Apprivoiser ses livres: Voltaire ‘marginaliste’

Les marginalia sont un phénomène auquel on s’intéresse de plus en plus, comme l’illustre par exemple le répertoire Annotated Books Online. Paradoxalement, à une époque où il est souvent mal vu d’écrire dans ses livres, d’en corner les pages, ou de les déchirer, les historiens du livre étudient les traces de lecture anciennes et montrent que défigurer un livre peut lui donner du prix, comme le reconnaît Andrew D. Scrimgeour, responsable des bibliothèques à Drew University au New Jersey. Les auteurs J. J. Abrams et Doug Dorst, pour leur part, ont trouvé dans la pratique des notes marginales une structure et un thème propices pour un roman.

Jean Racine, Œuvres, t.2, p.423. Bibliothèque nationale de Russie.

Jean Racine, Œuvres, Paris, 1736, t.2, p.423. Bibliothèque nationale de Russie.

‘Je voudrais bien savoir quel est l’imbecille […] qui a défiguré par tant de croix et qui a cru rempli de fautes le plus bel ouvrage de notre langue’: c’est ainsi que Voltaire réagit en marge aux traces qu’un autre a laissé dans son exemplaire des Œuvres de Racine. Mais dès qu’il devient lecteur à son tour, tout est possible. Sur une période de plus de cinquante ans, Voltaire a écrit dans les livres qui passaient entre ses mains: c’est le sujet de ma monographie, Voltaire à l’ouvrage, tout récemment parue. En tant qu’auteur célèbre, il a compris que ces traces avaient de la valeur et il lui arrivait d’offrir des exemplaires annotés à d’illustres connaissances et à des personnes de son entourage. Il a peut-être même pressenti qu’on allait s’intéresser à sa bibliothèque après sa mort, car certains commentaires marginaux semblent attendre un lecteur futur: ‘tout cela est de moy / jecrivis cette lettre’, note-t-il à côté d’un texte que Jean-François, baron de Spon cite comme ayant été présenté aux Etats-Généraux de Hollande en octobre 1745 – une espèce de ‘j’y étais!’ laissé pour la postérité.

Jean François, baron de Spon,Mémoires pour servir à l’histoire de l’Europe, depuis 1740 jusqu’à la paix générale signée à Aix-la-Chapelle, t.3, p.51. Bibliothèque nationale de Russie.

Jean François, baron de Spon, Mémoires pour servir à l’histoire de l’Europe, depuis 1740 jusqu’à la paix générale signée à Aix-la-Chapelle, Amsterdam, 1749, t.3, p.51. Bibliothèque nationale de Russie.

Tous les marginalia de Voltaire contenus dans les livres de sa bibliothèque personnelle sont désormais disponibles: le neuvième tome du Corpus des notes marginales vient de paraître. Cette publication clôt le premier volet du projet commencé pendant les années 1960 à la Bibliothèque nationale de Russie. (Un dixième tome fournira les traces de lecture de Voltaire qu’on connaît en dehors de sa bibliothèque.) Le Corpus, dont la publication a été reprise dans les Œuvres complètes de Voltaire sous la direction de Natalia Elaguina à partir des années 2000, donne à chacun la possibilité de se plonger dans l’univers des lectures de Voltaire, monde à moitié imprimé, à moitié manuscrit, et constitue un outil formidable pour redécouvrir cet auteur pourtant déjà si connu.

Les traces de lecture de Voltaire permettent de traquer les origines de ses propres textes, grâce aux signets, aux soulignements et aux réactions en marge qui marquent des passages qu’il cite, qu’il conteste ou qu’il transforme dans ses écrits. Les notes comprennent des réactions ludiques et polémiques qui désorganisent parfois la lecture de l’imprimé, tels ses ajouts manuscrits à la page de titre des Erreurs de Voltaire de Claude-François Nonnotte, et des corrections qu’il a faites pour des amis (à paraître dans le tome 10 du Corpus).

Claude-François Nonnotte, Les Erreurs de Voltaire. Bibliothèque nationale de Russie.

Claude-François Nonnotte, Les Erreurs de Voltaire. Bibliothèque nationale de Russie.

Les rapports que Voltaire entretient avec ses livres sont fortement ancrés dans la matérialité de l’objet. Ainsi, il introduit des plis, des entailles dans le papier, il exploite adroitement les différents espaces blancs à sa disposition, il démembre des volumes, les refait à sa manière, il utilise encres, crayon de plomb, sanguine, et crayons de couleurs pour laisser ses traces sur la page. Voltaire aurait apprécié les fonctions de recherche et de repérage offertes par le Kindle, les fichiers pdf et autres manifestations du numérique. Ces technologies permettent de joindre des annotations au texte, mais n’accordent pas les mêmes possibilités d’un corps à corps qui caractérise la lecture telle qu’il l’a pratiquée. Dans Voltaire à l’ouvrage, je me penche également sur les lectures faites dans différentes langues, et sur le style et la poétique des annotations marginales. C’était l’occasion aussi de comparer les marginalia de cet auteur à ceux d’autres lecteurs de l’époque, ce qui fournit un contexte et permet de mesurer l’originalité, ou non, des pratiques voltairiennes.

