Je suis au désespoir que vous me forciez à respecter Corneille’ (22 April 1743).

As well as offering us an entertaining example of an eighteenth-century celebrity’s interactions with a fan, this exchange is important because, after befriending Voltaire, Vauvenargues began to see the philosophe as a mentor figure, asking him for advice on his own Introduction à la connaissance de l’esprit humain, which was supplemented by his Réflexions et maximes and published for the first time in 1746. Any PhD student can imagine the huge sigh of relief Vauvenargues must have let out when Voltaire wrote back on 15 February 1746 to say that he liked it even before he had finished reading it. The young author’s joy is palpable in his response to his mentor’s praise, thanking him for taking the time to provide suggestions and corrections for the work’s improvement (15 May 1746). Vauvenargues then substantially revised his text and published a second edition in 1747.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.79 (Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence).

As part of our work on Voltaire’s marginalia, we are interested firstly in the kind of suggestions the philosophe made in the annotated copy he sent back to Vauvenargues, and secondly to what extent did the latter incorporate these suggestions into the revised version of his book. The work of cross-referencing the annotated first edition and the revised second edition revealed some interesting patterns. In the cases where the corrections are easy remedies, for example a different choice of wording or a quick clarificatory remark, Vauvenargues has mostly deferred to Voltaire’s wisdom and edited his manuscript accordingly. Things got trickier when Voltaire suggested structural changes or major additions, both things which Vauvenargues appeared more reluctant to carry out. This is most likely because the revisions were extremely time-sensitive, given that Vauvenargues was in ill-health and had to rush to edit and publish the second edition of his work before he died later that year at the age of thirty-one. It is perhaps for this reason that he did not find the time to develop a section on page 75 by which Voltaire has scribbled ‘cela merite plus de détail’.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.86 (Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence).

As with any patterns, there are notable exceptions. More mystifying are instances such as on page 86 where Voltaire asks ‘pour quoy longue?’, seemingly questioning Vauvenargues’s choice of adjective. This should have been an easy fix for the marquis. In the second edition, however, Vauvenargues has edited this sentence but kept the very same adjective that Voltaire did not like: ‘L’étonnement une surprise longue & accablante; l’admiration une surprise pleine de respect.’ Similarly, one of the sassiest comments can be found on page 88 where Vauvenargues writes that ‘il y auroit là-dessus des réflexions à faire aussi nouvelles que curieuses’, to which Voltaire witheringly retorts ‘faites les donc’. Vauvenargues does indeed revise this passage in his second edition, but chooses not to elaborate on what these reflections might be, writing that he has ‘ni la volonté, ni le pouvoir’ to do so.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.88 (Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence).

Like any good supervisor, Voltaire does not hold back in his criticism of his student’s work: what is most striking is the sheer volume of corrections, additions and suggestions, some of which are more helpful than others. Sometimes he is perhaps a little harsh, accusing Vauvenargues of writing ‘mauvaise poésie’ on more than a couple of occasions. One of his most scathing comments comes towards the end of the list of maxims that forms the second part of the text. Vauvenargues makes the not-very-insightful remark that ‘quelque amour qu’on ait pour les grandes affaires, il y a peu de lectures si ennuyeuses & si fatiguantes que celles d’un Traité entre des Princes’, next to which his mentor has incredulously scribbled ‘c’est bien la peine d’imprimer cela?’ It’s safe to say that any PhD student would be horrified to have elicited such a remark from their supervisor!

Introduction à la connaissance de l’esprit humain

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.364 (Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence).

But above all, Voltaire is a meticulous reader, picking up on ideas repeated from many pages back and highlighting the slightest inconsistency. Equally, neither does he shy away from complimenting Vauvenargues’s work when it is deserving: several sections receive a smattering of ‘bien’, ‘beau’, ‘fort’, ‘excellent’ and even a ‘fin et profond et juste’, which more than make up for the moments of criticism.

– Sam Bailey

Sam is a PhD student at the University of Durham and a frequent VF collaborator.

An earlier blog post on this same subject by Gillian Pink can be found here.

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Quand Voltaire lisait Vauvenargues: conseils prodigués à un ami

Vauvenargues1

Sculpture de Vauvenargues par Henri Pontier (1842-1926) en 1881 (Aix, Musée Granet; photo: Ch. Heirieis).

