Les Nouveaux Mélanges : recette d’une bonne capilotade, façon Voltaire

CAPILOTADE. s. f. Sorte de ragoût fait de plusieurs morceaux de viandes déjà cuites. Bonne capilotade. Faire une capilotade des restes de perdrix, de poulets.

On dit proverbialement et figurément, Mettre quelqu’un en capilotade, pour dire, Médire de quelqu’un sans aucun ménagement, le déchirer, le mettre en pièces par des médisances outrées.

Dictionnaire de l’Académie française, éd. 1762.
Page de titre des Nouveaux Mélanges, 3e partie (1765)

Page de titre des Nouveaux Mélanges, 3e partie (1765).

Prenez des échanges dialogués, qui tiennent à la fois du conte, de la scène isolée et du dialogue philosophique, ajoutez des fragments, une anecdote, des facéties. Salez, poivrez  généreusement. Vous obtiendrez un ensemble de ‘petits chapitres’ narratifs, argumentatifs et  on s’en doute  polémiques. C’est ainsi que le tome 60A des Œuvres complètes de Voltaire rassemble, sous le titre de Nouveaux Mélanges, une trentaine de textes brefs, très majoritairement en prose, parfois en vers, publiés ou republiés en 1765: ils offrent l’agrément de la variété et le charme des écrits ‘courts et salés’ mitonnés dans l’intarissable officine de Ferney. Le plat a du goût, et il est nourrissant.

Par delà la diversité des sujets et des formes, cet ensemble aborde en effet des questions qui se rattachent à trois au moins des préoccupations majeures de Voltaire depuis le début des années 1760: les affaires judiciaires (Calas, Sirven et bientôt La Barre), la campagne incessante menée contre l’Infâme, l’implication du ‘patriarche’ dans les troubles politiques qui agitent la République de Genève. Les textes réunis dans ce volume bénéficient en outre de l’unité éditoriale que leur confère leur parution dans la ‘troisième partie’ des Nouveaux Mélanges philosophiques, historiques, critiques, etc. etc., recueil publié par les frères Cramer avec le concours de Voltaire.

Les questions abordées ne sont donc pas foncièrement nouvelles: ces textes présentent, on le voit, des enjeux, notamment idéologiques, qui rejoignent ceux d’œuvres réputées ‘majeures’, publiées, rééditées ou remises en chantier à la même époque  le Dictionnaire philosophique, La Philosophie de l’histoire qui servira dans les années suivantes d’‘Introduction’ à l’Essai sur les mœurs. En production, tel trait, tel argument, tel exemple avancé dans l’un de ces ‘rogatons’ sert peut-être à compléter tel passage de l’une de ces œuvres, à moins que ces nouveautés, qui constituent les variantes introduites dans les moutures récentes de ces œuvres, ne constituent le noyau à partir duquel s’organise la matière du rogaton. En réception, redire avec des variations, c’est veiller, dans ces années de lutte, à la plus large diffusion possible des idées, à une forme de saturation de l’espace public dans laquelle Voltaire est passé maître. De nos jours, la recette fonctionne toujours: le connaisseur des ‘grandes’ œuvres, sensible au rappel d’une touche ou d’un morceau, apprécie les vertus digestives de ces petits textes; pour l’amateur et le curieux, ces derniers peuvent aussi servir d’apéritif préparant à la consommation des premières. En somme, les ‘petits chapitres’ se dégustent en entrée ou en dessert, de part et d’autre des plats de résistance qui les accompagnent, les mauvais convives dussent-ils se plaindre d’indigestion lorsque les mêmes mets  ou presque  leur sont trop fréquemment servis.

Le lecteur gourmand peut enfin s’intéresser à la manière dont Voltaire confectionne ce qu’il appelle fréquemment ses ‘petits pâtés’ et ses ‘ragoûts’, et, au-delà d’un art consommé d’accommoder les restes, chercher à percer celui de mettre les petits plats dans les grands  autrement dit s’interroger sur le statut de ces sous-ensembles que sont les ‘mélanges’ dans l’architecture globale de ‘collections complètes’ qui, du vivant de Voltaire, ne le restent jamais longtemps. L’existence de ces ‘mélanges’ questionne enfin l’actuelle collection, censément définitive, des Œuvres complètes, dont le principe de classement chronologique des textes exclut les regroupements génériques adoptés jusque-là. L’architecture de ce volume, tout comme celle du tome 45B (Mélanges de 1756) publié en 2010, montre que la catégorie accueillante des ‘mélanges’ constitue encore, faute de mieux, un principe efficace de regroupement des écrits fugitifs.

– Olivier Ferret

 

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Un ennemi distingué: Bergier face à Voltaire

Nicolas-Sylvestre Bergier (image Wikicommons).

Nicolas-Sylvestre Bergier (image Wikicommons).