Gillian Pink

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Les manuscrits à la VF: découvertes et partage

First page of ‘Assassins section 2de’

Début de la copie de l’article ‘Assassins section 2de’ (Voltaire Foundation: ms.73 [Lespinasse 3], p.14).

Une petite armoire à la Voltaire Foundation abrite une collection modeste de manuscrits dont la plupart datent du dix-huitième siècle. Rassemblés par notre fondateur, Theodore Besterman, tous les documents ne concernent pas forcément (ou uniquement) Voltaire: récemment nous avons accueilli des chercheurs de l’équipe des Œuvres complètes de d’Alembert, un collègue de la British Library, et j’ai aussi été contactée par le responsable du projet de l’Inventaire Condorcet, qui me demandait de vérifier des références et de fournir, pour leur beau site, des photos de certaines lettres que Voltaire avait adressées à Condorcet dont nous possédons des copies d’époque.

C’est en cherchant une de ces lettres, en feuilletant un volume de papiers laissés par Mlle de Lespinasse, que je suis tombée sur un texte de Voltaire qui m’était familier, et cela depuis dix ans, car c’est en 2008 que j’ai participé à l’édition du second volume des Questions sur l’Encyclopédie dans les Œuvres complètes de Voltaire. Par un heureux hasard, la découverte coïncidait avec le travail de préparation de l’introduction des mêmes Questions, qui paraîtra dans quelques mois. Il ne s’agissait aucunement d’une hallucination: le texte, ‘Assassins section 2de’, est bel et bien celui de l’article ‘Assassinat’ de cet ouvrage de Voltaire en forme d’encyclopédie (article au demeurant assez méchant, où l’auteur s’attaque à Jean-Jacques Rousseau).

Selon la note inscrite en marge du titre de ce texte dans le manuscrit Lespinasse (on la voit sur la photo), Voltaire envoya l’article à D’Alembert avec sa lettre du 9 juillet 1770 (D16505). Ce qui m’a surprise, c’est que l’inclusion de cette ‘pièce jointe’ n’est pas signalée dans l’édition de la correspondance de Voltaire procurée par Theodore Besterman. La chose étonne surtout étant donné que celui-ci connaissait déjà le volume manuscrit au moment de préparer son édition (cette copie est l’unique source de la lettre qui nous occupe), et en fournit la référence dans l’apparat critique de la lettre. Il a donc apparemment jugé qu’il n’était pas pertinent de mentionner ce témoignage concernant l’envoi de l’article avec la lettre. Pourtant, il est extrêmement intéressant pour quiconque s’intéresse à la diffusion et à la pré-publication des Questions de savoir que cet article figure parmi ceux que l’auteur envoya à D’Alembert, l’un des deux responsables de l’Encyclopédie, ouvrage avec lequel les Questions entrent pour ainsi dire en dialogue.

La question se pose évidemment de savoir si le copiste disait vrai ou s’il se trompait… Mais cette petite histoire d’une trouvaille inattendue illustre l’évolution de l’esprit de l’édition critique sur la quarantaine d’années qui se sont écoulées depuis la parution de la seconde édition de la correspondance de Voltaire dans les années 1970. On a beaucoup plus tendance de nos jours à prêter attention aux détails matériels des sources et à incorporer ces indices à l’apparat critique. D’un point de vue personnel, je suis contente d’avoir trouvé ce manuscrit avant et non pas après la parution de l’introduction des Questions – où Christiane Mervaud s’intéresse à la genèse et à la diffusion de ce texte – et heureuse aussi de constater qu’il ne présente aucune variante textuelle par rapport aux deux autres manuscrits connus de cet article, qui sont conservés, assez bizarrement, dans la même armoire à la Voltaire Foundation.

– Gillian Pink

 

 

Le Portugal de Voltaire: un royaume sans lumières

Daumier

Honoré Daumier, jésuite cherchant à détériorer la statue de Voltaire. Lithographie parue dans Le Charivari du 22 septembre 1869.

Voltaire a très tôt développé une piètre opinion de la culture portugaise et de ses élites. Ses idées s’étant formées au contact des Lettres persanes de Montesquieu et des Lettres juives du Marquis d’Argens, le Portugal lui apparaissait peuplé d’individus vains et orgueilleux, et la cour portugaise lui semblait un endroit triste et de peu d’agréments (voir la lettre au marquis d’Argenson du 16 avril 1739). La toute-puissance de l’Inquisition, qui dans Candide persécute les innocents suite au terrible tremblement de terre survenu à Lisbonne en 1755, entérine un jugement déjà sévère. Si Voltaire applaudit à l’expulsion des Jésuites du royaume en 1759, orchestrée par le très puissant premier ministre le Marquis de Pombal, il ne révisera plus son opinion sur la monarchie lusitanienne. C’est qu’en 1761 le père Malagrida est brûlé par l’Inquisition après avoir publié un écrit (Juízo da verdadeira causa do Terramoto) où il lie le tremblement de terre à la colère divine dirigée contre les vices de la capitale. Si Voltaire ironise sur les idées du jésuite, il critique néanmoins très sérieusement les liens que Lisbonne entretient avec Rome.