Voltaire est connu pour avoir annoté une grande partie des livres de sa bibliothèque personnelle, et la Voltaire Foundation édite, en collaboration avec nos collègues à la Bibliothèque nationale de Saint-Pétersbourg, la transcription complète des annotations. Certains volumes avec notes marginales, échappés de la bibliothèque de l’écrivain, ou offerts par lui à des amis, sont cependant conservés dans d’autres lieux. Tel est le cas d’un exemplaire de l’Introduction à la connaissance de l’esprit humain (1746), de Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, conservé à la Bibliothèque Méjanes à Aix-en-Provence, patrie de l’auteur. Il a été question de ce volume à une conférence lors des Journées du Patrimoine 2015, le samedi 19 septembre, à la Méjanes, pour fêter le tricentenaire de la naissance de Vauvenargues. A notre connaissance, c’est le seul volume annoté avec l’intention expresse de rendre l’objet corrigé et commenté à l’auteur afin qu’il puisse en faire une seconde édition. Vers le mois de février 1746, Voltaire a reçu son exemplaire de l’ouvrage que son ami venait de publier: J’ai passé plusieurs fois chez vous pour vous remercier d’avoir donné au public des pensées au-dessus de lui. […] Je n’ai lu encore que les deux tiers de votre livre. Je vais dévorer la troisième partie. [1] La lettre envoyée quelques mois plus tard montre qu’il a été convenu que Voltaire proposerait des corrections et des suggestions en vue d’une seconde édition: J’ai crayonné un des meilleurs livres que nous ayons en notre langue, après l’avoir relu avec un extrême recueillement. J’y ai admiré de nouveau cette belle âme si sublime, si éloquente et si vraie, cette foule d’idées neuves, ou rendues d’une manière si hardie, si précise, ces coups de pinceau si fiers et si tendres. Il ne tient qu’à vous de séparer cette profusion de diamants de quelques pierres fausses, ou enchâssées d’une manière étrangère à notre langue. Il faut que ce livre soit excellent d’un bout à l’autre. Je vous conjure de faire cet honneur à notre nation et à vous même, et de rendre ce service à l’esprit humain. Je me garde bien d’insister sur mes critiques. Je les soumets à votre raison, à votre goût et j’exclus l’amour propre de notre tribunal. [2] L’objet ‘crayonné’ demeure, et les traces au crayon et à l’encre laissent deviner par moments la chronologie de l’annotation. Les rares notes au crayon de plomb, à peine lisibles aujourd’hui, proviennent vraisemblablement de la première lecture, avant que Voltaire ne se décide à remettre l’exemplaire annoté à l’auteur. Parmi elles, quelques-unes sont apparemment inachevées et sibyllines, mais parfaitement compréhensible celle où Voltaire s’exclame ‘comment a-t-on pu faire si bien étant si jeune!’. Vauvenargues avait en effet trente ans au moment de la publication de son ouvrage (il meurt l’année suivante).

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.156.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.156 (Bibliothèque Méjanes).

D’autres éléments matériels montrent qu’il y a bel et bien plusieurs strates d’annotation: la couleur des encres et la taille des caractères sont la preuve qu’après une première lecture (au cours de laquelle il note, à propos d’une déclaration du cardinal de Retz, ‘exemple qui ne prouve pas qu’il faut risquer des fautes’), Voltaire nuance sa pensée (en précisant, à l’aide d’une encre plus foncée: ‘mais qu’il faut se faire valoir’; voir l’illustration ci-contre). Voltaire disait vrai quand il écrivait à l’auteur ‘j’exclus l’amour-propre de notre tribunal’. On y trouve des louanges, certes (de nombreux ‘bien’ et ‘beau’, un ‘admirable’…), mais le but de l’opération était de permettre à Vauvenargues de faire une nouvelle édition revue et corrigée de son texte. Aussi trouve-t-on des commentaires moins flatteurs: ‘mauvaise expression et fausse idée’, ‘chapitre plein d’idées trop communes’, ‘manque de logique’, ‘louche’, ‘trivial’. Plus on avance dans le livre, plus les annotations sont brèves, et on voit Voltaire élaborer un système d’abréviations: ‘b’ pour ‘bien’ (de temps en temps un ‘tb’), ‘m’ pour ‘mal’ ou ‘mauvais’, ‘obs’ pour ‘obscur’, ‘triv’ pour ‘trivial’. On trouve même le laconique ‘2 et 2 font 4’ pour désigner des évidences, abrégé plus loin en ‘2 et 2’.

Abréviations de Voltaire, ‘2 et 2’, ‘m’ (Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.360).

Abréviations de Voltaire, ‘2 et 2’, ‘m’ dans l’Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.360 (Bibliothèque Méjanes).

L’exemplaire aixois ne comporte pas uniquement des traces de la main de Voltaire. Une fois en possession du volume annoté, Vauvenargues le parcourut lui-même en rajoutant quelques corrections, et surtout en supprimant des phrases, voire des paragraphes entiers. Ainsi, sur l’illustration ci-contre, le ‘nous’ manuscrit qui apparaît dans l’interligne de la réflexion XXVII est de la main de Vauvenargues, et le trait vertical qui barre les trois réflexions XXV-XXVII est de lui également. Une nouvelle édition paraît en 1747, où l’on constate que les suppressions effectuées sur la première édition ont bien été prises en compte dans la seconde.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.47.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.47 (Bibliothèque Méjanes).

Souvent (mais pas toujours!) les corrections proposées par Voltaire ont été intégrées au texte de la seconde édition. Par exemple, la note marginale ci-contre suggère de tourner la phrase autrement: ‘la joie est un sentiment plus pénétrant’, et la seconde édition reproduit exactement la tournure proposée par Voltaire. Mais ailleurs Vauvenargues réécrit son texte à sa façon, ou bien prend le parti de le réimprimer tel quel. En marge de ce ‘Conseil à un jeune homme’, Voltaire demande ‘pourquoi cet air de lettres familières’ (voir illustration ci-dessous), jugeant que cette forme d’adresse, ‘mon très cher ami’, n’a pas sa place dans un livre qui n’a pas de destinataire en particulier. Cependant ces mots demeurent inchangés dans le texte de 1747.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.181.

Introduction à la connaissance de l’esprit humain, p.181 (Bibliothèque Méjanes).

L’ancien officier qu’est Vauvenargues, dont c’est le premier ouvrage, ne se laisse pas intimider par l’homme de lettres déjà fort célèbre qu’est Voltaire. Tout porte à croire que les deux hommes s’étaient liés d’une véritable amitié, et si les commentaires de Voltaire sont sans complaisance, le temps qu’il a dû y consacrer montre bien l’affection qu’il éprouvait à l’égard de son jeune confrère. Le volume aujourd’hui conservé à Aix était d’abord un don de Vauvenargues, offert à son prestigieux ami. Quand Voltaire le lui rend, il devient don de soi, de son jugement, de son temps.

– Gillian Pink

[1] Voltaire à Vauvenargues; la lettre n’est pas datée, mais Th. Besterman la situe vers le 15 février 1746.

[2] Lettre située vers le 15 mai 1746 par Th. Besterman.