Des ennemis, Voltaire n’en manque pas, comme on sait, et particulièrement chez ceux qu’on appelle les antiphilosophes.[1] S’ils ont le malheur d’être aussi vindicatifs que lui, il ne les épargne guère, et quoi qu’il arrive, il les harcèle de pointes, les enterre sous les quolibets, quand il ne se laisse pas aller à de moins glorieuses attaques. Pourtant, à côté des Fréron, Le Franc de Pompignan, Nonnotte, Chaumeix et quelques autres, qui doivent à l’acrimonie de Voltaire l’essentiel de leur postérité, il y a une exception qui confirme la règle: un apologiste que, de manière étonnante, Voltaire n’attaque pas frontalement et qu’il semble même ménager; un défenseur de la religion catholique pour lequel il manifeste indéniablement une certaine estime intellectuelle; bref, un champion du christianisme qui reste fréquentable en pleine campagne contre l’Infâme! Cette perle rare, c’est l’abbé Nicolas-Sylvestre Bergier.[2]

Bergier, Le Déisme réfuté par lui-même (Paris, 1765), page de titre.

Bergier, Le Déisme réfuté par lui-même (Paris, 1765), page de titre.

Qu’a-t-il pour bénéficier d’un tel traitement de faveur? Pourquoi cette polémique sans animosité, telle qu’elle se manifeste dans une seule œuvre, les Conseils raisonnables à M. Bergier (qui paraît ce mois-ci dans le tome 65c des Œuvres complètes de Voltaire) – absence d’acharnement assez rare pour être notée? C’est que ce n’est pas un apologiste comme les autres. Par son itinéraire tout à fait exceptionnel, il est devenu celui par qui l’Eglise peut ambitionner de battre les incrédules sur leur propre terrain, celui d’une libre pensée en débat: entendons qu’il n’est pas un théologien dogmatique étalant ses autorités, mais un penseur qui accepte de se plier aux règles du débat rationnel. En cet âge de cercles littéraires ou intellectuels, la ‘fréquentation’ des philosophes se fera, avec l’abbé Bergier, au sens le plus littéral du terme: il ira sur les terres de ses ennemis, en assistant, par exemple, aux fameuses soirées du baron d’Holbach, où il s’est fait introduire par son frère, François-Joseph Bergier, libertin et libre penseur, qui a des convictions aux antipodes des siennes. Diderot ne se fera pas faute d’ailleurs de vanter à son propre frère, avec lequel les relations sont tendues, ce modèle de coexistence pacifique! L’abbé cessera cependant ses passages quand il se mettra à attaquer franchement les principes des athées matérialistes qui viennent de frapper un grand coup avec le Système de la nature, dont l’auteur véritable, derrière le pseudonyme de Mirabaud, n’est autre que d’Holbach lui-même. C’est une cible que Bergier partage avec Voltaire, même s’ils ne sont pas du même bord.

Bergier, L’Apologie de la religion chrétienne (Paris, 1769), page de titre.

Bergier, L’Apologie de la religion chrétienne (Paris, 1769), page de titre.

Ce qui fait vraiment l’importance de Bergier c’est que figurent à son tableau de chasse rien moins que trois grands penseurs considérés comme les principaux dangers pour la religion catholique: d’Holbach, Rousseau et Voltaire! En quelques années il a enchaîné les réfutations de leurs œuvres: il réplique coup sur coup à Rousseau dans Le Déisme réfuté par lui-même (1765), aux nombreuses productions voltairiennes dans L’Apologie de la religion chrétienne (1769), et au Système de la nature du baron d’Holbach dans l’Examen du matérialisme (1771). Entre Rousseau et Voltaire, Bergier aura eu le temps de réfuter l’Examen critique des Apologistes de la religion chrétienne, attribué alors à Fréret, dans La Certitude des preuves du christianisme (1767). C’est précisément cet ouvrage qui va décider Voltaire à répliquer, et c’est ainsi que naissent les Conseils raisonnables. Si Bergier est sensible à l’originalité de la position de Rousseau et à la radicalité de d’Holbach, Voltaire tiendra toujours une place à part dans son combat: il le considère comme le patriarche des incrédules, celui qu’il convient donc de réfuter de préférence pour contrarier la séduction de ses persiflgages iconoclastes – figure de proue d’autant plus à craindre qu’elle s’abrite lâchement derrière de multiples pseudonymes. Bergier a cependant presque toujours la correction de ne pas les dévoiler, quelque transparents qu’ils soient. L’animosité ne se cache pas cependant en privé et le ressentiment est perceptible dans la manière dont Bergier rend compte de la mort de Voltaire à un de ses correspondants le 20 mars 1778: ‘Voltaire a crevé comme il devait naturellement le faire avec le sombre désespoir d’un réprouvé’!

Bergier, La Certitude des preuves du christianisme (Paris, 1767), page de titre.

Bergier, La Certitude des preuves du christianisme (Paris, 1767), page de titre.

On prend la mesure de son originalité de ‘philosophe chrétien’ quand on considère sa trajectoire d’ensemble, jusqu’à la fin de sa vie en 1790. S’il adopte volontiers des positions qui le classsent parmi les conservateurs (comme son rejet de la reconnaissance des unions protestantes par exemple), il est aussi un théologien hétérodoxe, que sa hiérarchie regarde d’un œil méfiant. Non seulement il collabore à l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke, qui prend la relève ostensible de celle de Diderot et D’Alembert, mais il oriente également certains dogmes vers des positions moins rigoristes, en ne se prononçant pas ainsi sur la damnation des enfants non baptisés. Si socialement et politiquement il appartient incontestablement au camp des antiphilosophes, intellectuellement il participe d’une forme d’acculturation philosophique dont témoignent ses positions doctrinales, qui lui valent souvent la censure de l’Eglise.