Il est indéniable que le tribunal de l’Inquisition était très puissant au Portugal, et que l’ultramontanisme avait laissé des traces dans la théologie et la philosophie. Ce dernier courant de pensée se manifesta très fortement pendant le règne de Jean V, le prédécesseur de Joseph Ier, roi sous lequel gouverna le Marquis de Pombal. Cependant, comme en France malgré la censure, les Lumières (Luzes en portugais) se diffusèrent au Portugal. Un des meilleurs représentants de ce courant de pensée est Louis Antonio Verney, qui s’est illustré par ses travaux en pédagogie où il prend le contre-pied des Jésuites. Dans Le Précis du siècle de Louis XV, Voltaire fait de l’Inquisition le thème principal de sa critique de ‘l’obscurantisme portugais’. Ce cadre de pensée va être utilisé par les historiens libéraux du dix-neuvième siècle – en particulier Alexandre Herculano dans son Histoire de l’Inquisition (1854-1859) – pour dénoncer le retard économique et scientifique pris par le Portugal dans de nombreux domaines. L’idée de cette critique est que la peur, voire la paranoïa, distillée dans les esprits par l’Inquisition conduisit les Portugais vers une sorte de timidité, voire de crainte mentale, qui serait à l’origine de l’immobilisme de la nation. Au vingtième siècle, cette critique sera réutilisée pour expliquer la facilité avec laquelle l’Etat Nouveau d’Antonio de Oliveira Salazar a impressionné les consciences, grâce notamment à l’exploitation d’une police politique de sinistre mémoire. (Antonio Tabucchi a fort bien décrit le climat de suspicion et de crainte qui régnait alors dans son beau roman Pereira prétend.)

Au dix-huitième siècle, cependant, nombreux sont ceux, parmi les jeunes notamment, qui apprécient la pensée de Voltaire et qui font circuler ses productions sous le manteau. António Ferreira de Brito s’est d’ailleurs demandé si l’œuvre du philosophe aurait été pareillement appréciée si elle n’avait pas été aussi censurée.

Certains traits, à la fois politiques et religieux, des ‘Lumières portugaises’ expliquent la réception tronquée de Voltaire. Si la puissance des jésuites posait problème au Marquis de Pombal il n’est pas pour autant devenu un amateur de Voltaire et ceci pour au moins deux raisons. Le fait est que le catholicisme portugais connaissait un renouveau avec la philosophie du pape Benoît XIV, mais surtout, pour le puissant premier ministre, la critique du pouvoir politique était poussée trop loin chez Voltaire. De ce fait, et Louis Antonio Verney partageait cette opinion, l’impiété de Voltaire paraissait trop corrosive, d’où le nombre important de ses œuvres qui furent condamnées et qui le restèrent durant de nombreuses décennies. L’une des répercussions fâcheuses des invasions françaises que le pays subit en 1807 et 1809 fut que le libéralisme en sortit durablement discrédité, phénomène qui assura la pérennité de la monarchie pendant le dix-neuvième siècle. L’hostilité des pouvoirs politiques envers les critiques anti-absolutistes de Voltaire, alliée à la puissance de frappe de l’Inquisition et à la ‘terreur psychologique’ exercée par ce tribunal, a conditionné la réception de Voltaire au Portugal.

Si, parmi les ecclésiastiques très nombreux sont ceux qui dénoncent le déisme voire le matérialisme de l’auteur travestis sous son rationalisme[1], dans d’autres cercles de lecteurs on observe des hésitations, voire des condamnations explicites, qui traduisent un malaise certain devant les écrits voltairiens.

Lisbon

‘La ville de Lisbon dans son état avant le tremblement de novembre 1755’, par J. Couse; entre 1755 et 1760 (image Wikicommons).

Les textes les plus sulfureux du patriarche de Ferney, comme le Dictionnaire philosophique, seront brûlés par le bourreau en place publique. D’ailleurs, fait frappant qui illustre l’attitude anti-libérale du dix-neuvième siècle et l’hostilité fasciste du vingtième siècle, cet ouvrage ne paraîtra en traduction portugaise qu’en 1966. On assiste d’ailleurs au même phénomène en ce qui concerne les romans. Candide est traduit en 1835 avec le titre curieux de Cândido ou o optimismo ou o philósofo enforcado em Lisboa pelos Inquisidores, e apparecendo depois em Constantinópla nas Galés;[2] or malgré l’accent placé sur l’Inquisition le texte est édulcoré et les critiques anti-absolutistes atténuées. Il en va de même pour la traduction de Zadig faite en 1815, totalement purgée des éléments les plus critiques, et globalement remaniée. S’il est important de se souvenir que les critères de traduction d’alors étaient bien moins rigoureux que les nôtres, la comparaison qui peut être faite avec la traduction de Zadig de Filinto Elísio de 1778 (mais publiée en 1819) montre que la censure sur la pensée de Voltaire est restée constante.

Ces quelques exemples illustrent donc une réception complexe, avec d’un côté un intérêt évident de la part des lecteurs pour les œuvres de Voltaire, et de l’autre une méfiance, voire une peur, envers la radicalité la plus rationaliste. A cette forme de réception intellectuelle s’ajoutent encore les barrières politique et religieuse qui non seulement dénaturèrent l’œuvre de Voltaire mais qui de plus en restreignirent très fortement l’accès, et ceci même pour les textes majeurs, jusqu’à la deuxième moitié du vingtième siècle. La traduction du théâtre voltairien connut cependant une diffusion rapide dès la chute du Marquis de Pombal, à partir des années 1780. José Anastácio da Cunha fait publier une traduction de Mahomet en 1785[3], pièce qu’il avait fait jouer en privé dans la décennie 1770. Ainsi, il semblerait que le théâtre de Voltaire soit passé plus facilement entre les mailles de l’Inquisition. Une étude fouillée à ce sujet reste à entreprendre.

– Helder Mendes Baiao

[1] La traduction dès 1775, de l’opuscule apocryphe Repentir ou Confession publique de Monsieur de Voltaire (1771) illustre le procès d’impiété fait à Voltaire.

[2] ‘Candide ou l’optimisme ou le philosophe pendu à Lisbonne par les Inquisiteurs, et qui réapparaît ensuite à Constantinople aux galères’.

[3] José Anastácio da Cunha, Tradução do ‘Mofama’ de Mr. de Voltaire, in Obra literária, (Oporto, 2006), t.2, p.211-99.

Les Nouveaux Mélanges : recette d’une bonne capilotade, façon Voltaire

CAPILOTADE. s. f. Sorte de ragoût fait de plusieurs morceaux de viandes déjà cuites. Bonne capilotade. Faire une capilotade des restes de perdrix, de poulets.

On dit proverbialement et figurément, Mettre quelqu’un en capilotade, pour dire, Médire de quelqu’un sans aucun ménagement, le déchirer, le mettre en pièces par des médisances outrées.

Dictionnaire de l’Académie française, éd. 1762.
Page de titre des Nouveaux Mélanges, 3e partie (1765)

Page de titre des Nouveaux Mélanges, 3e partie (1765).

Prenez des échanges dialogués, qui tiennent à la fois du conte, de la scène isolée et du dialogue philosophique, ajoutez des fragments, une anecdote, des facéties. Salez, poivrez  généreusement. Vous obtiendrez un ensemble de ‘petits chapitres’ narratifs, argumentatifs et  on s’en doute  polémiques. C’est ainsi que le tome 60A des Œuvres complètes de Voltaire rassemble, sous le titre de Nouveaux Mélanges, une trentaine de textes brefs, très majoritairement en prose, parfois en vers, publiés ou republiés en 1765: ils offrent l’agrément de la variété et le charme des écrits ‘courts et salés’ mitonnés dans l’intarissable officine de Ferney. Le plat a du goût, et il est nourrissant.

Par delà la diversité des sujets et des formes, cet ensemble aborde en effet des questions qui se rattachent à trois au moins des préoccupations majeures de Voltaire depuis le début des années 1760: les affaires judiciaires (Calas, Sirven et bientôt La Barre), la campagne incessante menée contre l’Infâme, l’implication du ‘patriarche’ dans les troubles politiques qui agitent la République de Genève. Les textes réunis dans ce volume bénéficient en outre de l’unité éditoriale que leur confère leur parution dans la ‘troisième partie’ des Nouveaux Mélanges philosophiques, historiques, critiques, etc. etc., recueil publié par les frères Cramer avec le concours de Voltaire.