Comment qualifier un tel personnage? le plus philosophe des antiphilosophes? Grimm dans la Correspondance littéraire du 15 avril 1767 estime qu’il ‘est un homme très supérieur aux gens de son métier’ mais ajoute perfidement: ‘C’est dommage que sa bonne foi lui fasse exposer les objections de ses adversaires dans toute leur force, et que les réponses qu’il leur oppose ne soient pas aussi victorieuses qu’il se l’imagine’. Maintenant que le combat est passé, et que chacun peut choisir son vainqueur, on peut surtout apprécier de voir Voltaire choisir un ennemi qu’il ne se contente pas de ridiculiser.

– Alain Sandrier, Université Paris Nanterre

[1] Un dictionnaire de référence vient de paraître à leur sujet: Dictionnaire des anti-Lumières et des antiphilosophes, éd. D. Masseau (Paris, 2017). Il faut également citer les travaux pionniers de Didier Masseau, Les Ennemis des philosophes (Paris, 2000) ainsi que la synthèse d’Olivier Ferret, La Fureur de nuire (SVEC 2007:03).

[2] Voir la monographie de Sylviane Albertan-Coppola, L’Abbé Nicolas-Sylvestre Bergier (1718-1790) (Paris, 2010).

Catfishing Voltaire

Sam Bailey has just received an MSt in European Enlightenment studies from the University of Oxford (distinction) and won the Gerard Davis prize for his MSt dissertation. He is working at the VF as a research assistant over the summer. In the coming academic year, he will begin an AHRC-funded PhD on representations of disability in seventeenth-century French cabaret poetry at the University of Durham.

Paul Desforges-Maillard, by Pieter Tanjé, 1756.

Paul Desforges-Maillard, by Pieter Tanjé, 1756.

It is for good reason that the Republic of Letters is often referred to as a social network. A quick browse of the Electronic Enlightenment project reveals how seamlessly the lengthy written exchanges between the philosophes can be repurposed for digital publication. Indeed, the letters themselves, with their perplexing in-jokes, abbreviations and allusions, seem to invite the various cross-references and hyperlinks that can be added when publishing electronically. So strong are these parallels, that a recent seminar I attended involved a tangential discussion of whether Diderot would have liked Wikipedia. (For the record, we concluded that he would have admired the ambition of the project but would not have liked the fact that anyone can contribute).

As with their twenty-first-century counterparts, eighteenth-century social networks came with a host of pitfalls and were frequently hijacked for the purposes of trickery and even practical jokes. Indeed, a so-called mystification involved luring an unsuspecting gullible individual into a humorous trap designed to teach him or her to be more alert.[1] A particularly popular strategy was to adopt a false identity through which to communicate with one’s target, a ruse that bears a striking resemblance to the modern-day concept of ‘catfishing’. For those who don’t spend their time watching late-night American reality TV, catfishing is the social media phenomenon of creating a fake online profile to strike up a (usually romantic) relationship with a stranger.

The term originates from the 2010 film Catfish, which documents a real-life situation of this kind. A character explains that when transporting live cod for long distances, fishermen found that the flesh of the fish turned soft and mushy due to inactivity. Their solution was to place a small number of catfish into the tanks, which proceeded to chase the cod and keep them agile. There are people in life who are like those catfish, so the analogy goes, people whose unpredictable actions keep us alert and forever looking over our shoulders. Although the name and the online setting are new, the phenomenon of catfishing is most certainly very old.

Poem by Desforges-Maillard

Poem by Desforges-Maillard published in the July 1732 issue of the Mercure de France.

Towards the beginning of his life as a literary celebrity, Voltaire was embroiled in a saga very similar to a modern incident of catfishing when he became the unwitting victim of Paul Desforges-Maillard. As explained in the 1880 edition of his collected works, Desforges was a lawyer and amateur poet from Brittany who, despondent after many failed attempts at achieving literary recognition, tried an ingenious marketing strategy with the latest poem he sent to the Mercure de France. And so, ‘un beau jour de l’année 1732 […] le Mercure présenta à Voltaire, coquettement encadrée dans ses colonnes, la pièce de vers suivante, datée du Croisic, en Bretagne, et signée d’une femme’.[2]

The woman in question was one Mlle Malcrais de la Vigne, whose verses in the Mercure had already won her several admirers in the months leading up to this event. However, none were as distinguished as Voltaire. The verse ‘A M. Arouet de Voltaire…’ was an immediate hit, causing Desforges to continue publishing under the Malcrais pseudonym and receive further praise from many unsuspecting (male) readers. The seductive image of the ‘héroine du Mercure’, an unmarried, unknown woman, exiled far from metropolitan Paris in Brittany completely captured the imagination of the Parisian reading public.[3] Eventually, Malcrais’s verse received a laudatory, even flirtatious, response from Voltaire himself, who, by all accounts, had been duped: ‘Voltaire, ce prince des moqueurs, a aussi été moqué, joué, mystifié’.[4]

Poem (dated 15 August 1732) sent to the Mercure de France by Voltaire

Poem (dated 15 August 1732) sent to the Mercure de France by Voltaire as a response to Desforges-Maillard’s poem.

Alain Viala recognises that ‘signer une œuvre publiée, c’est engager une image de soi’, and the pseudonymous identity of Mlle Malcrais de la Vigne is precisely that: a projection of a fabricated self-image designed to carry out a mystification of her readers and, specifically, to ensnare Voltaire, the prince of mockery himself.[5] Initially, wrote Desforges-Maillard in 1753, his objective was simple: ‘quand j’écrivis sous le nom de mlle de Malcrais; je ne voulais tromper que l’auteur du Mercure avec lequel j’étais brouillé, chacun prit la pilule et l’avala’.[6] How far we choose to believe this self-portrait of the catfish as a victim of circumstance is up to us, but it serves to highlight a risk inherent to pseudonymous publication, namely that one can never be sure how far the ruse will play out and exactly whom it will deceive.

Desforges writes that Voltaire was ‘bien double, bien vain et bien mauvais’, in other words, just as much of a con-artist as the man behind Malcrais.[7] Far from a literary demi-god, Voltaire is, in Desforges’ view, no more than another cunning trickster who dons masks as and when he sees fit with a view to deceiving people into exalting him. While Desforges evidently had no qualms about deceiving a man he considered the arch-deceiver, even relishing the challenge, the moral limit for him came when, still publishing as Malcrais, he received a letter from the biographer Évrard Titon du Tillet praising her work. Desforges felt guilty for duping Titon du Tillet, a seemingly honourable man who was himself guilty of no trickery, and this caused him to reveal his true identity to his readers, who, predictably, promptly lost interest.[8]

Voltaire, however, never forgot, frequently evoking the Malcrais episode in his correspondence as the definitive example of all not being as it seems. Desforges is remembered, but only as Malcrais, the ‘muse androgyne’ to whom Voltaire continued to make reference in letters right up until 1770. Malcrais’ name is preserved in history as Voltaire’s catfish, the cautionary figure who kept him alert and ceaselessly reminded him that appearances may be deceiving.

– Sam Bailey

[1] For more on mystification, see Reginald McGinnis’s Essai sur l’origine de la mystification (Paris, 2009).

[2] Paul Desforges-Maillard, Poésies diverses de Desforges-Maillard (Paris, 1880), p. II.

[3] Desforges-Maillard, Poésies diverses, p. IX.

[4] Desforges-Maillard, Poésies diverses, p. I.

[5] Alain Viala, La Naissance de l’écrivain (Paris, 1985), p. 85.

[6] Desforges-Maillard to Gilles François de Beauvais, 21 June 1753.

[7] Desforges-Maillard to Gilles François de Beauvais, 21 June 1753′.

[8] The way in which Desforges revealed his true identity is yet another remarkable tale that allegedly involved him dressing as a woman and going to dinner with Voltaire. The full story can be found in the preface to the 1880 edition.

L’Ingénu and Electronic Enlightenment

Title page of the first edition of L’Ingénu.

Title page of the first edition of L’Ingénu.

Electronic Enlightenment (EE), an online collection of edited correspondence from the early modern period, has been an invaluable resource for me as a first-year modern languages student at Durham University. As part of the Reading French Literature module I have been studying my first work by Voltaire, the satirical novella L’Ingénu, and have used EE to explore Voltaire’s correspondence, pursuing my intuitive hunches about this text as well as finding out more about the context in which it was written.

Religion struck me as one of the main topics of discussion in L’Ingénu. In reading letters to and from Voltaire on EE, I began to better appreciate the extent of religious contention in eighteenth-century France. The theory of Creation is referenced in a seemingly poignant moment at the end of chapter 13, where l’Ingénu is touched by the sight of a beautiful woman: ‘il faut convenir que Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes.’ However, shortly after this assertion, Voltaire writes, ‘C’est une absurdité, c’est un outrage au genre humain, c’est un attentat contre l’Etre infini et suprême de dire: Il y a une vérité essentielle à l’homme, et Dieu l’a cachée.’ Here the use of irony and of different narrative voices points to the value of turning to Voltaire’s correspondence, as this is an external source which may be used to compare Voltaire’s voice as a narrator with his supposedly real voice when in communication with his peers. Voltaire’s particular form of expression means that the reader can never be quite sure as to where his personal opinion lies. This is confirmed through a study of his correspondence, where we see him playing with different voices.

Letters from figures such as Jean Le Rond d’Alembert piqued my curiosity to read about religious policy in contemporary society. D’Alembert remarks about religious tensions and debate in France, ‘la censure de la Sorbonne contenait douze à quinze pages contre la Tolérance’ (14 August 1767). This source of ‘unofficial’ discourse between the two men corresponding in a personal capacity is useful in gauging a contemporary reaction to the public discourse and politics of the time and the context in which Voltaire wrote.

Image from L'Ingénu.

‘Le Huron tout nu dans la rivière, attendant qu’on l’y vienne baptiser’, in Le Huron, ou l’Ingénu, histoire véritable, fromRomans et Contes de M. de Voltaire, 3 vol. (Bouillon, 1778), vol.2, p.234. Image BnF/Gallica.