Les questions abordées ne sont donc pas foncièrement nouvelles: ces textes présentent, on le voit, des enjeux, notamment idéologiques, qui rejoignent ceux d’œuvres réputées ‘majeures’, publiées, rééditées ou remises en chantier à la même époque  le Dictionnaire philosophique, La Philosophie de l’histoire qui servira dans les années suivantes d’‘Introduction’ à l’Essai sur les mœurs. En production, tel trait, tel argument, tel exemple avancé dans l’un de ces ‘rogatons’ sert peut-être à compléter tel passage de l’une de ces œuvres, à moins que ces nouveautés, qui constituent les variantes introduites dans les moutures récentes de ces œuvres, ne constituent le noyau à partir duquel s’organise la matière du rogaton. En réception, redire avec des variations, c’est veiller, dans ces années de lutte, à la plus large diffusion possible des idées, à une forme de saturation de l’espace public dans laquelle Voltaire est passé maître. De nos jours, la recette fonctionne toujours: le connaisseur des ‘grandes’ œuvres, sensible au rappel d’une touche ou d’un morceau, apprécie les vertus digestives de ces petits textes; pour l’amateur et le curieux, ces derniers peuvent aussi servir d’apéritif préparant à la consommation des premières. En somme, les ‘petits chapitres’ se dégustent en entrée ou en dessert, de part et d’autre des plats de résistance qui les accompagnent, les mauvais convives dussent-ils se plaindre d’indigestion lorsque les mêmes mets  ou presque  leur sont trop fréquemment servis.

Le lecteur gourmand peut enfin s’intéresser à la manière dont Voltaire confectionne ce qu’il appelle fréquemment ses ‘petits pâtés’ et ses ‘ragoûts’, et, au-delà d’un art consommé d’accommoder les restes, chercher à percer celui de mettre les petits plats dans les grands  autrement dit s’interroger sur le statut de ces sous-ensembles que sont les ‘mélanges’ dans l’architecture globale de ‘collections complètes’ qui, du vivant de Voltaire, ne le restent jamais longtemps. L’existence de ces ‘mélanges’ questionne enfin l’actuelle collection, censément définitive, des Œuvres complètes, dont le principe de classement chronologique des textes exclut les regroupements génériques adoptés jusque-là. L’architecture de ce volume, tout comme celle du tome 45B (Mélanges de 1756) publié en 2010, montre que la catégorie accueillante des ‘mélanges’ constitue encore, faute de mieux, un principe efficace de regroupement des écrits fugitifs.

– Olivier Ferret

 

Un ennemi distingué: Bergier face à Voltaire

Nicolas-Sylvestre Bergier (image Wikicommons).

Nicolas-Sylvestre Bergier (image Wikicommons).

Des ennemis, Voltaire n’en manque pas, comme on sait, et particulièrement chez ceux qu’on appelle les antiphilosophes.[1] S’ils ont le malheur d’être aussi vindicatifs que lui, il ne les épargne guère, et quoi qu’il arrive, il les harcèle de pointes, les enterre sous les quolibets, quand il ne se laisse pas aller à de moins glorieuses attaques. Pourtant, à côté des Fréron, Le Franc de Pompignan, Nonnotte, Chaumeix et quelques autres, qui doivent à l’acrimonie de Voltaire l’essentiel de leur postérité, il y a une exception qui confirme la règle: un apologiste que, de manière étonnante, Voltaire n’attaque pas frontalement et qu’il semble même ménager; un défenseur de la religion catholique pour lequel il manifeste indéniablement une certaine estime intellectuelle; bref, un champion du christianisme qui reste fréquentable en pleine campagne contre l’Infâme! Cette perle rare, c’est l’abbé Nicolas-Sylvestre Bergier.[2]

Bergier, Le Déisme réfuté par lui-même (Paris, 1765), page de titre.

Bergier, Le Déisme réfuté par lui-même (Paris, 1765), page de titre.

Qu’a-t-il pour bénéficier d’un tel traitement de faveur? Pourquoi cette polémique sans animosité, telle qu’elle se manifeste dans une seule œuvre, les Conseils raisonnables à M. Bergier (qui paraît ce mois-ci dans le tome 65c des Œuvres complètes de Voltaire) – absence d’acharnement assez rare pour être notée? C’est que ce n’est pas un apologiste comme les autres. Par son itinéraire tout à fait exceptionnel, il est devenu celui par qui l’Eglise peut ambitionner de battre les incrédules sur leur propre terrain, celui d’une libre pensée en débat: entendons qu’il n’est pas un théologien dogmatique étalant ses autorités, mais un penseur qui accepte de se plier aux règles du débat rationnel. En cet âge de cercles littéraires ou intellectuels, la ‘fréquentation’ des philosophes se fera, avec l’abbé Bergier, au sens le plus littéral du terme: il ira sur les terres de ses ennemis, en assistant, par exemple, aux fameuses soirées du baron d’Holbach, où il s’est fait introduire par son frère, François-Joseph Bergier, libertin et libre penseur, qui a des convictions aux antipodes des siennes. Diderot ne se fera pas faute d’ailleurs de vanter à son propre frère, avec lequel les relations sont tendues, ce modèle de coexistence pacifique! L’abbé cessera cependant ses passages quand il se mettra à attaquer franchement les principes des athées matérialistes qui viennent de frapper un grand coup avec le Système de la nature, dont l’auteur véritable, derrière le pseudonyme de Mirabaud, n’est autre que d’Holbach lui-même. C’est une cible que Bergier partage avec Voltaire, même s’ils ne sont pas du même bord.