Without this letter, I would not have started to explore so keenly this facet of eighteenth-century society. Similar religious contention is revealed in Voltaire’s letter to Etienne Noël Damilaville, as he makes reference to the significance of truth and tolerance in religious debate: ‘Je sais avec quelle fureur le fanatisme s’élève contre la philosophie. Elle a deux filles qu’il voudrait faire périr comme Calas, ce sont la vérité et la tolérance’ (1 March 1765). The case of Jean Calas serves as an illustration of Voltaire’s discussion of religious intolerance. It prompted me to look further into the Calas story, and to learn about the inferior position of Protestants in France at the time.

This has influenced my reading of L’Ingénu, since it supported the idea that the protagonist was regarded as such a social outsider because of the uniformity and strictness with which Catholicism dominated. From reading Voltaire’s letters, we can acknowledge the position of the author. It is clear that he advocated religious freedom, and sought to denounce the Catholic Church, since he poses assertive questions such as: ‘comment obtenir justice? comment s’aller remettre en prison dans sa patrie où la moitié du peuple dit encore que le meurtre de Calas était juste?’ (1 March 1765).

Finally, reading a distinct form of material such as Voltaire’s letters, instead of solely his published writings, has made me consider the impact of the public and the motivation behind authorship. Much more assertive opinions regarding theological inclination are expressed in the evidently intimate, more personal letters than in Voltaire’s stories, and the subtlety of his opinions appears clearer when the richness of the correspondence in EE is taken into account.

– Hannah Hawken

Catherine II et Friedrich Melchior Grimm : les clés d’une correspondance cryptique

Catherine II, par Fiodor Rokotov, 1763.

Catherine II, par Fiodor Rokotov, 1763.

On comprendrait difficilement l’intense relation d’échanges et de transferts culturels qui s’est établie entre l’Europe occidentale et la Russie dans le dernier tiers du XVIIIe siècle sans étudier la correspondance, entre 1764 et 1796, de Catherine II, Impératrice de Toutes les Russies, et de son principal agent d’influence, Friedrich Melchior Grimm, natif de Ratisbonne établi à Paris qui fut longtemps le directeur de la Correspondance littéraire destinée aux têtes couronnées du continent. Cette correspondance ne comporte pas moins de « 430 lettres », ce chiffre étant cependant « donné à titre approximatif parce que les limites entre les lettres ne sont pas toujours très nettes », les épistoliers pouvant inclure dans une énorme « pancarte » plusieurs lettres écrites à des dates successives. Elle n’était jusqu’alors connue que par les éditions données par Iakov Karlovitch Grot dans le Recueil de la Société impériale russe d’histoire en 1878 (lettres de Catherine II à Grimm, t. 23) et 1885 (lettres de Grimm à Catherine II, t. 44). Quelque utiles qu’aient pu être ces éditions à des générations de chercheurs, force est de reconnaître qu’elles ont fait leur temps. Outre le fait que la séparation des correspondance active et passive en deux volumes rendait difficile de suivre le fil de l’échange, Grot ignorait plusieurs manuscrits, commit certaines erreurs et retrancha des lettres certains passages qu’il jugeait malséants.

Aussi attendait-on avec impatience l’édition de cette correspondance par Sergueï Karp, directeur de recherche à l’Institut d’histoire universelle de l’Académie des sciences de Russie, qui travaille depuis longtemps sur Voltaire, Diderot, Grimm et leurs relations avec la Russie. Il a fait paraître en juillet 2016 le premier volume d’une édition qui devrait en comporter au moins cinq autres[1]. Il couvre les années 1763-1778 qui virent Grimm passer du statut de simple commissionnaire à celui de principal agent de l’Impératrice. Faute de disposer de ce volume au format papier, on pourra le consulter au format électronique sur le site de l’éditeur moscovite.

Force est d’évoquer la qualité, la richesse et l’importance de l’échange épistolaire. Plus qu’un agent de premier plan, Catherine II a trouvé en Grimm un ami et un confident avec lequel elle pouvait plaisanter en toute liberté. Ne lui a-t-elle pas écrit : « avec vous je jase mais n’écris jamais […] je prefere de m’amusér et de laisser aller ma main », ou, mieux encore, « je n’ai jamais écrit à personne comme vous»? Si cette correspondance est en ce sens familière ou « privée », elle est aussi « artistique » et « politique » pour reprendre le titre de l’édition. Catherine II n’était pas une simple collectionneuse mais une collectionneuse de collections; c’est à Grimm qu’elle confia le soin d’acquérir les bibliothèques de Diderot, de Galiani et de Voltaire, les loges du Vatican, pour ne donner que ces quelques exemples de cette frénésie d’acquisitions, de sorte qu’il n’est pas exagéré d’écrire que la Russie est redevable à l’Impératrice de la richesse de certaines de ses plus grandes institutions culturelles, comme la Bibliothèque nationale de Russie et le Musée de l’Ermitage.

Friedrich Melchior Grimm, gravure de Lecerf, dessin de Carmontelle, 1769.

Friedrich Melchior Grimm, gravure de Lecerf, dessin de Carmontelle, 1769.