Bergier, L’Apologie de la religion chrétienne (Paris, 1769), page de titre.

Bergier, L’Apologie de la religion chrétienne (Paris, 1769), page de titre.

Ce qui fait vraiment l’importance de Bergier c’est que figurent à son tableau de chasse rien moins que trois grands penseurs considérés comme les principaux dangers pour la religion catholique: d’Holbach, Rousseau et Voltaire! En quelques années il a enchaîné les réfutations de leurs œuvres: il réplique coup sur coup à Rousseau dans Le Déisme réfuté par lui-même (1765), aux nombreuses productions voltairiennes dans L’Apologie de la religion chrétienne (1769), et au Système de la nature du baron d’Holbach dans l’Examen du matérialisme (1771). Entre Rousseau et Voltaire, Bergier aura eu le temps de réfuter l’Examen critique des Apologistes de la religion chrétienne, attribué alors à Fréret, dans La Certitude des preuves du christianisme (1767). C’est précisément cet ouvrage qui va décider Voltaire à répliquer, et c’est ainsi que naissent les Conseils raisonnables. Si Bergier est sensible à l’originalité de la position de Rousseau et à la radicalité de d’Holbach, Voltaire tiendra toujours une place à part dans son combat: il le considère comme le patriarche des incrédules, celui qu’il convient donc de réfuter de préférence pour contrarier la séduction de ses persiflgages iconoclastes – figure de proue d’autant plus à craindre qu’elle s’abrite lâchement derrière de multiples pseudonymes. Bergier a cependant presque toujours la correction de ne pas les dévoiler, quelque transparents qu’ils soient. L’animosité ne se cache pas cependant en privé et le ressentiment est perceptible dans la manière dont Bergier rend compte de la mort de Voltaire à un de ses correspondants le 20 mars 1778: ‘Voltaire a crevé comme il devait naturellement le faire avec le sombre désespoir d’un réprouvé’!

Bergier, La Certitude des preuves du christianisme (Paris, 1767), page de titre.

Bergier, La Certitude des preuves du christianisme (Paris, 1767), page de titre.

On prend la mesure de son originalité de ‘philosophe chrétien’ quand on considère sa trajectoire d’ensemble, jusqu’à la fin de sa vie en 1790. S’il adopte volontiers des positions qui le classsent parmi les conservateurs (comme son rejet de la reconnaissance des unions protestantes par exemple), il est aussi un théologien hétérodoxe, que sa hiérarchie regarde d’un œil méfiant. Non seulement il collabore à l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke, qui prend la relève ostensible de celle de Diderot et D’Alembert, mais il oriente également certains dogmes vers des positions moins rigoristes, en ne se prononçant pas ainsi sur la damnation des enfants non baptisés. Si socialement et politiquement il appartient incontestablement au camp des antiphilosophes, intellectuellement il participe d’une forme d’acculturation philosophique dont témoignent ses positions doctrinales, qui lui valent souvent la censure de l’Eglise.

Comment qualifier un tel personnage? le plus philosophe des antiphilosophes? Grimm dans la Correspondance littéraire du 15 avril 1767 estime qu’il ‘est un homme très supérieur aux gens de son métier’ mais ajoute perfidement: ‘C’est dommage que sa bonne foi lui fasse exposer les objections de ses adversaires dans toute leur force, et que les réponses qu’il leur oppose ne soient pas aussi victorieuses qu’il se l’imagine’. Maintenant que le combat est passé, et que chacun peut choisir son vainqueur, on peut surtout apprécier de voir Voltaire choisir un ennemi qu’il ne se contente pas de ridiculiser.

– Alain Sandrier, Université Paris Nanterre

[1] Un dictionnaire de référence vient de paraître à leur sujet: Dictionnaire des anti-Lumières et des antiphilosophes, éd. D. Masseau (Paris, 2017). Il faut également citer les travaux pionniers de Didier Masseau, Les Ennemis des philosophes (Paris, 2000) ainsi que la synthèse d’Olivier Ferret, La Fureur de nuire (SVEC 2007:03).

[2] Voir la monographie de Sylviane Albertan-Coppola, L’Abbé Nicolas-Sylvestre Bergier (1718-1790) (Paris, 2010).

Catfishing Voltaire

Sam Bailey has just received an MSt in European Enlightenment studies from the University of Oxford (distinction) and won the Gerard Davis prize for his MSt dissertation. He is working at the VF as a research assistant over the summer. In the coming academic year, he will begin an AHRC-funded PhD on representations of disability in seventeenth-century French cabaret poetry at the University of Durham.

Paul Desforges-Maillard, by Pieter Tanjé, 1756.

Paul Desforges-Maillard, by Pieter Tanjé, 1756.

It is for good reason that the Republic of Letters is often referred to as a social network. A quick browse of the Electronic Enlightenment project reveals how seamlessly the lengthy written exchanges between the philosophes can be repurposed for digital publication. Indeed, the letters themselves, with their perplexing in-jokes, abbreviations and allusions, seem to invite the various cross-references and hyperlinks that can be added when publishing electronically. So strong are these parallels, that a recent seminar I attended involved a tangential discussion of whether Diderot would have liked Wikipedia. (For the record, we concluded that he would have admired the ambition of the project but would not have liked the fact that anyone can contribute).

As with their twenty-first-century counterparts, eighteenth-century social networks came with a host of pitfalls and were frequently hijacked for the purposes of trickery and even practical jokes. Indeed, a so-called mystification involved luring an unsuspecting gullible individual into a humorous trap designed to teach him or her to be more alert.[1] A particularly popular strategy was to adopt a false identity through which to communicate with one’s target, a ruse that bears a striking resemblance to the modern-day concept of ‘catfishing’. For those who don’t spend their time watching late-night American reality TV, catfishing is the social media phenomenon of creating a fake online profile to strike up a (usually romantic) relationship with a stranger.

The term originates from the 2010 film Catfish, which documents a real-life situation of this kind. A character explains that when transporting live cod for long distances, fishermen found that the flesh of the fish turned soft and mushy due to inactivity. Their solution was to place a small number of catfish into the tanks, which proceeded to chase the cod and keep them agile. There are people in life who are like those catfish, so the analogy goes, people whose unpredictable actions keep us alert and forever looking over our shoulders. Although the name and the online setting are new, the phenomenon of catfishing is most certainly very old.

Poem by Desforges-Maillard

Poem by Desforges-Maillard published in the July 1732 issue of the Mercure de France.

Towards the beginning of his life as a literary celebrity, Voltaire was embroiled in a saga very similar to a modern incident of catfishing when he became the unwitting victim of Paul Desforges-Maillard. As explained in the 1880 edition of his collected works, Desforges was a lawyer and amateur poet from Brittany who, despondent after many failed attempts at achieving literary recognition, tried an ingenious marketing strategy with the latest poem he sent to the Mercure de France. And so, ‘un beau jour de l’année 1732 […] le Mercure présenta à Voltaire, coquettement encadrée dans ses colonnes, la pièce de vers suivante, datée du Croisic, en Bretagne, et signée d’une femme’.[2]

The woman in question was one Mlle Malcrais de la Vigne, whose verses in the Mercure had already won her several admirers in the months leading up to this event. However, none were as distinguished as Voltaire. The verse ‘A M. Arouet de Voltaire…’ was an immediate hit, causing Desforges to continue publishing under the Malcrais pseudonym and receive further praise from many unsuspecting (male) readers. The seductive image of the ‘héroine du Mercure’, an unmarried, unknown woman, exiled far from metropolitan Paris in Brittany completely captured the imagination of the Parisian reading public.[3] Eventually, Malcrais’s verse received a laudatory, even flirtatious, response from Voltaire himself, who, by all accounts, had been duped: ‘Voltaire, ce prince des moqueurs, a aussi été moqué, joué, mystifié’.[4]

Poem (dated 15 August 1732) sent to the Mercure de France by Voltaire

Poem (dated 15 August 1732) sent to the Mercure de France by Voltaire as a response to Desforges-Maillard’s poem.

Alain Viala recognises that ‘signer une œuvre publiée, c’est engager une image de soi’, and the pseudonymous identity of Mlle Malcrais de la Vigne is precisely that: a projection of a fabricated self-image designed to carry out a mystification of her readers and, specifically, to ensnare Voltaire, the prince of mockery himself.[5] Initially, wrote Desforges-Maillard in 1753, his objective was simple: ‘quand j’écrivis sous le nom de mlle de Malcrais; je ne voulais tromper que l’auteur du Mercure avec lequel j’étais brouillé, chacun prit la pilule et l’avala’.[6] How far we choose to believe this self-portrait of the catfish as a victim of circumstance is up to us, but it serves to highlight a risk inherent to pseudonymous publication, namely that one can never be sure how far the ruse will play out and exactly whom it will deceive.

Desforges writes that Voltaire was ‘bien double, bien vain et bien mauvais’, in other words, just as much of a con-artist as the man behind Malcrais.[7] Far from a literary demi-god, Voltaire is, in Desforges’ view, no more than another cunning trickster who dons masks as and when he sees fit with a view to deceiving people into exalting him. While Desforges evidently had no qualms about deceiving a man he considered the arch-deceiver, even relishing the challenge, the moral limit for him came when, still publishing as Malcrais, he received a letter from the biographer Évrard Titon du Tillet praising her work. Desforges felt guilty for duping Titon du Tillet, a seemingly honourable man who was himself guilty of no trickery, and this caused him to reveal his true identity to his readers, who, predictably, promptly lost interest.[8]

Voltaire, however, never forgot, frequently evoking the Malcrais episode in his correspondence as the definitive example of all not being as it seems. Desforges is remembered, but only as Malcrais, the ‘muse androgyne’ to whom Voltaire continued to make reference in letters right up until 1770. Malcrais’ name is preserved in history as Voltaire’s catfish, the cautionary figure who kept him alert and ceaselessly reminded him that appearances may be deceiving.