On soulignera tout particulièrement la qualité des notes éditoriales de S. Karp. Elles sont requises pour éclairer la lecture de ces lettres qui, « dans la plupart des cas[,] sont strictement personnelles et volontairement obscures : c’est ainsi que Catherine a voulu les protéger contre la curiosité des tierces personnes ». S’adressant en 1801 à l’empereur Alexandre Ier, petit-fils de Catherine II, peu après son avènement, Grimm ne constatait-il pas « qu’il s’était établi entre l’immortelle et son pauvre correspondant, une espèce de dictionnaire qui a besoin d’une clef pour ne pas rester énigmatique »? Telle est cette clé que S. Karp offre au lecteur en faisant la lumière sur ce qui était destiné à rester obscur.

On s’attachera à l’« Introduction » pour au moins deux raisons : la première, due à l’éditeur général, consiste dans une étude précise de l’évolution du rôle joué par Grimm qui a su se rendre indispensable à l’Impératrice ; la seconde, œuvre de G. Dulac et de C. Scharf, étudie avec finesse les particularités de son maniement du français et de l’allemand. Surprenant est, en ce qui concerne la première de ces langues, le paradoxe d’une souveraine qui recourt tout à la fois à des néologismes éloquents et à des tournures archaïsantes, que l’Impératrice a parfois héritées de son institutrice huguenote, Mme Cardel, parfois du théâtre de la Foire et parfois aussi de la plume de Voltaire, qu’elle considérait comme son « maître » dans le domaine des belles-lettres. On sait en revanche qu’elle ne possédait que des rudiments d’anglais et qu’elle maîtrisait mal le russe.

S. Karp décrit admirablement l’arrière-plan de cette Correspondance. Suite au coup d’État par lequel son mari Pierre III fut renversé en 1762, Catherine II éprouva le besoin de justifier idéologiquement son règne tant au plan intérieur que sur la scène internationale, en sollicitant la plume des philosophes français qui façonnaient l’opinion publique. Grimm fut incontestablement le principal intermédiaire entre l’Impératrice et la scène philosophique occidentale. Mais contre l’opinion qui consiste à croire que les philosophes furent naïvement manipulés par une souveraine machiavélique, S. Karp considère fort justement, d’une part, que Catherine II a bien été la fille des Lumières, mettant en œuvre de nombreuses réformes qui ont permis une modernisation sans précédent de la Russie, et que, si instrumentalisation il y a eu, elle fut réciproque, les philosophes jouissant de l’actif soutien de cette puissante cour et ayant « utilisé l’exemple russe comme argument rhétorique pour critiquer les pratiques de la monarchie française » dont ils dénonçaient le despotisme.

Frappant est le contraste de la Correspondance de Catherine II avec Voltaire, d’une part, et Grimm, d’autre part. Alors que la première est soigneusement relue et revue, empreinte de formalisme, la seconde est spontanée, souvent écrite à la diable et emplie de facéties. S. Karp montre clairement que leur liberté de ton « abolissait fictivement la distance sociale » qui les séparait. Il fait également justice de l’interprétation, notamment accréditée par Grot, consistant à dénoncer les « flatteries » obséquieuses dont les lettres de Grimm seraient farcies. Il remarque fort justement que « l’humour respectueux » des lettres de Grimm ne s’apparente pas à de la flatterie et que les « formes outrées de la politesse restaient traditionnelles au XVIIIe siècle, comme une composante obligatoire du dialogue entre un souveraine et un simple mortel » (à preuve, les lettres de Diderot ou de Voltaire). Catherine II ne se laissait pas prendre à ces éloges obligés, elle qui se moquait d’elle-même et de ses obligations de souveraine. Ce qui prime dans les lettres de Grimm, c’est leur humour : « ses plaisanteries et ses sarcasmes contribuaient largement à créer cette atmosphère de complicité et de gaieté dans laquelle purent se développer leurs relations ».

Tout spécialiste du siècle des Lumières en général, et de Voltaire en particulier, devra désormais se référer à l’édition des lettres de l’Impératrice et de Grimm qu’on ne nommera désormais plus que « l’édition Karp » et dont on attend avec impatience l’achèvement tant elle contribue à renouveler notre compréhension du dernier tiers du XVIIIe siècle.

– Christophe Paillard

[1] Catherine II de Russie. Friedrich Melchior Grimm. Une correspondance privée, artistique et politique au siècle des Lumières. Tome I. 1764-1778, édition critique par Sergueï Karp, avec la collaboration de Georges Dulac, Christoph Frank, Sergueï Iskioul, Gérard Kahn, Ulla Kölving, Nadezda Plavinskaia, Vladislav Rjéoutski et Claus Scharf, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, Ferney-Voltaire, et Monuments de la pensée historique, Moscou, 2016, lxxxiv p., 341 p. et 3 p. non paginées, 26 illustrations.

Le Siècle de Louis XIV en alphabet

Page 438 from Voltaire's Siecle.

Voltaire, Le Siècle de Louis XIV, 1re éd. (Berlin, 1751), t.2, p.438.

Il est de ces textes du corpus voltairien qui passent relativement inaperçus aujourd’hui, malgré leur succès au dix-huitième siècle. C’est le cas du ‘Catalogue de la plupart des écrivains français qui ont paru dans le siècle de Louis XIV, pour servir à l’histoire littéraire de ce temps’, de même que des autres listes, d’‘Artistes célèbres’, de ‘Maréchaux’, de ‘Ministres d’État’, des ‘Souverains contemporains’, faisant partie du Siècle de Louis XIV, publiés cette semaine dans le tome 12 des Œuvres complètes de Voltaire.

L’époque de Voltaire était friande de listes. Il n’y a pas que le fameux Mille e tre du Don Juan de Da Ponte et de Mozart: depuis le Moyen Age, on compile toutes sortes de biens, de figures, d’objets et de concepts à l’usage des gens de lettres, des marchands, des orateurs, des juristes, etc., pour soulager la mémoire et pour s’y retrouver dans les méandres de la culture. L’auteur du Dictionnaire philosophique est aussi exemplaire de cette pensée par liste, qui cherche à cataloguer, non tant pour compiler à l’infini comme dans les Cornucopiae de la Renaissance, mais au contraire, selon un esprit à la fois pratique et synthétique, pour rendre le savoir compréhensible et portatif. La chronologie de Hénault (le Nouvel Abrégé chronologique de l’histoire de France, 1749) dont la forme pour un lecteur moderne peut sembler un peu bizarre, se vendait pourtant très bien au dix-huitième siècle.

Sébastien Le Clerc le vieux (1637-1714) d’après Charles Le Brun (1619-1690), Louis XIV, protecteur des arts et des sciences, château de Versailles, inv.grav 16.

Loin d’être une vaine addition érudite de noms propres, le ‘Catalogue des écrivains’ et les autres listes servent à ‘illustrer’ le Siècle de Louis XIV, et ceci aux deux sens du terme: il s’agit à la fois d’exemplifier la thèse que Voltaire développe dans le chapitre 32 du Siècle, ‘Des beaux-arts’, selon laquelle Louis XIV est un grand monarque parce qu’il a encouragé les arts et les sciences, et de mettre en lumière le lustre de son règne, apogée de l’esprit humain, qui supplante tous les autres siècles par l’excellence (et l’abondance) de ses productions d’esprit. La forme du catalogue permet aussi à Voltaire de prendre quelque liberté par rapport au récit officiel du Siècle, offrant la possibilité de jeux de renvois et de polyphonie.

Au fil des rééditions, Voltaire amplifie ses listes: il ajoute de nouvelles entrées, il développe aussi des anecdotes piquantes, cite des vers inédits, répond à des journalistes, polémique avec ses contemporains. S’il n’est pas le premier à avoir produit un dictionnaire des grands hommes du Grand Siècle (Charles Perrault, l’auteur des Contes de ma mère l’Oye, a aussi publié des Hommes illustres en 1696), Voltaire se distingue nettement de ses devanciers, en particulier par le style de ses notices. Faisant rarement dans l’hagiographie, l’historien de la littérature du dix-septième siècle cherche souvent, au contraire, à en souligner les particularités, voire les bizarreries.

Frontispiece

Gérard Edelinck, frontispice des Hommes illustres qui ont paru en France durant ce siècle de Charles Perrault (1696).

On connaît bien Nicolas Boileau, le satiriste traducteur de l’Art poétique et du Traité du Sublime, mais beaucoup moins ses frères, dont Jacques Boileau: ‘Docteur de Sorbonne: esprit bizarre, qui a fait des livres bizarres écrits dans un latin extraordinaire, comme L’Histoire des flagellants, Les Attouchements impudiques, Les Habits des prêtres. On lui demandait pourquoi il écrivait toujours en latin. C’est, dit-il, de peur que ces évêques me lisent; ils me persécuteraient’ (OCV, t.12, p.62-63). L’évêque Bossuet est certes un prédicateur respecté, auteur des Oraisons funèbres et du Discours sur l’histoire universelle; mais on raconte, à tort bien sûr, qu’il a vécu marié avec une certaine Des-Vieux, et qu’un certain auteur plaisantin, St Hyacinthe, serait issu de ce mariage scandaleux… Le peintre Jean Jouvenet, élève de Le Brun, ‘a peint presque tous les objets d’une couleur un peu jaune’: c’est qu’‘il les voyait de cette couleur par une singulière conformation d’organes’ (p.212).

Il n’y a pas que des noms célèbres dans les listes consacrées aux auteurs et aux artistes qui ont marqué le siècle de Louis XIV: Voltaire cherche aussi à faire œuvre de mémoire, et s’assure que la postérité n’oublie pas le nom de ces petits poètes, historiens érudits, chroniqueurs, traducteurs, dont la muse ou le labeur ont aussi contribué à faire du Grand Siècle le ‘chef-d’œuvre de l’esprit humain’.

Voltaire à Chabanon, 16 avril 1768, D14955).

Voltaire à Chabanon, 16 avril 1768 (D14955).

Le nom de Voltaire, qui a écrit ses premiers poèmes alors que le vieux roi était toujours en vie, aurait dû selon toute logique figurer dans le ‘Catalogue des écrivains’. Modestie oblige, il n’y est pas, mais ce n’est pas sans clin d’œil: en effet, après la dernière notice, consacrée à Voiture, Voltaire écrit: ‘Ce n’est pas la peine de pousser plus loin ce catalogue’…

– Jean-Alexandre Perras

Voltaire and the Jacobites

Battle of Culloden

An Incident in the Rebellion of 1745 (The Battle of Culloden), by David Morier, 1746, image Wikimedia Commons.