– Sam Bailey

[1] For more on mystification, see Reginald McGinnis’s Essai sur l’origine de la mystification (Paris, 2009).

[2] Paul Desforges-Maillard, Poésies diverses de Desforges-Maillard (Paris, 1880), p. II.

[3] Desforges-Maillard, Poésies diverses, p. IX.

[4] Desforges-Maillard, Poésies diverses, p. I.

[5] Alain Viala, La Naissance de l’écrivain (Paris, 1985), p. 85.

[6] Desforges-Maillard to Gilles François de Beauvais, 21 June 1753.

[7] Desforges-Maillard to Gilles François de Beauvais, 21 June 1753′.

[8] The way in which Desforges revealed his true identity is yet another remarkable tale that allegedly involved him dressing as a woman and going to dinner with Voltaire. The full story can be found in the preface to the 1880 edition.

L’Ingénu and Electronic Enlightenment

Title page of the first edition of L’Ingénu.

Title page of the first edition of L’Ingénu.

Electronic Enlightenment (EE), an online collection of edited correspondence from the early modern period, has been an invaluable resource for me as a first-year modern languages student at Durham University. As part of the Reading French Literature module I have been studying my first work by Voltaire, the satirical novella L’Ingénu, and have used EE to explore Voltaire’s correspondence, pursuing my intuitive hunches about this text as well as finding out more about the context in which it was written.

Religion struck me as one of the main topics of discussion in L’Ingénu. In reading letters to and from Voltaire on EE, I began to better appreciate the extent of religious contention in eighteenth-century France. The theory of Creation is referenced in a seemingly poignant moment at the end of chapter 13, where l’Ingénu is touched by the sight of a beautiful woman: ‘il faut convenir que Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes.’ However, shortly after this assertion, Voltaire writes, ‘C’est une absurdité, c’est un outrage au genre humain, c’est un attentat contre l’Etre infini et suprême de dire: Il y a une vérité essentielle à l’homme, et Dieu l’a cachée.’ Here the use of irony and of different narrative voices points to the value of turning to Voltaire’s correspondence, as this is an external source which may be used to compare Voltaire’s voice as a narrator with his supposedly real voice when in communication with his peers. Voltaire’s particular form of expression means that the reader can never be quite sure as to where his personal opinion lies. This is confirmed through a study of his correspondence, where we see him playing with different voices.

Letters from figures such as Jean Le Rond d’Alembert piqued my curiosity to read about religious policy in contemporary society. D’Alembert remarks about religious tensions and debate in France, ‘la censure de la Sorbonne contenait douze à quinze pages contre la Tolérance’ (14 August 1767). This source of ‘unofficial’ discourse between the two men corresponding in a personal capacity is useful in gauging a contemporary reaction to the public discourse and politics of the time and the context in which Voltaire wrote.

Image from L'Ingénu.

‘Le Huron tout nu dans la rivière, attendant qu’on l’y vienne baptiser’, in Le Huron, ou l’Ingénu, histoire véritable, fromRomans et Contes de M. de Voltaire, 3 vol. (Bouillon, 1778), vol.2, p.234. Image BnF/Gallica.

Without this letter, I would not have started to explore so keenly this facet of eighteenth-century society. Similar religious contention is revealed in Voltaire’s letter to Etienne Noël Damilaville, as he makes reference to the significance of truth and tolerance in religious debate: ‘Je sais avec quelle fureur le fanatisme s’élève contre la philosophie. Elle a deux filles qu’il voudrait faire périr comme Calas, ce sont la vérité et la tolérance’ (1 March 1765). The case of Jean Calas serves as an illustration of Voltaire’s discussion of religious intolerance. It prompted me to look further into the Calas story, and to learn about the inferior position of Protestants in France at the time.

This has influenced my reading of L’Ingénu, since it supported the idea that the protagonist was regarded as such a social outsider because of the uniformity and strictness with which Catholicism dominated. From reading Voltaire’s letters, we can acknowledge the position of the author. It is clear that he advocated religious freedom, and sought to denounce the Catholic Church, since he poses assertive questions such as: ‘comment obtenir justice? comment s’aller remettre en prison dans sa patrie où la moitié du peuple dit encore que le meurtre de Calas était juste?’ (1 March 1765).

Finally, reading a distinct form of material such as Voltaire’s letters, instead of solely his published writings, has made me consider the impact of the public and the motivation behind authorship. Much more assertive opinions regarding theological inclination are expressed in the evidently intimate, more personal letters than in Voltaire’s stories, and the subtlety of his opinions appears clearer when the richness of the correspondence in EE is taken into account.

– Hannah Hawken