Voltaire had long-running and complicated relationships with the Jacobites, the supporters of the exiled Stuarts, the Catholic dynasty which was overthrown and replaced by the Protestant William of Orange in 1688. Towards the largest Jacobite émigré community in France, the Irish, he showed the same lack of sympathy that he extended to Ireland in general.  He was much better disposed towards the Scots Jacobites, as shown in the description of the ’45 rebellion included in his Précis du Siècle de Louis XV.  In the course of that famous uprising, Voltaire had gone so far as to write a manifesto for Bonnie Prince Charlie (grandson of the deposed James II), although his motives had more to do with a desire to ingratiate himself with the French government than with affection for the Stuarts.  He later befriended the Scottish Jacobite exile Field Marshall Keith, whose eulogy he wrote in 1758.  He was less positive towards the Chevalier Andrew Michael Ramsay, a Scots convert to Catholicism and follower of Fénelon who once tutored Prince Charles Edward Stuart (‘Bonnie Prince Charlie’).  Voltaire sniffed at Ramsay as a plagiarist.

Whatever his reactions to individual Jacobite exiles, Voltaire never dismissed Jacobitism as backward or despotic.  His positive attitude may have been shaped by his early friendships with Viscount Bolingbroke, an exiled Tory minister who was attracted to Jacobitism at various phases of his long career, and bishop Atterbury of Rochester.  Bolingbroke welcomed Voltaire to his house at La Source near Orléans in December 1722.  The Viscount admired the young French poet, but warned him to restrain the influence of his imagination.  Bolingbroke also consulted Alexander Pope on the merits of Voltaire’s pirated epic, La Ligue, the first version of La Henriade.  The image of King Henry IV of France presented in that poem may have appealed to Bolingbroke, who had tried in vain to persuade the Stuart claimant, James III, to change his religion in order to gain a throne.

Voltaire may not have met Atterbury before 1728, but he knew of him through his close correspondent Thieriot, who was friendly with the exiled Tory bishop and Jacobite conspirator.  In spite of his orthodox Anglican piety Atterbury was fascinated by Voltaire.  Two of Atterbury’s French literary associates, the abbé Granet and the abbé Desfontaines, translated into French works that Voltaire wrote while living in England.  Desfontaines included a brief tribute to Atterbury in his translation.

Henry St John (1678–1751), 1st Viscount Bolingbroke, Baron St John of Lydiard Tregoze, by Jonathan Richardson the elder, image Lydiard House.

Voltaire’s English friends did him little good during his sojourn in England from 1726 to 1728.  Bolingbroke had already returned to his homeland, and to opposition politics.  Through the newspaper The Craftsman he became the chief critic of ‘ministerial despotism’.  For his part, Pope was about to publish the Dunciad, a stinging attack on the Walpole administration.  Although Voltaire tried to work his way into governing Whig circles, and received a grant of £200 from George II’s personal revenues in 1727, he kept making the wrong political connections.  Much of his last year in England was spent in the houses of the Tory Earl Bathurst, an associate of Atterbury, and the Earl of Peterborough, a retired general who was disdained by the Whig establishment. Peterborough introduced Voltaire to Dr John Freind, a Jacobite physician who had participated in the Atterbury Plot of 1722.  These were not men who could do Voltaire much good with the government.  Although he was able to publish La Henriade by subscription, Voltaire had little success in finding wider patronage in England.  Tellingly, although he met the Duke of Richmond, a leading Whig Freemason, he was not initiated into the Masonic brotherhood, unlike Montesquieu and the Chevalier Ramsay.

After his return to France in 1728 Voltaire’s friendship with Atterbury became closer.  In 1731 he placed a glowing reference to ‘the learned bishop of Rochester’ into his play Brutus, which was dedicated to Bolingbroke.  Atterbury’s former secretary, the Nonjuror Thomas Carte, smuggled copies of La Henriade into France in 1728-1729, which he distributed through Desfontaines.  Carte, a friend of Ramsay and admirer of the abbé de St Pierre, was engaged on a Latin edition of Jacques Auguste de Thou’s history of the French religious wars.  Voltaire idolized de Thou.  Jacobites like Carte and Atterbury, and ex-Jacobites like Bolingbroke, were beginning to see themselves as defenders of constitutional liberty against the rule of tyrannical ministers and greedy ‘moneyed men’.  Voltaire may have appealed to them as a champion of free expression and an enemy of despotism.

Voltaire’s own account of England in his Lettres sur les Anglais (later known as Lettres Philosophiques), published in English in 1733 as Letters concerning the English Nation, rejects the anger of his Tory and Jacobite friends by praising the freedom, tolerance and prosperity of the Whig regime.  Doubtless Voltaire was trying to gain the favour of the pro-Whig administration of Cardinal Fleury.  He may also have been encouraging his disgruntled English acquaintances to accept the changes that had happened in their own country.  Yet he also gave the only truly political voice in the book to a Jacobite Member of Parliament, William Shippen.  In evoking a speech by Shippen praising ‘the Majesty of the English People’, Voltaire may have rendered a small gesture of respect to the principles of those alienated Tories and Jacobites from whom he would never entirely disassociate himself.

– Paul Monod, Middlebury College